Tribune libre
Parlons-en sans tabou, sans gêne, ni peur d’être attaqué par de méchants conservateurs, dit-on d’une culture ancestrale, c’est-à-dire qui serait léguée par les aïeux, mais purement ignoble et criminelle, sinon une pratique en inadéquation avec le modernisme mental et sociétal en plein développement.
L’Afrique a bien d’autres valeurs qui font briller le flambeau de l’émergence d’un continent moderne et bien civilisé. Car, par définition savante, la civilisation est l’ensemble des valeurs morales et techniques. Si l’on s’en tient au volet moral de cette même civilisation, l’Afrique est bien en avance. Mais la mauvaise cloche de l’excision sonne dangereusement dans les oreilles du monde. Et toute l’Afrique est bien indexée. Cette situation interpelle toutes les âmes pures et bien moulues pour constater qu’il y a un recul coupable de tout le continent si l’on ne s’arrêtait pas pour examiner ce fléau macabre et prendre des mesures drastiques afin d’éradiquer cette pratique éhontée de l’excision sur les murs de l’Afrique. L’écho de cette pratique va au loin.
Si l’excision est une culture ancestrale, de quel ancêtre parle-t-on? Si l’on veut bien fureter les pages de l’histoire, l’excision ne date qu’après le 18e siècle. Parce que si l’on pousse l’analyse loin, personne ne vous dira qu’au Moyen âge, les couteaux existaient pour se servir de l’ablation du clitoris des jeunes filles. Non et non en dehors de l’ablation du prépuce chez l’homme: ce qu’on appelle la circoncision.
Pour ceux qui ne le savent pas encore, l’excision,
c’est l’action d’exciser, c’est-à-dire de couper. Couper quoi? Ce mot est utilisé dans la langue française pour couper autre chose, mais s’il est utilisé dans le cas du clitoris chez les femmes d’Afrique de l’Ouest, c’est par simple analogie. Cette pratique honteuse est tenace au Sénégal, au Mali, au Niger et au Burkina Faso; moindrement dans certains pays d’Afrique centrale et celle de l’Est.
Dans un monde civilisé comme le nôtre, sans exclure l’Afrique bien évidemment puisque la civilisation ressemble à un gros drap qui couvre tous les humains au 21e siècle, on ne devrait plus connaître ces choses-là.
Tout le monde semble se lasser face à l’excision
Les organisations des regroupements des femmes qui sont en chargées des questions de sensibilisation des femmes sur cette question par le renforcement des capacités d’éducation de masse en vue d’éradiquer à jamais ce fléau ont largement échoué. Les gouvernements de nombreux pays dont le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, ont également failli dans leur mission de contrôle. Ce débat de société interpelle toute l’Afrique, partant de l’Union Africaine, sans oublier des organisations sous-régionales comme la CEDEAO et autres…
Voyez-vous l’énigme que présente l’excision? Cette opération se fait sur la femme uniquement pour la satisfaction du plaisir égoïste des hommes d’Afrique de l’Ouest, mais curieusement, les personnes qui coupent les clitoris aux jeunes filles, ce sont des femmes. Et s’il vous plaît, moyennant de l’argent. On suppose que cela devient comme un commerce juteux rapportant beaucoup d’argent aux femmes dont le travail est l’excision, quand bien même cette pratique présente tant de risques chez les femmes excisées.
Au cours d’une interview à une chaîne de télévision française, Alpha Bondy, un sociologue, musicien originaire d’Afrique de l’Ouest, est monté au créneau. Il a dit que: «l’excision est un crime impardonnable». Oui, il a raison, car vivant en Afrique de l’Ouest, il sait bien ce qui se passe souvent, le soir ou en pleine nuit dans les villages ou même dans les quartiers reculés des villes de certains pays d’Afrique de l’Ouest, lorsqu’on entend retentir des cris de douleur d’une jeune fille, avec toutes les conséquences que comportent de telles opérations, se faisant crûment sans anesthésie en regardant le sang gicler. Bien que cela se fasse en catimini, les hautes herbes auront beau noyer les pintades, elles n’arriveront pas à étouffer leur cris.
Les responsabilités
En émettant une petite réflexion sur ce cas qui devient très récurrent en Afrique de l’Ouest, les responsabilités, à mon avis, pèsent du côté de l’État, du gouvernement et des organisations de masse dans ces pays où se pratiquent de tels crimes sur les jeunes filles.
Il y a également l’attitude des intellectuels d’Afrique de l’Ouest: magistrats, professeurs, médecins et banquiers, vivant dans les grandes villes, et même en France, au Canada et aux États-Unis, dont la responsabilité et la complicité, à n’en point douter, sont très visibles de leur côté. C’est à cause d’eux, portant l’étiquette de fonctionnaires fiancés, que l’excision se pratique. Leurs exigences de ne prendre en mariage que des filles exclusivement vierges font en sorte que les couteaux des dames analphabètes pratiquant cette odieuse opération sont bien aiguisés et prêts à morceler l’organe génital des filles.
La manifestation de la vérité, rien que la manifestation de la vérité
Avant 2006, une certaine accalmie a été observée. On a vu un petit changement. Les femmes ont jeté leurs couteaux d’excision après moult réunions où les critiques ont été sévères. Elles sont donc allées à la retraite définitive, avions-nous pensé. Grosse erreur. Quand les filles de 12 à 13 ans ont eu des seins pointus, les mariages, comme se veut la coutume, se négociant entre parents et au détriment du choix de la fille, les femmes qui pratiquent l’excision ont à nouveaux aiguisé leurs couteaux. La demande étant forte, on en est revenu à la case départ. Puisque cela rapporte et, surtout, que les fiancés sont pressés d’avoir des femmes vierges, au bout de cinq ans, le processus du mariage est bien enclenché. Comment vouloir que la fille refuse une telle opération, lorsqu’on sait que le mariage en Afrique est une source du bonheur et d’enrichissement?
Pourcentage des filles excisées ces cinq dernières années en Afrique de l’Ouest
En termes de pourcentage, l’Afrique de l’Ouest a battu des records en matière d’excision. En 2006, il y a eu près de 20 % de cas d’excision dans les villes de 80 000 à 1 million d’habitants. En 2007, il y en a eu 27 %. En 2008, c’était 30 %. Et en 2009, il y a eu 40 % de cas d’excision. Comme vous pouvez le constater, la courbe est exponentielle, au grand dam des législations des pays. Si vous doutez de ces chiffres, je vous invite à en discuter avec moi. Je pourrai vous présenter des sources fiables.
Gervais Mboumba

