Les Canadiens seraient moins ouverts aux aspirations du Québec, selon un sondage
19 mai 2010
Meech: 20 ans plus tard
Vingt ans après l’échec de l’accord du lac Meech, les cinq conditions énoncées pour que le Québec signe la Constitution canadienne n’ont plus la cote au Canada anglais. Du contrôle de l’immigration au droit de veto, aucune d’entre elles n’y obtient plus d’un quart de répondants favorables, les autres choisissant plutôt la négative. La réconciliation semble particulièrement difficile alors que toutes sont populaires chez les Québécois, qui sont d’ailleurs nombreux à vouloir une nouvelle ronde de négociations constitutionnelles.
Olivier Robichaud
Le sondage, dirigé par Repère communication pour le compte du Bloc québécois et des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO), a été mené auprès de 1001 Québécois et 1007 répondants du reste du Canada. Les résultats étaient présentés lors du colloque «20 ans après Meech, quel est l’avenir du Québec dans le Canada?», organisé par le Bloc et IPSO, il y a un peu plus d’une semaine, ainsi que dans les pages du Devoir du 7 mai et du 8 mai.
Conclusion? Aucun terrain d’entente n’est actuellement possible entre les Québécois et les Canadiens. Sur les 28 questions posées, presque toutes montraient une très nette opposition entre les réponses québécoises et canadiennes, particulièrement en ce qui concerne les cinq conditions posées lors des négociations du lac Meech.
S’il était prévisible qu’une majorité de Canadiens s’opposent au droit de veto du Québec, il semblerait que même les sujets moins controversés seraient balayés du revers de la main dans le ROC (Rest of Canada). Par exemple, plus de 80 % des répondants hors Québec s’opposaient à ce que la Belle Province ait le contrôle total de son immigration.
En ce qui concerne les trois autres conditions (la reconnaissance de la nation québécoise, le droit de retrait des programmes fédéraux et la nomination de trois juges de la Cour suprême du Canada), toutes obtiennent entre 73 % et 83 % de réponses négatives.
Les Québécois, quant à eux, sont favorables à toutes ces questions par des majorités de plus de 70 %.
Le sociologue Pierre Drouilly, qui a analysé les données pour leur présentation lors du colloque, s’est dit surpris des résultats: «Je ne pensais pas que le Canada avait changé d’avis à ce point depuis 20 ans», a-t-il affirmé au journaliste Alec Castonguay, du Devoir. Selon M. Drouilly, les Québécois sont les seuls à encore chercher un terrain d’entente. «Le Canada a tourné la page et ne veut plus rien savoir. La grande illusion, c’est de penser, comme on le fait au Québec, que le Canada sera prêt un jour à reparler de notre place dans la fédération.»
De bonnes intentions, mais aucune action
Pourtant, le sondage de Repère communication montre clairement que 73 % des Canadiens et 78 % des Québécois pensent toujours qu’il est possible de négocier une entente pour satisfaire le Québec. Mais veulent-ils passer à l’action? À la question «Le Canada devrait-il amorcer une nouvelle ronde de négociations afin de trouver une entente constitutionnelle satisfaisant le Québec», seulement 39 % des Canadiens répondent «Oui». Les Québécois? Plus de 82 %…
Les résultats du sondage montrent plutôt que les Canadiens espèrent que le problème se réglera lui-même. Ce qui risque d’être difficile: à savoir comment ils s’identifiaient spontanément, une majorité de Québécois (57 %) a répondu par ce terme et seulement 24 % ont répondu «Canadien». Ce dernier chiffre comprend même une bonne part des anglophones du Québec: seulement 3 % des répondants d’ici ont répondu «Canadien-Anglais».
Impérialisme canadien?
Mis à part les revendications québécoises des années 1990, le sondage posait plusieurs questions sur les pouvoirs à accorder aux deux paliers de gouvernement, sur la place du français et sur un éventuel référendum. Les Canadiens, encore une fois, sont à mille lieues des Québécois.
Alors que les Québécois accordent une certaine importance au gouvernement provincial, seulement 33 % des Canadiens sont d’accord pour dire qu’il est plus important que le gouvernement fédéral. Et pour cause: une majorité d’entre eux aimerait même freiner les aspirations québécoises en centralisant davantage les pouvoirs à Ottawa.
En ce qui concerne la culture, un sujet bien d’actualité, les Canadiens refusent à presque 70 % d’accorder au Québec plus de pouvoirs pour protéger sa langue et sa culture; les Québécois – sans surprise – y sont favorables à 82 %. Les Canadiens refusent même d’accepter certains faits accomplis: alors que le premier ministre Stephen Harper a reconnu au Québec le droit de signer des traités internationaux dans ses champs de compétences (une pratique d’ailleurs établie depuis longtemps), 79 % des Canadiens s’y opposent.
En fait, ils nient même jusqu’au droit du Québec de se séparer du Canada, en dépit de l’avis de la Cour suprême confirmant que cette option était légale. Pire, les Canadiens voudraient contrôler toutes les facettes d’un éventuel référendum sur le sujet: l’interprétation de la «majorité claire» et même la formulation de la question référendaire relèveraient du gouvernement fédéral, selon la très grande majorité.
Le sondage a été mené entre le 18 mars et le 6 avril 2010 et peut être consulté à partir des sites Web du Bloc québécois et du Devoir. Il a une marge d’erreur de 3 points de pourcentage 19 fois sur 20, autant au Canada qu’au Québec.
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