Critique de livre : L’aveuglement
16 juin 2010
L’aveuglement, José Saramago, 1995, 366 pages
Sophie Croteau
Qu’arriverait-il si… une population entière devenait soudainement aveugle? C’est ce scénario catastrophe qui constitue la trame principale du roman L’aveuglement de l’écrivain portugais José Saramago, nobélisé en 1998. Dans ce récit apocalyptique, porté à l’écran en 2008 par Fernando Meirelles, nous sommes d’abord confrontés à la déchéance de l’humanité vers ses recoins les plus intimes, dans un contexte que seule cette épidémie pouvait faire apparaître. Comment survivre, en effet, dans un monde où les repères ne nous appartiennent plus et où les besoins viscéraux de l’homme combattent sa dignité? Car c’est dans le désordre le plus total que tenteront de survivre les aveugles, d’abord isolés par ceux qui voient encore puis laissés à eux-mêmes dans une ville où le chaos règne: plus de nourriture, des cadavres avec personne pour les enterrer et des êtres qui se cherchent ou se cachent.
Ce qui frappe ensuite, c’est bien entendu la voix dense et complexe du narrateur, portée par une oralité assumée, où les dialogues, les commentaires narratifs, les pensées et les faits se confondent. Et c’est là que se trouve sans doute tout le défi pour les lecteurs du dimanche, qui seront probablement rebutés par les longues phrases et l’absence de repères. Car Saramago, qu’on se le dise, n’est pas J.K. Rowling: c’est un penseur de la littérature qui porte à la fois un discours sur l’humanité et sur l’écriture elle-même.
Un défi, donc, mais dont vous ressortirez assurément changé, pour le meilleur ou pour le pire…
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