Au moment où cette grosse pâte de journal atteindra les présentoirs, le Canadien de Montréal aura cesser de rêver son impossible rêve. Il sera éliminé ou vacillera au bord du précipice estival, dans l’attente du coup de grâce.
Francis A-Trudel
Une remontée inespérée contre les champions de la saison régulière aura attisé les braises de cet impossible rêve, aura ravivé la flamme que la province entière tend au bout de ses bras meurtris, mais au final, la logique gagne toujours. La logique, pas le cœur, ni la chance.
Le Québec s’éteindra. Il portera le chagrin du départ de ses Glorieux, qui partiront où personne ne part: en vacances à Hawaii. La vie reprendra son cours normal, les fanions ne clapoteront plus au vent avec leur bruit de fessée frénétique, le Journal de Montréal paniquera en ne sachant plus quoi mettre à la une sans Star Ac ou CH. Du cul, pourquoi pas.
Après avoir brûlé d’une possible fièvre des séries pendant près d’un mois, les partisans tâteront leur front frais et humide, presque déçus de retrouver leur état normal. Faut les comprendre: à aimer jusqu’à la déchirure, même trop, même mal, à confondre Allah et Halak, à regarder sa Sainte Flanelle tenter d’atteindre l’innaccesible étoile sans force et sans Markov, à espérer un miracle, à vouloir aller jusqu’au bout, eh bien, on n’en revient jamais complètement.
Qu’importaient les chances, très minces, de réussir, le temps échu du centenaire, ou la désespérance de voir jouer AK-46 avec autant de vigueur qu’un poulet mort; tout le monde y a cru. On nous a vendu ce concept d’équipe Walt Disney qui lutte toujours, sans questions ni repos, et on l’a acheté à gros prix avec un hot-dog et une bière à 30 $.
Loco Locass a récidivé avec un autre hymne partisan et RDS a troqué son objectivité journalistique pour son enthousiame de jeune fille pré-pubère, mais aucun de ces efforts n’auront empêché le Canadien d’accomplir sa fatalité: décevoir.
Cette province, en manque de héros, aurait enfin eu le cœur tranquille avec la coupe à Stan à la maison. L’orgueil du sport national tant de fois invoqué sans l’argument ultime, comme un chèque sans fond, aurait été sauf. Les villes se seraient éclaboussées de bleu-blanc-rouge, la parade aurait défilé sur Sainte-Catherine, Jacques Demers aurait comparé l’événement avec ses souvenirs grandioses de 1993, Brunet aurait oyoyoyé, bref, tout le monde aurait brûlé de la gloire de cette 25e conquête.
Mais le Canadien a été éliminé. Et s’il ne l’est pas encore, il ira juste un peu plus loin. Et quand tous se permettront un infime espoir, un: «ah bin, peut-être que si Pouliot finit par en mettre une dedans…», il s’effondrera.
Et tous y auront cru jusqu’à s’en écarteler.
Pourtant, croire aux chances du Canadien, c’est comme croire aux chances d’une digestion saine et aisée après le buffet chinois: vous risquez d’être désagréablement surpris.


