L’Université de Sherbrooke découvre une nouvelle arme contre le C. difficile

19 mai 2010

Une nouvelle classe d’antibiotiques a vu le jour grâce aux travaux d’une équipe multidisciplinaire de l’Université de Sherbrooke. Leur découverte, une molécule baptisée PC1, facilitera la lutte contre certaines bactéries hyper-virulentes, comme le C. difficile.

Olivier Robichaud

L’utilisation fréquente, ces 30 dernières années, d’antibiotiques issus de quelques sources seulement (surtout la pénicilline) a eu certaines conséquences néfastes pour le système de santé. Notamment, les bactéries qu’elles doivent combattre ont rapidement développé des résistances; la découverte des chercheurs de l’Université de Sherbrooke permettra ainsi la production d’antibiotiques complètement différents. «Sur le plan de la recherche fondamentale, notre découverte ouvre la voie à une nouvelle génération d’antibiotiques. Les bactéries [n'y] avaient encore jamais été exposées», souligne Daniel Lafontaine, professeur au Département de biologie de la Faculté des sciences et co-auteur de l’étude.

Le problème des bactéries résistantes acquiert une importance particulièrement élevée dans les établissements de santé, comme les hôpitaux ou les CSSS. Au fur et à mesure que les malades traversent les couloirs, touchent aux poignées de porte et entrent en contact avec d’autres gens, les bactéries et autres micro-organismes se transmettent plus facilement et les maladies deviennent plus virulentes. Quelques patients, venus se faire soigner, attrapent alors certaines maladies: on les appelle les maladies nosocomiales. La plus médiatisée d’entre elles est certainement le C. difficile (Clostridium difficile).

Une maladie qui a fait des ravages

Entre 2003 et 2005, le C. difficile était la coqueluche des médias québécois et le mot «nosocomial» a fait son entrée dans le vocabulaire quotidien. C’est que le Québec était alors aux prises avec une épidémie de C. difficile dont la souche était hyper-résistante. Les autorités de santé publique l’ont endiguée principalement grâce à de nouvelles mesures d’hygiène.

Une étude du Dr Jacques Pépin, un spécialiste des maladies infectieuses travaillant au CHUS, avait estimé en septembre 2005 qu’environ 2000 personnes seraient mortes de complications reliées à la bactérie en 2003-2004. Preuve de la virulence de la souche, presque le quart des patients souffrant de diarrhées associées au C. difficile sont morts dans le mois suivant leur infection.

Même si l’urgence est passée, les établissements de santé du Québec et d’ailleurs au Canada ne sont jamais à l’abri du C. difficile. La récente éclosion au Nanaimo Regional General Hospital, en Colombie-Britannique, en est la preuve la plus récente: 24 personnes ont été infectées dans les dernières semaines et 5 en sont déjà mortes.

Aucune résistance

Cette fois, la bactérie ne semble pas pouvoir développer de résistance face à la nouvelle molécule PC1 produite par l’équipe de l’Université de Sherbrooke. La situation est semblable pour une autre maladie nosocomiale bien connue des spécialistes, le SARM (Staphylococcus aureus). Les chercheurs ont déjà soumis trente générations de bactéries au nouvel antibiotique, sans que celles-ci ne deviennent plus résistantes. «[H]abituellement, il suffit de cinq ou six passages» avant de voir une évolution, souligne Daniel Lafontaine, qui a piloté le projet aux côtés de ses collègues François Malouin, professeur à la Faculté des sciences, et Louis-Charles Fortier, de la Faculté de médecine et des sciences de la santé.

Ces résultats prometteurs découlent de la découverte, en 2002, d’une zone vitale essentielle à la survie des bactéries: le riboswitch. Depuis ce temps, les chercheurs s’affairent à trouver un moyen de l’affecter pour empêcher la prolifération de la bactérie. C’était le point de départ de M. Lafontaine: «Notre expertise dans l’étude tridimentionnelle des riboswitchs nous a permis de comprendre que ça fonctionne uniquement lorsque le riboswitch visé est devant un gène particulier appelé guaA, explique-t-il. Ça touche une voie de base de sa régulation.»

Université de Sherbrooke de A à Z

L’équipe de l’Université de Sherbrooke a mené toutes les étapes du projet, de la recherche fondamentale à l’expérimentation avec succès sur des sujets animaux. Une chose rare, selon M. Lafontaine: «Habituellement, une étude aussi large est réservée à de très grands laboratoires.»

La molécule PC1 ainsi que les autres molécules développées par les chercheurs ont déjà été brevetées. Ceux-ci envisagent maintenant un rapprochement avec l’industrie pharmaceutique pour la production en masse et la mise en marché de leur découverte. Ils sont également à la recherche d’autres riboswitchs régulant différents gènes essentiels pour étendre le spectre de bactéries touchées par les nouveaux antibiotiques.

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