Cri d’alarme pour les pays d’Afrique : Le développement de l’Afrique passe par la maîtrise de l’environnement

16 juin 2010

Tribune libre

Lorsqu’on parle de l’environnement, on a l’impression que ce mot est nouveau et que toute action environnementale pour l’Afrique est une nouvelle découverte dans sa compréhension et dans son application sur le terrain. Mais pourquoi l’Afrique est-elle «sale» depuis 50 ans? Voilà une très bonne question qui interpelle tous les Africains!

Pour répondre à cette question, il faut sérieusement se demander ce que nous sommes, ce que nous étions hier. Les Africains mangent bien, selon la position sociale dignement élevée. Les Africains s’habillent bien, souvent mieux que les Européens. Ils achètent des chaussures et des vêtements qui coûtent chers. Ils ont de belles voitures très chères. N’oublions pas qu’en Afrique, tout est importé, même les aiguilles! Ceux qui ont un peu de moyens construisent de belles maisons avec du béton cher, piscine comprise. Mais plusieurs fonctionnaires, composés par la grande élite des pays africains, roulent sur des artères publiques bien sales et sans entretien.

Pendant la saison sèche, c’est la poussière qui est reine, bouchant les yeux, les oreilles et les narines des passants. En fait, tout le monde «boit» de la poussière. Pendant la saison de pluie, c’est la boue qui est reine. Les belles chaussures coûtant si chères pataugent dans les marres d’eau. Les enfants se promènent parfois nu-pieds, par manque de chaussures. Les travaux de canalisation des eaux manquent cruellement. Les caniveaux sont bouchés. Les ingénieurs, dont le travail devrait être sur le terrain, se campent dans les bureaux. Ils deviennent parfois des adeptes de la bureaucratie.

En Afrique, la joie n’appartient pas à tout le monde, même lorsqu’on est en bonne santé. D’ailleurs, aucune santé ne dépasse celle de l’âme liée à l’état psychologique et sociologique de l’individu. Un citoyen qui a le moral entamé par le poids des soucis ne vit pas bien. Il vivote.

Du point de vue de l’environnement, l’habitat de certains citoyens africains est carrément le reflet du type de vie qu’il mène. L’Africain parle très bien français, mieux parfois que les citoyens français. Mais ces derniers temps, il le parle mal, car chaque mot qui sort de la bouche d’un Africain est empreint d’une colère inouïe à cause des difficultés qui le gangrènent. Le philosophe n’a-t-il pas raison de dire que «l’être social est le résultat du milieu social»?

Les ministres, les chefs d’État, les parlementaires, les gestionnaires d’espaces urbains en Afrique, tout ce beau monde a l’air de faire de l’environnement une nouvelle découverte. En interpellant notre bonne conscience, l’environnement nous oblige à nous arrêter un peu pour constater que notre cadre de vie et notre espace vital sont bien pollués. Il n’est donc pas étonnant de voir les populations vivre au fil des temps avec une santé précaire. Mais que faire afin de prendre des mesures pour essayer d’améliorer notre cadre de vie?

On ne saurait évoluer dans cette analyse sans se référer à certains repères très importants: la date d’indépendance, 1960, sans compter la date des révolutions idéologiques et politiques qui ont amené les peuples africains vers le changement envisagé ou souhaité.

Mais ne nous voilons pas la face, avant que les blancs nous aient laissé diriger nos pays nous-mêmes, nos grands-parents étaient forcés de beaucoup travailler. Estimant que c’est par le travail que l’on arriverait à gagner sa vie, certaines questions connexes, mais indispensables, comme la propreté, le respect des biens publics, la morale, accompagnaient la vie des Africains. Mais après avoir eu l’indépendance, les nouveaux dirigeants se sont intéressés à la chose publique, uniquement pour s’asseoir au pouvoir sans inciter les populations au changement de mentalités sur des questions comme la conservation de l’environnement. Depuis l’indépendance, notre milieu de vie est très sale. Les gouvernements n’ont jamais utilisé l’argent pour investir dans ce secteur afin d’améliorer les conditions de vie des populations.

Pénétrez dans les quartiers des villes africaines

Lorsqu’on visite des grandes agglomérations humaines d’Afrique, on peut, à certains endroits, voir des ordures ménagères grimper jusqu’au niveau des toits des maisons. On est tout de suite frappé par le poids des immondices qui rivalisent avec les espaces. En plus, vous risquez d’être repoussés par des mauvaises odeurs. Dès les premières minutes, lorsque vous franchissez certaines rues dans certains quartiers, un total dégoût vous rappelle qu’ici, les règles de propreté primaires n’ont pas été enseignées aux gens. Dans un tel décor malsain et pitoyable, vous vous dites bien que l’indépendance n’a pas été proclamée à cet endroit, et même un brin de modernisme n’y est pas encore arrivé. Comment se fait-il que certaines personnes acceptent de vivre ainsi quotidiennement?

Si l’état des maisons traduit bien la paupérisation des citoyens sans moyens, ceux-là peuvent bénéficier de circonstances atténuantes car, véhiculés par l’exode rural parfois sans qualifications, certains Africains vivant dans les campagnes (ou villages) ou dans les zones rurales n’ont pas trop attendu pour s’accrocher dans les villes où ils ont décidé de mener une vie hasardeuse, car la plupart des gens y vivent sans boulot. Quant à d’autres, certes, ils trouvent du travail précaire, mais sans économie pour prévoir le lendemain. Le jour où ils perdent leur emploi, ils s’accrochent dans la rue, au lieu de repartir au village. Refuser de repartir, c’est sûrement pour éviter des moqueries d’autres villageois des zones rurales qui triment dans les durs travaux champêtres pour une consommation locale des produits tirés de leurs plantations. Ils ont raison. Ils travaillent avec des moyens à peine rudimentaires, leur production s’avère donc insignifiante et ne suffit pas à la commercialisation. Aucune structure n’est présente parfois dans les zones rurales: établissement sanitaire, école, administration, etc.

Le problème de l’environnement est au centre des grands débats dans le monde. Si les dirigeants africains participent aux accords inhérents, les signent et les ratifient par rapport aux questions environnementales, il est triste et déplorable de constater que ces mêmes dirigeants ne sont présents, dans les conférences et débats sur cette question, que par pur plaisir ou pour faire acte de présence. Si nous pouvions consulter des experts pour venir voir ce qui se passe en Afrique et surtout dans les grandes villes, ils repartiraient probablement avec «une très bonne impression» qu’effectivement, les dirigeants africains ne s’occupent pas des problèmes environnementaux dans leurs pays respectifs.

S’occuper de l’environnement suppose avoir un cadre juridique digne de ce nom en instituant une certaine loi en la matière, ensuite avoir un fonds ou bien alors, allouer un budget conséquent au ministère de tutelle pour prendre à bras-le-corps toutes les dimensions de la question. Savez-vous quel type de toilettes utilisent souvent les populations africaines? Je vous jure que c’est sale. Les microbes envahissants touchent tous les enfants.

Une question de santé publique

Je crois que les gouvernements africains s’en foutent de ça aussi. Je ne suis pas en train de dire qu’ils ont le mandat de doter le pays de «bonnes toilettes», mais il manque une politique sanitaire et une politique exclusive des soins de santé primaires qui viendrait soulager des populations vivant dans des zones urbaines sales de même que dans les zones rurales. Dans certaines localités d’Afrique, il y a encore des endroits où les gens urinent dans la rue, contre les murs des maisons, des bars. Imaginez les odeurs d’urine! Dans ces endroits, il n’y a aucune toilette. Les gens vont aller à la selle dans l’herbe ou au bord de la route. Les populations cohabitent donc avec des excréments sans que les pouvoirs publics n’aient eu la moindre intention de réagir. Pensez à l’hygiène et aux jeunes enfants qui évoluent dans cette atmosphère.

La conclusion est évidente: un nettoyage est nécessaire! Savez-vous que certains dirigeants égoïstes ne recrutent pas d’équipes d’entretien pour le nettoyage des structures publiques. Les Africains ont l’argent, mais la planification manque dans les investissements et les dépenses. L’argent n’est pas orienté dans des secteurs cibles.

Sans tabou, disons aussi que les chefs d’État africains et leurs ministres vivent, mangent et dorment eux aussi dans des «immondices», même si leurs palais sont protégés par de grands murs. En effet, l’air pollué provenant de ces montagnes d’immondices n’a pas de frontières. La saleté attaque tous les chefs d’État africains, leurs ministres et leurs fonctionnaires. Ce n’est pas étonnant de les voir malades. Ce n’est pas pour rien qu’ils aiment dépenser des milliards: l’argent des contribuables qu’ils détournent souvent pour aller se faire soigner dans des hôpitaux chers en Europe.

Gervais Mboumba

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