Tribune libre
Si nous sommes des professeurs qui devons former en évaluant conséquemment, méthodiquement et qualitativement le travail de nos étudiants, par le sacro-saint principe d’attribution des notes aux plus méritants, après les examens et les travaux de session, c’est normal. Selon des critères préalablement établis dans chaque alma mater, par le ministère de tutelle, celui de l’enseignement, nous avons le devoir sinon l’obligation de nous autocontrôler et de nous auto-évaluer pour maintenir la flamme optimale de nos performances en tant qu’éducateurs. C’est-à-dire qu’il nous faut toujours, brillamment et excellemment, demeurer sur nos gardes pendant les séances de la livraison ou du déballage de nos connaissances par rapport à nos matières respectives d’enseignement que nous maîtrisons bien lorsque nous donnons cours devant nos étudiants dans les salles de classe ou même dans d’autres circonstances.
Tout le monde le sait, certains étudiants, comme nous l’avons été du reste, ont atteint un niveau critique avancé. Quel que soit leur cycle ou leur niveau, les étudiants sont nantis d’un droit de regard sévère sur la qualité de notre français, langue dans laquelle nous apportions des rudiments de nos enseignements en tant que professeur dont la principale mission est de bien les former ou de bien leur transmettre nos connaissances à l’état pur, par le mécanisme de notre propre jeu de tamis intellectuel et par une approche scientifique et pédagogique on ne peut plus exigeante. Toute société, en matière d’éducation, ne trie le bon grain de l’ivraie qu’en ayant l’esprit orienté vers l’excellence en semant du bon grain sur tous les sillons de l’univers éducatif sans exception. C’est une gageure.
Retenons que le choix de la critique sur le alma mater n’est pas fortuit parce que cet univers est d’une haute portée. C’est le summum des qualités sur toutes les sommités des courants de pensée et du savoir. L’université est donc le modèle du bon rendement recherché dans tout domaine de la vie. Ainsi, par-devers elle, le cursus du professeur doit apporter l’harmonie et l’attirance à travers ce qu’il dit, ce qu’il fait et ce qu’il est. Comment ne pas alors incarner ce rôle de leader de la connaissance et du savoir universel? Mais cela n’est possible qu’en ayant de bons professeurs. C’est à eux qu’incombe le grand mérite de la qualité des enseignements dans tout domaine. C’est ce qui fait qu’aux yeux des profanes, l’université paraît toujours comme le beau, parfait et absolu lieu immaculé sans qu’on ait eu besoin de passer l’aspirateur de la critique pédagogique en ayant une idée arrêtée que tout marche comme sur des roulettes et que tous les professeurs sont compétents, qu’ils rendent bien et qu’ils savent tout. Merci, si tel est le cas. Mais sachons que dans son métier qu’il aime et maîtrise bien, le cordonnier ne perce le cuir qu’avec un poinçon dur et bien pointu. On peut également dire, sans risque d’être vu comme un moqueur pour nos professeurs, car je l’ai été aussi: «qui aime bien, châtie bien.» Bel aphorisme pour autant, s’il nous paraît convaincant!
Nombre d’étudiants ont acquis l’art de donner une appréciation à sa juste valeur à tout professeur par rapport à la façon dont il donne ses explications pendant le déroulement d’un cours. On voit souvent des étudiants sortir de la classe à peine 30 minutes après le début du cours en pensant qu’ils accusent une certaine fatigue, alors que, d’une manière polie, c’est en réaction à la façon dont le professeur se déploie, vaille que vaille, pour faire son cours. Il dégoûte tellement les étudiants que, finalement, ils préfèrent aller dehors. Est-ce qu’ils le savent, ces professeurs?
Ce n’est pas étonnant de voir les gens, dans le monde éducatif, pointer du doigt des pays dont les performances universitaires sont au bas de l’échelle. Pour ce faire, «la palme d’or négative» revient toujours à l’Afrique. Oui. J’en sais quelque chose. Sur le continent africain, l’efficacité et l’excellence manquent cruellement pour atteindre certains objectifs pouvant redorer le blason de l’alma mater. Pour illustrer un tel cas, on n’aurait même pas de peine à s’accorder aux propos de Jean Jaurès lorsqu’il dit par exemple, et je le cite: «On n’enseigne pas ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir: on enseigne et on ne peut
enseigner que ce que l’on est.»
Ce qui se passe entre les quatre murs d’une salle de classe ou entre ceux d’un amphithéâtre est moins rassurant puisque rien n’est scruté avec un œil professionnel digne de confiance pédagogique pour jauger la qualité des enseignements en cas de panne constatée du côté des professeurs qui présenteraient des lacunes. Peut-on penser que notre doctorat suffit? Rions un peu! Dans la forme, oui! Mais que vaut le doctorat si celui qui le porte sur les épaules l’a monnayé avec des actes de bas étage qui viennent dévaloriser le poids de ce diplôme? Le professeur a-t-il besoin du livre ou du fascicule tout au long du cours ou bien a-t-il d’abord recours à ses propres connaissances inhérentes à sa matière et à ses différentes thématiques? La problématique, pour tout enseignant, c’est de croire qu’une simple phase de va-et-vient de phrases alambiquées et lapidaires portant sur un chapitre et passant à un autre fait qu’il est à la hauteur de sa mission d’éducateur. Sans vouloir révolutionner les méthodes d’enseignement, on est quand même en droit de se demander qui dispense le cours: le livre ou le professeur? On peut s’appuyer sur un livre, si celui-ci est référencé au programme scolaire pour un cycle bien identifié et pour une matière bien précise. Mais cette façon de faire peut engendrer des absences en classe, car n’oublions pas que l’étudiant possède le même livre! Il lui suffit donc de rester peinard à la maison et d’attendre le jour de l’examen.
Voyez-vous la conséquence qui en découle sur tout le système? Par ailleurs, n’oublions pas que l’œil et l’oreille de l’étudiant averti sont bien tendus sur chaque geste du professeur. L’erreur est humaine, mais il y a des erreurs impardonnables qui rappellent au professeur qu’il doit faire extrêmement attention pour que cela ne devienne comme une maladie.
Prenons le cas d’un professeur qui balance des phrases hors contexte sur la matière ou sur le cours dont il est censé être le maître absolu. En manquant de maîtrise sur certains passages du cours, ce qu’il dit devant les étudiants a l’air de ressembler au jeu de «colin-maillard». Dans un tel embrouillamini, si des étudiants «meneurs» s’en aperçoivent et qu’ils osent lui demander pourquoi tant d’intrusions dans le cours, ce professeur a l’obligation de s’expliquer. Pour éviter de paraître ridicule devant des étudiants, il est mieux d’être humble pour présenter des excuses. Une telle attitude bienveillante et sympathique à afficher fait montre d’une honnêteté intellectuelle louable.
Par ailleurs, le professeur d’université en Afrique ne publie jamais. Diantre, les manuels scolaires foisonnent partout et certains peuvent ne pas coller à la réalité de chaque cours, car les questions d’innovation dans le monde ne laissent personne dans une voie de garage. Si le professeur d’université en Afrique ne pense pas publier, que deviendront ses étudiants? Comment peut-on apprécier et surtout connaître la performance universitaire en matière de publication académique au niveau des organismes comme l’UNESCO ou même au niveau de la Francophonie?
Il sied de rappeler que dans le domaine de l’enseignement, il se passe quelque chose de pédagogiquement bénéfique tant pour l’étudiant que pour le professeur lui-même. Pendant les cours, il y a des professeurs qui viennent enseigner en usant d’un potentiel de leur savoir à 75 %. Mais ceux-ci viennent honorablement recueillir 25 % des bonnes connaissances, fruit du rendement appréciable de certains étudiants très brillants. C’est du bon troc imperceptible, mais pour lequel le professeur est fier sans que les étudiants le sachent. C’est normal, une telle réalité de partage de connaissances entre professeurs et étudiants. Au bout du compte, le professeur se retrouve avec un nouveau bagage enrichissant qu’il recharge dans sa mémoire et devient meilleur. L’école en général, c’est le carrefour du donner et du recevoir. C’est un univers glorieux et rempli d’épanouissement intellectuel pour les étudiants comme pour les professeurs, voire pour d’autres professionnels du même moule.
Cependant, les professeurs, bien qu’ils soient parfois du même département, semblent demeurer, pendant des années, de bons vrais collègues entretenant parfois des relations mi-figue, mi-raisin. Comprenez que tous les professeurs ne se sont pas baignés dans la même rivière du savoir. L’un peut être plus brillant que l’autre. C’est ce qu’on appelle la douce rivalité professorale et amicale.
Figurez-vous qu’un bon professeur n’a pas de liens cordiaux avec un étudiant peu performant, car, avec une telle «marchandise», le professeur n’a aucun intérêt et n’en fait pas recette. C’est à partir des bons étudiants que le professeur retrouve sa confiance en se mesurant également avec lui-même d’abord, puis avec d’autres professeurs comme lui. Il se passe souvent une suite d’images venant secouer les vieilles idées du professeur, surtout si son rendement antérieur était mal apprécié parce que n’ayant eu que de piètres étudiants dans les couloirs de sa carrière. Un professeur possède un esprit critique. Il a toujours la soif d’un bon résultat, c’est-à-dire qu’il a de façon permanente l’esprit d’un leader qui gagne et non qui perd.
Imaginez-vous qu’un professeur ait eu à passer trois ans dans une faculté comme celle des lettres, en donnant un cours d’histoire au premier cycle, puis voir des étudiants récolter des notes de 40 %. Croyez-vous qu’il va aller manger chez lui sans grincer des dents? La tête lui cogne mal, voire très mal. Les mauvaises langues peuvent même aller jusqu’à se demander si c’est lui qui enseigne mal ou bien si ce sont les étudiants qui n’apprennent pas. C’est une affaire qui peut réveiller des sentiments de lourde «culpabilité» dans la conscience du professeur. Une telle situation, c’est un coup de massue. Le professeur ne peut jamais être tranquille. Ce n’est pas pour rien qu’il a soutenu sa thèse de doctorat et qu’il a été affecté comme professeur d’université! Et si l’on ajoutait sa récente agrégation qui fait de lui un homme couronné de succès et de bonheur dans la haute hiérarchie des professeurs idylliques à placer au pinacle des meilleures crèmes intellectuelles mondiales. C’est une légitime fierté en tant que professeur d’une certaine envergure universitaire récoltant autant une audience à tout bout de champ, comme c’est le cas chez beaucoup de professeurs d’université dans le monde. C’est une sommité et un tel rang ne peut s’obtenir qu’à un certain niveau d’expérience acquise. Parfois la gloire et le culte normal de la personnalité, emmailloté d’une enveloppe de professeur intouchable, semblent corrects. Au niveau des rencontres, celles-ci sont programmées par une secrétaire de direction choisie pour la circonstance et dont le rôle est d’organiser, de coordonner les rendez-vous tout en filtrant les visites. Eh oui! Un professeur, ça se respecte!
La puissance et la notoriété physique de l’université reposent souvent sur les épaules des murs ainsi que sur le confort des bureaux et des salles de classe, mais aussi sur la qualité des professeurs de renom dont les enseignements et les travaux de recherche apportent à tous succès et réconfort moral. Ainsi comment ne pas occuper une place honorable au classement général des meilleurs établissements universitaires dans le pays ou dans le monde?
Quant à l’Afrique? Les dirigeants sont des militaires d’un bas niveau qui prennent les professeurs pour l’ennemi numéro un à leur régime. Ainsi, il y a des universités qui ne subissent même pas un brin de peinture au mur! Si bien qu’au cours de certains échanges culturels ou pédagogiques avec d’autres universités, lorsque la délégation des professeurs africains débarque au bord de la Seine à Paris, ou en Belgique par exemple, on vous serre la main avec un sentiment qui cache le dédain.
Savez-vous que, dans notre société humaine où les cultures sont autant diversifiées, il y a plusieurs manières de serrer la main? Sachez qu’il y a six manières de serrer la main de quelqu’un, du moins selon l’étude menée par des psychologues en science des réflexes comportementaux des individus. Les voici: (1) une poignée de main ferme et confiante; (2) une poignée de main molle et sans conviction; (3) une poignée de main automatique et inconsciente; (4) une poignée de main très active et énergétique; (5) une poignée de main délicate et sensible; et (6) une poignée de main écrasante. Quelle poignée de main semble vous honorer alors?
Le mérite d’un professeur dépend donc de la qualité de ses enseignements, fruit de son bagage intellectuel, parce qu’il agit avec son intellect. En un mot, le mérite du professeur se révèle par son savoir-faire et son savoir-être. Ce n’est pas une campagne de dénigrement à faire contre les professeurs d’université d’Afrique, loin s’en faut. Mais sans tabou, il y a des professeurs qui doivent s’améliorer pour que les empreintes de leur renommée ne s’effacent pas devant la rosée des railleries des étudiants qui veillent au grain, notamment par rapport aux mauvaises performances. Comprenez aussi que le professeur n’est pas toujours omniscient.
Personne n’évalue le professeur pendant son cours. On ne sait pas comment évoluent ses progressions, session après session. Le système de notation du professeur par les étudiants n’est pas une évaluation pédagogique idoine. Ainsi, le professeur et son bagage doivent se mesurer sur une balance qui ne se maintient en équilibre que par rapport à la convention équitable des mesures établies.
Une chose alarmante et qui dégrade l’université africaine, c’est aussi le phénomène des MST. Connaissez-vous le fond de cet acronyme? Les moyennes sexuellement transmissibles. Cette pratique est déshonorante. Nous, qui n’avons été que professeurs au niveau collégial, pensions que le phénomène n’avait établi ses frontières qu’aux périmètres réduits du bas niveau des collèges et des lycées. Or, même l’université a, en son sein, des portes grandes ouvertes sur la vente des moyennes, faisant ainsi de l’alma mater une simple épicerie des moyennes de passage. C’est une activité dans laquelle de nombreux professeurs d’université d’Afrique se sont illustrés. Ils ont fait de cette activité leur tasse de thé! Ainsi, moyennant leurs corps aguichants aux seins drus, durs et pointus, les filles, sûrement nymphomanes, se livrent aux professeurs afin de récolter de bonnes moyennes aux examens. Quant aux étudiants mâles, le tout se règle par des billets de banque à remettre aux professeurs afin de ragaillardir les moyennes. Hourra! Que les Africains qui ne veulent pas des vérités puissent venir encore avec leurs menaces! Mais le phénomène est bien réel en Afrique: au Congo Brazzaville, mon propre pays, au Gabon, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo et partout ailleurs. Ne pas critiquer ce phénomène, c’est entrer en collusion avec les seigneurs de la fraude dans les universités africaines.
Si nous voulons que l’Afrique change qualitativement, n’ayons pas peur de circonscrire et de critiquer les maux qui la minent. Finalement, quand seront hissés les Africains au dessus de leur médiocrité?
Avons-nous été déclarés «numerus clausus» en tant qu’Africains pour ne pas atteindre le seuil de la mutabilité, nous empêchant ainsi de nous placer en grand nombre du bon côté de la barrière? Sortons tous de nos carcans culturels négatifs tout en conservant ce qui est positif, si cela est encore bénéfique.
Gervais Mboumba






avril 30th, 2010 at 9:58
Bonjour,
3 petites choses
1- félicitations. vous rédigez vraiment bien! je ne parle pas du fond.
2- Arrêtez d’assimiler l’Afrique à un Pays! Tout au long de l’article vous faites la comparaison entre les « universités d’Afrique » et ce qui se passe au Québec. En clair ça donne continent vs Province. Ça ne fait aucun sens.
3- Par ailleurs, je suis assez indignée, qu’un Africain dise que « le professeur d’université en Afrique ne publie jamais » Si ça avait été dit par un québecois, ou un européen j’aurais mis ça sur le compte de l’ignorance. Mais venant d’un africain, c’est une belle insulte!!! Vous êtes tellement occupé à lire ce qui est écrit ailleurs que vous pensez que rien ne s’écrit dans les « universités africaines ». Par pitié, faites de meilleures recherches….pas par continent, ça peut être long! Commencez par des pays comme le Sénégal, le Cameroun, le Nigéria…Vous serez très surpris!
Damn it, j’en reviens toujours pas…
mai 3rd, 2010 at 1:22
voilà encore un complexé de sa race.
nous ne sommes plus à l’ère du colonialisme où il faut écrire pour plaire aux blancs
trop de généralités, aucune référence, source pas fiable
mai 5th, 2010 at 7:45
Merci beaucoup pour vos commentaires, j’enverrai le tout à qui de droit.
Au nom de toute l’équipe, je vous remercie de prendre le temps de nous écrire!