Après avoir donné 45 000 copies de son dernier album Friterday Night en téléchargement gratuit sur leur site web, ce qui, soit dit en passant, était une première mondiale, Misteur Valaire s’est fait connaître un peu partout dans la francophonie. Le groupe récidive ce printemps avec son nouvel album Golden Bombay. Pour ceux qui se posent la question, eh oui, le titre de ce CD est bel et bien inspiré du célèbre entraineur des Ducks, Gordon Bombay…
Isabelle Bolduc
Lorsque j’ai dit aux gens autour de moi que j’allais rencontrer Misteur Valaire, j’ai eu toutes sortes de réactions allant de «Chanceuse! Tu vas rencontrer Misteur Valaire!» à «Mystère quoi?!?» Je me suis donc donné comme mission de faire découvrir un petit bout de l’univers de Misteur Valaire (MV) à ceux qui ne les connaissent pas encore et de faire passer un bon moment à leurs fans déjà conquis. J’ai eu la chance de faire mon entrevue avec Luis, le «rencontreur de journalistes» de Misteur Valaire, il paraît que c’est lui qui est bon là-dedans…
Le groupe
Mais d’abord, qui est Misteur Valaire? MV, c’est cinq gars qui ont grandi à Sherbrooke. Au secondaire, ils ont formé un quintette jazz. Par la suite, au cégep, le groupe de jazz est devenu quelque chose de plus électronique tout en gardant l’instrumentation jazz. Quand j’ai demandé à Luis comment le groupe définit son style, il m’a d’emblée répondu que c’est la question la plus difficile, à laquelle ils n’ont jamais été capables de répondre. Il ajoute que «Misteur Valaire, en soit, c’est un son qui est assez dur à décrire même pour nous autres personnellement.» Luis souligne tout de même que MV, «c’est comme une espèce de mélange entre l’électronique et l’instrumentation jazz. C’est n’est pas jazz, pas du tout, oui il y a des cuivres mais on a un côté vraiment pop qui va jusqu’au hip hop, jusqu’au rock aussi.» Je lui ai alors demandé s’ils avaient besoin de se définir, de définir leur style. Luis m’a simplement répondu que, pour savoir ce qu’ils font, «le mieux, c’est soit de voir un show ou d’écouter un album. C’est tout, ça se définit comme ça. C’est, je pense, ce qui est le plus facile. On joue ce qu’on aime écouter puis jouer. Misteur Valaire, la meilleure façon de le définir, c’est de l’écouter.»
Dans ma lancée «qu’est-ce que Misteur Valaire?», j’ai demandé à Luis comment leur était venu le choix de ce nom-là. Luis m’a raconté qu’au secondaire, les membres du groupe avaient un ami mexicain qui s’appelait Carlos Ramirez. Ce dernier avait un accent français sorti de nulle part et il voulait se faire appeler Carl Valaire. En conclusion de l’histoire, Luis me dit simplement: «Donc on a décidé de lui voler son nom. Pour qu’il reste mexicain, qu’il n’oublie pas ses origines et qu’il mange encore des frijoles pour le restant de ses jours. Il nous en a été reconnaissant par la suite.»
L’album donné
Comme vous le savez déjà, MV a fait le choix de donner son dernier album gratuitement sur le web. J’ai demandé à Luis de m’expliquer ce qui les avait motivés à aller dans cette direction avec Friterday Night. Il m’a expliqué qu’ils ont fait ce choix sachant qu’il y avait une baisse des ventes d’albums au Québec. Combiné avec la hausse de la circulation de musique sur Internet, que ce soit du piratage ou du téléchargement
légal, ils ont décidé de se servir du phénomène plutôt que d’essayer de le combattre comme le font la plupart des maisons de disques. «On s’est dit que la meilleure chose à faire était de le lancer gratuitement et le plus largement possible sur Internet pour qu’à ce moment-là, les gens viennent au spectacle puis que l’album en format physique serve à titre de produit dérivé seulement.» Au final, leur pari s’est avéré positif, car ce sont plus de 45 000 téléchargements de Friterday Night qui ont été faits. «Ensuite, on l’a sorti en magasin. Ça a plutôt bien répondu pour un band qui avait sorti son album depuis un an et plus. Ça a été extrêmement encourageant. Là, on lance un nouvel album et on part avec une liste de 45 000 personnes, avec leur e-mail, qu’on peut joindre comme ça, puis qui continuent à nous suivre et à nous supporter. C’est vraiment super agréable.»
Sherbrooklyn
Lorsque j’ai abordé le sujet Sherbrooklyn avec Luis, il s’est mis à rire. «Sherbrooklyn est un semi-mythe qui est parti à la blague. On l’a lancé une couple de fois en show pis d’autres l’ont utilisé pour rire. Ça a ensuite été repris par les médias. C’est vrai qu’on est allés à l’école avec plein d’autres gens qui se sont parti des bands en même temps que nous autres, puis on s’est tous déplacés à Montréal en même temps. Ça a fait comme un certain essor de plein de bands de la relève qui sont sortis en même temps et qui venaient de Sherbrooke. Tant mieux si ça peut aider des bands de Sherbrooke à se développer. Sherbrooklyn, surtout le Festival, c’est une reconnaissance de dire qu’à Sherbrooke, au niveau de la musique, il y a des ressources. C’est de dire qu’à Sherbrooke, tu peux être encadré dès l’âge de 6 ans jusqu’à 25 ans en sortant de l’université. C’est surtout là-dessus qu’on voulait miser avec le Festival Sherbrooklyn. Sinon, le mouvement, c’est une série de bands qu’on respecte, qui viennent de Sherbrooke. C’est des amis avec qui on finit nos soirées, c’est tout. Il n’y a pas de buzz Sherbrooklyn à Montréal. C’est les médias qui se sont nourris de ça. Mais il reste que c’est une bonne occasion de souligner le fait qu’à Sherbrooke, c’est intéressant au niveau des bands parce qu’il y a des ressources.»
Golden Bombay
En préparation de son nouvel album Golden Bombay, Misteur Valaire est venu faire une série de représentations dans des écoles de Sherbrooke. Ça a été, pour les membres, l’occasion d’apprendre les nouvelles pièces, de les placer et d’essayer des mises en scène. Luis mentionnait que ça leur enlevait un stress de pouvoir «jouer devant des écoles et un petit public de gens avertis qui savaient que ça se pouvait qu’on arrête pour s’ajuster. Ç’a été vraiment utile pour casser la glace, parce qu’après on est rentré à Montréal faire quatre jours de vrai pré-production et on savait déjà qui faisait quoi. On avait déjà les tounes un peu dans les doigts. Ça nous a permis de monter le show en quatre jours, puis là on est fin prêts pour le lancement officiel.»
Lorsque je lui ai demandé en quoi le nouvel album était différent du dernier, Luis a mentionné que le groupe accordait énormément d’importance à travailler le son. «On a pris le temps de le réchauffer, de le passer par des amplis, par des compresseurs un peu plus vintage en travaillant plus le truc. On a pris le temps de faire des expériences avec des prises de son.» Luis me disait que, pour cet album, ils ont essayé d’être plus accrocheurs, plus mélodiques. Ils ont travaillé l’album pour que les pièces soient plus définies en tant que pièces. «L’album est plus crunchy, mais plus chaleureux», me disait-il.
Tournée européenne
Quand je vous disais qu’ils se sont fait connaître partout dans la francophonie, Misteur Valaire a comme projet d’été une tournée en Europe, dont une quinzaine de festivals en France. Ils prévoient également présenter des spectacles en Belgique et en Grande Bretagne.
Misteur Valaire, un groupe sherbrookois à découvrir ou à redécouvrir…

