L’Université de Sherbrooke menace de se défaire de son programme de libre-accès aux autobus si des sources de financement ne sont pas trouvées. Cela pourrait se faire dès ce printemps. La direction veut donc imposer des frais aux étudiants, mais la FEUS négocie pour privilégier les sources de financement externes.
Olivier Robichaud
«[Selon la direction], s’il n’y a pas d’apport étudiant, le contrat avec la STS ne sera tout simplement pas renouvelé», nous informe Edric L’Eriger-Lacasse, président de la FEUS (Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke). Celui-ci sortait d’un entretien avec le vice-recteur au développement durable de l’Université de Sherbrooke, Alain Webster, au moment où Le
Collectif a pu le rencontrer.
Le vice-recteur craint que le conseil d’administration de l’Université ne rejette une proposition où les étudiants ne financeraient pas une partie du contrat de libre-accès aux autobus de la Société de transport de Sherbrooke (STS). Cela pourrait se faire dès le mois d’avril, car le présent contrat, déjà prolongé, vient à échéance le 31 mars. Rappelons que l’Université de Sherbrooke appréhende un déficit d’au moins 9 millions de dollars pour l’année à venir et que le nouveau contrat, dans son ensemble, représenterait une dépense de 1,6 million.
La FEUS n’est pas si certaine que le contrat soit rejeté aussi facilement: «Est-ce que ça sera effectivement le cas? C’est difficile à dire.» M. L’Eriger-Lacasse souligne que l’Université de Sherbrooke a beaucoup misé sur son aspect «vert» pour attirer des étudiants ces dernières années, mais que la situation financière est très embarrassante.
De graves conséquences
Si l’Université en venait à mettre fin au programme, elle en souffrirait autant que les étudiants. Non seulement elle perdrait un atout majeur de recrutement, mais la pièce centrale de son plan de développement durable, un plan qui lui a valu moult félicitations, serait reléguée aux oubliettes. Le service des immeubles se verrait aussi dans l’obligation de construire de nouveaux espaces de stationnement.
Les étudiants, eux, verraient plusieurs factures augmenter. La passe d’autobus serait achetée directement à la STS, au prix de 50 dollars par mois. Le coût d’un permis de stationnement monterait probablement en flèche, si l’Université suit la logique de l’offre et de la demande. Selon cette même logique, la valeur des loyers du secteur exploserait, puisque les étudiants ne pourraient plus se permettre d’habiter aussi loin du campus. Sans parler du fait que les rues seraient bondées de voitures.
Une négociation serrée
Le président de la FEUS a donc fait une offre à M. Webster, au nom de sa fédération: les étudiants paieraient la différence entre le nouveau contrat et l’ancien (environ 300 000 dollars) et chercheraient des sources de financement externes. Cela reviendrait à imposer environ 10 dollars de frais par étudiant. En comparaison, l’Université compte imposer 20 dollars de frais obligatoires suivis de 20 dollars supplémentaires sous forme de «cotisation automatique non obligatoire» (c’est-à-dire qu’un étudiant pourrait s’en défaire s’il ne veut pas avoir accès aux autobus).
Ceci constitue un changement de cap pour la FEUS, qui jusqu’alors se disait contre l’idée de faire payer les étudiants. La nouvelle position devra donc être entérinée par son conseil d’administration, le 7 mars prochain. L’exécutif croit qu’elle sera adoptée, malgré l’opposition de certaines associations membres. Monsieur L’Eriger-Lacasse affirme qu’elle est nécessaire pour convaincre l’Université de Sherbrooke de poursuivre les négociations: «Cela fait en sorte que l’Université paie la même somme, elle ne se désengage pas du transport en commun, ce qui est très important pour nous, et nous, on fait preuve d’ouverture en avançant ce montant.»
Le Conseil à la vie étudiante est tout-puissant
Jérémy Wauquier, vice-président aux affaires externes de la FEUS, rappelle qu’il est important de faire avancer les négociations puisque le conseil d’administration de l’Université de Sherbrooke doit se prononcer sur le contrat avec la STS le 29 mars prochain. Avant même cette date, le Conseil à la vie étudiante (CVE) doit accepter d’augmenter les frais imposés aux étudiants, car sa position aurait une très grande influence sur la décision du CA. La FEUS va jusqu’à dire que le CVE a un «pouvoir de vie ou de mort» sur le contrat avec la STS.
Et ce sont les étudiants qui ont le gros bout du bâton dans ce cas, car la FEUS et le REMDUS, ensemble, sont majoritaires au CVE. «Si les étudiants disent que c’est non, c’est non», affirme M. Wauquier. Ils pourraient même faire voter la proposition de la FEUS en lieu et place de celle du vice-recteur et l’envoyer au conseil d’administration en tant que recommandation.
Si le conseil d’administration accepte le plan feusien, les étudiants devront s’activer pour trouver des partenaires privés ou d’autres sources de financement. Quelque chose que la FEUS s’engage à faire pendant la prochaine année.


