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Categorized | Campus

Valeurs mobilières : À propos des différences de traitement dans la culture des privilégiés

Posted on 19 avril 2010 by admin

Tribune libre

Depuis plus d’une semaine, la révélation du coût des améliorations du bureau de Pre Luce Samoisette, rectrice de l’Université de Sherbrooke, a scandalisé une foule de gens, dont de nombreux étudiants. Face à ce tollé, la rectrice répond qu’il «s’agit d’une question tout à fait normale de changement de mobilier» (La Tribune, mardi 13 avril 2010). Doit-on accepter de telles explications?

À l’heure où sont en négociation plusieurs conventions collectives et où l’Université de Sherbrooke argue devant les médias locaux être dans une situation financière difficile, la sortie des 60 000 $ n’a certainement pas été accueillie candidement. Récemment, l’un des vice-recteurs, le Pr Alain Webster, annonçait des coupures de 1,5 % dans tous les départements, en plus d’exiger des étudiants une contribution financière, sans quoi le libre accès au transport en commun allait, disait-il, être abandonné.

Devant cela, les dépenses de Pre Samoisette ont quelque chose de suspect. Pourquoi renouveler l’esthétique du mobilier de la rectrice alors que bien d’autres employés de l’Université de Sherbrooke, bien d’autres professionnels et professeurs se font dire de couper? Pourquoi prioriser la réception des «dignitaires qui se rendent à l’Université de Sherbrooke» (ibid.) sur la prestation des services standards de l’institution? L’argument du rectorat à l’effet que le transport en commun était un service auxiliaire ne semble pas valoir pour les luxes des grandes gens, dont il semble que les contribuables aient à assumer les frais.

Pourquoi changer des sofas pour un odieux total de 9200 $? «Ils étaient bleus, ce qui n’est pas un défaut en soi, mais ils étaient aussi décolorés et vraiment usés» (Canoe.ca, Argent, 9 avril 2010), explique sans broncher l’adjoint de la rectrice, M. Jean-Pierre Bertrand. Apparemment, des sofas moins coûteux étaient impensables. L’installation de lumières supplémentaires à la suite du réaménagement du bureau aurait également coûté près de 1000 $, alors que le prédécesseur de Pre Samoisette utilisait la lumière des fenêtres. L’ironie du sort aura voulu que l’installation de stores pour bloquer cette lumière sur 14 fenêtres de long fasse grimper la facture à un total de 16 000 $ (La Tribune, lundi, 12 avril 2010).

A priori, je n’ai rien contre l’idée que l’atmosphère de travail soit un facteur important à considérer, mais est-ce investir sagement le denier public que de s’en servir ainsi alors que d’autres quarts de métiers se font refuser la repeinte de leurs murs dans des couleurs autres que l’omniprésent beige? Est-ce juste de valoriser cela pour une dirigeante – dont le salaire suffit amplement à compenser les responsabilités – alors que d’autres doivent patienter? Une chance que la pose d’œuvres d’art de la collection de l’Université de Sherbrooke est un service gratuit et accessible à tous sur le campus…

Et que dire des 43 000 $ investis en vidéoconférence. Apparemment, les salles du Carrefour de l’information, à peine quelques dizaines de mètres plus loin, ne conviennent pas aux rencontres de l’équipe rectorale. Et pourtant, quand les employés du STI doivent communiquer avec leurs homologues de Longueuil, ces salles neuves paraissent très convenables. Et puis, si Pre Samoisette et ses dignitaires n’y voient pas d’inconvénient, des logiciels comme Skype fournissent le tout à faible coût, suffit d’une Webcam et d’un poste informatique pour communiquer directement à partir du bureau.

Le gouvernement financerait-il les campagnes de publicité de l’institution et le public relationship, alors que les locaux se dégradent et que l’Université de Sherbrooke affiche l’un des plus faibles ratios de professeurs par rapport au nombre de chargés de cours? La moyenne provinciale de 62 % est ici de 50 %, et le nombre de chargés de cours avec des années d’ancienneté et à qui on n’a jamais offert de poste de professeur est non négligeable.

«Toutes les unités ont été invitées à réviser leur budget» (La Tribune, jeudi 18 mars 2010), alors la vraie question est: qui doit couper dans le gras? Les employés de soutien? Les auxiliaires de recherche? Les professeurs et les chargés de cours? Les étudiants? Si une dirigeante peut se permettre de trouver «normal» de tels – disons-le sans gêne – caprices, combien en coûterait-il si tous affichaient la même propension dépensière?

60 000 $ est un montant relatif au milieu et à quoi on le compare. Pour des étudiants, c’est près d’une centaine de réfrigérateurs presque neufs. C’est également deux salaires annuels de techniciens (près de 70 % de la population vit avec des revenus semblables ou avec moins), ou bien celui d’un enseignant de cégep. Il est bien certain que sur ses 330 millions de dollars de budget annuel (ibid.), 60 000 $ peut sembler petit. Mais si ce genre de dépense est à l’image d’une culture universitaire où une minorité de privilégiés se permet des largesses sur le bras de la classe moyenne et des étudiants, je trouve que ça laisse un goût amer de qui nous sommes pour le reste de la société.

Frank Lévesque-Nicol

Le chahuteur (sur l’air du Déserteur)

Madame la Rectrice
Je vous fais une lettre
Que vous verrez peut-être
Si vous êtes une lectrice
Je viens d’apercevoir

Les dépenses incendiaires

Que vous venez de faire

Pour votre promontoire

Madame la Rectrice
Je ne s’rai pas roulé

Je ne veux pas payer

Pour de tels caprices

C’est pas pour vous fâcher

Il faut que je vous dise

Ma décision est prise

Je m’en vais m’opposer

Depuis mon arrivée
J’ai vu payer mes frères

J’ai vu bosser mes pairs

Et bien des enseignants

Ceux qui ont tant souffert

Sont depuis à la porte

Et s’moquent des cohortes

Et se moquent du vert

Mon université
On l’a volée, Madame

Prenez donc le blâme

Pour votre cher mobilier

Demain de bon matin

Je claquerai la porte

Et porterai main forte

À ceux-là qui n’ont rien

C’est si peu d’ironie
Sans nul doute je pense

De par votre provenance

Vous êtes en haut des gens

Regardez votre délire

Regardez donc vos frères

Ils ne vont pas vous plaire

S’ils refusent d’obéir

S’il faut donner d’l'argent
Allez donner le vôtre

Vous êtes bon apôtre

Madame la Rectrice

Si vous me poursuivez

Prévenez vos gendarmes

La vie est dans l’programme

Dit votre publicité

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