C’était annoncé: pour la saison 2010, le grand cirque de la Formule 1 a effectué le plus incroyable virage à 90 degrés de son histoire. Nouvelle réglementation, nouveau système de pointage, nouvelles écuries. L’objectif est clair. Pour gagner de nouveau l’engouement populaire, il faut rendre aux pilotes ce qui leur appartient: le pouvoir de compétitionner grâce à leur talent, et non pas grâce aux prouesses de leurs bolides.
Jessica Lapinski-Dejardin
Au cours des dernières saisons, la F1 a peu à peu perdu le faste qui la caractérisait. Noyée dans les scandales et ternie par des Grand Prix majoritairement ronflants, la catégorie reine de la course automobile n’avait plus le choix. Pour survivre, elle devait changer. Fondamentalement. Enrayer les arrêts aux puits pour le ravitaillement d’essence, qui étaient désormais une partie intrinsèque de la stratégie en course. Favoriser les dépassements, pour éviter qu’une première position sur la grille de départ ne mène inéluctablement à une victoire. Resserrer davantage la course au championnat, afin que le gagnant de la saison ne soit pas connu au premier virage de la 10e course (même si, depuis le départ de Michael Schumacher, les courses au titre étaient redevenues intéressantes…).
Sauf qu’en Formule 1, l’argent demeure le nerf de la guerre. Tant pour le grand manitou Bernie Ecclestone que pour les plus prestigieux constructeurs. Malgré tous les changements effectués pendant l’entre-saison pour redorer son sport, le patron de la F1 a oublié l’essentiel: la course automobile, comme toutes les disciplines, n’est rien sans ses fans. Ce sont eux qui garnissent les coffres dans les mirobolantes ententes télévisées. Et sans ses adeptes pour remplir les estrades des différents Grands Prix, exit les commanditaires.
Pourtant, Ecclestone s’entête à dénaturaliser la F1. En quittant Magny-Cours et, temporairement, le circuit Gilles-Villeneuve, en menaçant d’abandonner Silverstone comme il l’a fait au cours de la dernière décennie avec l’Autriche, entre autres, le président de la Formule 1 démontre que l’argent vaut plus que la tradition. Parce que malgré les gros sous que sont prêts à débourser les promoteurs des Émirats arabes unis, du Bahreïn et de Singapour, ces trois pays n’ont aucun lien historique avec la Formule 1. Pour la grande majorité des spectateurs qui assistent à ces courses, l’épreuve de F1 n’est qu’une occasion de manger du caviar, entourés de quelques personnalités mondaines. Rien à voir avec les fanatiques de F1 qui n’ont jamais hésité à risquer leur vie, juchés sur une colline de Spa-Francorchamps, pour admirer de plus près les bolides.
Bref, une fois de plus, Bernie Ecclestone fait double jeu. D’une part, il se targue d’avoir rétabli des règlements très proches de ceux d’autrefois et d’abandonner tranquillement la F1 des grands constructeurs, en permettant à de petites écuries de concourir (tout en les priant de se grouiller le derrière pour produire des résultats…) De l’autre, il continue à exiler son circuit loin des pays qui ont une riche tradition en sport automobile.
Bernie Ecclestone est le grand argentier de la Formule 1. Rarement un dirigeant n’aura aussi bien porté son titre…
Heureux d’un printemps (bis)
En dépit de tous les aléas qui ont fait du Canadien une équipe très moyenne depuis le début de la saison, rarement le CH n’a été aussi proche de se qualifier pour les séries éliminatoires qu’au moment où je rédige ces lignes.
Le beau temps (à moins que ce ne soit le départ de Bob Gainey?) a semblé revigorer cette équipe incapable d’enchaîner deux bonnes performances. Serons-nous bientôt foudroyés par la fièvre des séries?


