Budget provincial 2010 : Libéralisation de l’éducation

19 avril 2010

Dans son budget du 30 mars dernier, le gouvernement libéral a annoncé plusieurs coupures dans le réseau de l’éducation, ainsi qu’une nouvelle augmentation des frais de scolarité. Les mesures envisagées ne touchent toutefois pas que les étudiants universitaires: tous y goûteront, même les bambins. Réactions du milieu.

Olivier Robichaud

«Ça va être un retour à la sous-traitance, aux agences privées, prédit Claudette Carbonneau, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Ça va continuer de nous coûter les yeux de la tête; c’est une gifle pour le personnel!»

Représentant plus de 27 000 professeurs et enseignants par le biais de sa Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec, la CSN déplore ainsi les contraintes imposées par le gouvernement aux écoles, cégeps et universités, qui ne pourront désormais remplacer qu’un poste sur deux lors des mises à la retraite. Les bonus au salaire disparaîtront également pour une période de deux ans.

Ces mesures, qui touchaient déjà la fonction publique depuis un moment, sont ainsi étendues aux réseaux de la santé et de l’éducation. «On remet en question les principes de solidarité qui ont guidé nos gouvernements. […] C’est la mise en place d’une vision néo-libérale», analysait récemment Bernard Élie, professeur de sciences économiques à l’UQAM, dans les pages du Devoir.

En effet, le dernier budget montre une volonté très nette de désengagement par rapport à l’éducation, tout comme dans les autres secteurs de la société. Les augmentations des frais de scolarité, qui devaient prendre fin en 2012, continueront au-delà de cette date butoir, permettant au gouvernement de restreindre peu à peu le financement public des universités.

Ce premier budget du ministre Raymond Bachand n’octroie donc qu’une augmentation de 2,2 % au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, soit à peine assez pour couvrir les coûts du système. Et encore, cela est conditionnel à une augmentation des salaires ne dépassant pas 0,5 %.

Les subventions à la recherche vont également diminuer de 33 millions de dollars (représentant 16,5 % du total). À l’inverse, le programme de soutien à l’innovation et à l’exportation – qui profite au secteur privé – sera bonifié de 74 millions. Cette annonce a fait réagir plusieurs organismes, dont la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU). «[Cela] renforce l’orientation prise au cours des dernières années en faveur des activités liées à la commercialisation de la recherche», a dénoncé la FQPPU dans un communiqué de presse.

Même jusqu’aux plus petits

Ce goût du privé s’étend au-delà du réseau de l’éducation à proprement parler pour affecter les garderies. Un des aspects moins médiatisés du budget est l’augmentation de 3,1 % des subventions accordées aux garderies privées, alors que les Centre de la petite enfance (CPE) – publiques – devront s’accommoder d’un maigre 1,5 %.

«C’est correct que le ministère paie le développement des garderies privées, c’est normal, concède Xavier Gaillande, directeur adjoint de l’Association québécoise des CPE. Mais […] il ne devrait pas y avoir d’écart entre les CPE et les garderies privées.» Celles-ci répondent, en contrepartie, que la différence ne vient pas d’argent frais, mais plutôt de sommes dues précédemment qui n’avaient pas encore été versées.

Les uns comme les autres déplorent également le fait que le gouvernement n’a toujours pas annoncé une seule nouvelle place en garderie. Les libéraux avaient pourtant promis la création de 15 000 places à 7 $ par jour lors de la dernière campagne électorale.

«Rencontre des partenaires de l’éducation»

À la suite de l’annonce du budget, la ministre de l’Éducation, Michèle Courchesne, a tenu une conférence de presse pour annoncer l’organisation prochaine d’une «rencontre des partenaires de l’éducation». Le but de celle-ci serait, entre autres, de trouver des solutions au financement des universités. La ministre s’est toutefois faite avare de commentaires quant à son déroulement ou même son importance, disant seulement que ça ne sera «pas anodin». Aussi, il est d’ores et déjà convenu que les frais de scolarité augmenteront, seuls les montants ne sont pas encore connus.

La FEUQ, opposée à ces hausses, compte participer au grand débat sur l’éducation, mais déplore les allures qu’il prend. Jean Grégoire, président, a ainsi résumé la position de son organisme: «Bien que nous réclamions depuis longtemps une consultation sur l’éducation, nous déplorons que le gouvernement écrive une partie de la conclusion en avance en parlant déjà de hausse des frais supplémentaire à compter de septembre 2012, ce à quoi la FEUQ ne peut adhérer.»

Son de cloche semblable du côté de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ). Elle refusera même de participer à «une consultation dont les orientations sont déjà imposées unilatéralement par le gouvernement», selon son porte-parole Christian Pépin.

L’ASSÉ est d’avis que l’argent doit être puisé ailleurs que dans les poches des étudiants et des moins nantis. Rejoint par Le Devoir lors d’une manifestation contre la tarification des services publics, M. Pépin a affirmé qu’il y a «des alternatives pour renflouer les coffres de l’État. La richesse existe et on va aller la prendre là où elle est.» C’est-à-dire chez les mieux nantis et les grandes entreprises.

Le spectre d’une nouvelle augmentation des frais de scolarité est d’autant plus alarmant que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport estime déjà que les hausses actuelles réduisent l’accès aux études postuniversitaires. Selon ses propres estimations, calculées au moment de l’annonce faite en 2007 que les frais augmenteraient, entre 6 000 et 13 000 étudiants québécois éviteraient les universités à la suite de cette mesure.

Réaction sherbrookoise

Récemment élu comme président de la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke, son actuel vice-président aux affaires externes Jérémy Wauquier (il ne prendra ses nouvelles fonctions qu’à l’hiver prochain) se dit très inquiet de la direction que prend le gouvernement Charest. «Dans le contexte actuel, si on le replace notamment avec le “Pacte des Lucides” de Lucien Bouchard, ça nous laisse mal augurer de ce qui va se passer par la suite. […] On va être très, très réactif.»

Le 23 février dernier, l’ancien premier ministre péquiste avait rencontré les médias pour promouvoir l’idée d’une augmentation non seulement extrême des frais de scolarité, mais aussi différenciée selon le programme d’études. Il prônait alors une augmentation minimale de 2 000 $ par session, un montant qui serait multiplié par six pour les étudiants en médecine.

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