Il faut réaliser nos rêves avant d’être sur le marché du travail. Plusieurs étudiants ont cette réflexion en prévision de leurs futurs engagements professionnels, familiaux, financiers, etc. C’est ce que Léa Lima (2006) décrit comme l’institutionnalisation des étapes de la vie. En d’autres termes, certains évènements majeurs sont liés à des tranches d’âge de la vie.
Julien Fortier-Chicoine
Ainsi, plusieurs voient la vingtaine comme le moment opportun de voyager vers les destinations désirées. Combien de personnes ont pris une année sabbatique pour aller voyager, travailler à l’extérieur ou simplement partir étudier à l’étranger? Malheureusement, c’est de plus en plus difficile lorsqu’il faut s’occuper d’un appartement, travailler, acquérir des connaissances pratiques dans notre champ d’études et avoir de bonnes notes pour atteindre le marché du travail bien prêt.
Plusieurs étudiants du campus innovent dans l’ombre en développant des projets leur permettant de concilier tous ces besoins. Il n’y a qu’à penser aux étudiants de psychologie à qui l’on demande de l’expérience pratique pour avoir de meilleures chances d’entrer au doctorat sans aucun stage. Face à cette situation, une ancienne étudiante au baccalauréat en psychologie, en collaboration avec un groupe de l’Université de Montréal, a développé un projet d’aide internationale.
Le projet est résumé par Virginie Girard comme «un stage consistant dans des cours de psychologie à l’Université de La Havane, à des stages pratiques avec des enfants autistes, à de l’observation en thérapie de tous les genres et à des entrevues d’accueil avec des parents d’enfants problématiques. Nous étions un groupe de dix étudiants, nous nous sommes occupés de trouver une place où loger (très facile et abordable: les casas particulares). Le stage a duré deux mois, mais nous nous sommes préparés longtemps avant. Campagnes de financement, cours d’espagnol, cours sur l’autisme, vaccin, rapports d’avancement pour être évalué, communication avec l’université et les profs de là-bas, etc. Nous allions à l’université du lundi au vendredi en matinée et deux ou trois après-midi étaient consacrées à la pratique. Par exemple, j’allais m’occuper d’un enfant autiste directement chez lui afin de donner une pause aux parents. Le reste du temps, le groupe se préparait à des excursions un peu partout dans Cuba!»
Plus près de nous, vous avez peut-être entendu parler du projet fou de Valérie Lupien Thiffault, étudiante en 2e année en psychoéducation, qui s’apprête à vivre une expérience unique en Inde. En fait, au début de ses stages, elle a cherché à innover et a entrepris elle-même les démarches pour la mise en œuvre du projet. Avec la collaboration de l’organisme Éclosion, un organisme voué à la coopération internationale et au développement durable, Valérie a été jumelée avec l’organisation Anawim avec laquelle elle travaillera sur place.
«C’est un travail qui se déroule en milieu rural, explique-t-elle, où j’aurai à me promener dans des villages. Ma tâche sera d’intervenir auprès d’écoliers aux prises avec des problèmes très variés. Il pourra s’agir de retard de développement, de problèmes physiques ou cognitifs, de déficience intellectuelle ou d’autisme; bref, je m’attends à rencontrer des problématiques de toutes sortes.»
Loin d’être de tout repos, ce stage en anglais lui permettra, au-delà de l’intervention clinique, d’aborder d’autres aspects plus spécifiques aux besoins indiens. «Je crois que mon travail sera aussi de démystifier un certain nombre de choses auprès des adultes qui accompagnent ces enfants, dit-elle. Par exemple, si l’on constate qu’un enfant a une déficience intellectuelle, il faudra leur faire comprendre que l’enfant ne redeviendra pas «normal», mais qu’il faut plutôt l’amener à être capable de vivre avec ses limites. Il est clair qu’en trois mois, ces interventions constitueront la première étape d’une démarche plus grande visant à outiller les professeurs à long terme.» Valérie Lupien Thiffault espère donc pouvoir faire une différence, si minime soit-elle, auprès de quelques enfants,et ce, par un voyage dont elle assume l’entièreté des coûts.
Que remarquez-vous de ces deux projets? Ils répondent aux besoins secondaires décrits par Maslow et son échelle des besoins. Lorsque les besoins primaires sont comblés, l’homme recherche le réconfort, la sécurité, l’éducation (actualisation), etc. Cela détonne des voyages humanitaires typiques dans les pays chauds visant à creuser des puits pour rendre l’eau potable accessible. À ce propos, plusieurs se demandent le bien-fondé d’une aide internationale axée sur des besoins autres que primaires, c’est-à-dire l’accès à l’eau et à la nourriture. Le recul du peuple haïtien a pu mettre en lumière cette question à la suite du tremblement de terre du 12 janvier dernier. N’y a-t-il pas une question de fierté, d’indépendance dans tout cela? Sans disserter sur le sujet, une question se pose avant d’offrir une aide spécialisée: la différence que Valérie Lupien Thiffault souhaite créer par son passage dans l’État du Tamil Nadu est-elle légitime?
Des projets foisonnent sur le campus, de nombreux étudiants ont su lier l’utile à l’agréable par leurs idées innovatrices. Pour plusieurs, l’université n’est pas seulement un chemin linéaire, mais une foule de possibilités. Que vous soyez pour ou contre ces stages à l’international, l’important, comme disait le Chevalier de Méré, est que «celui qui commence une affaire sans jugement, ne doit pas être surpris si elle finit sans succès».


