En 2010, comment peut-on encore parler de «races», moi qui pensais qu’il n’y en avait qu’une seule… la race humaine. Je suis complètement abasourdie de voir que certains font encore des différences. Je dois bien avouer que je pensais qu’il s’agissait d’une pratique dépassée. Vous me direz que ce sont des gens qui manquent d’éducation, que c’est la différence qui fait peur… Eh bien détrompez-vous, le ministre de l’Intérieur français, Brice Hortefeux, a tenu des propos qualifiés d’injure raciale par un tribunal!
Christelle Lison
Le 4 juin dernier, le tribunal correctionnel de Paris a condamné le ministre de l’Intérieur français, Brice Hortefeux, à 750 euros d’amende et 2000 euros de dommages et intérêts pour avoir tenu des propos injurieux lors d’une réunion de son parti, en septembre 2009. Les faits se sont déroulés le 5 septembre exactement, lors d’une journée d’étude des jeunes du Mouvement Populaire (UMP), durant laquelle Brice Hortefeux avait fait preuve d’un humour très particulier pour ne pas dire douteux. Alors qu’on lui présentait Amine Brouch-Benalia, un jeune militant d’origine maghrébine, en soulignant combien il était intégré dans la société (parce qu’il mange du cochon et boit de la bière!), le ministre avait répondu, sur le ton de la plaisanterie nous assure-t-on, «Ah mais ça ne va pas du tout, il ne correspond pas du tout au prototype». Et après qu’une militante ait ajouté «C’est notre petit arabe», le ministre avait lâché: «Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes.»
Comme on s’en doute, la séance a été filmée et déposée très rapidement sur la Toile (via le site du quotidien Le Monde). Vous imaginez aisément le tollé que cela a provoqué (peut-être en aviez-vous d’ailleurs entendu parler). La classe politique tout entière (ou presque, sans doute à l’exception des adeptes de Jean-Marie et de Marine Le Pen) s’est dite choquée, le Parti socialiste français avait même réclamé la démission du ministre. Devant ce soulèvement, Brice Hortefeux avait assez rapidement exprimé des «regrets» (encore heureux!), estimant que ses déclarations avaient fait l’objet «d’une interprétation totalement inexacte» (ben tiens, c’est clair!). Non content d’avoir accusé les internautes et les journalistes de l’avoir mal compris, le ministre avait alors affirmé, pour se défendre, que ses propos ne concernaient pas les Arabes mais les Auvergnats, c’est-à-dire les habitants de la région dont il est originaire.
Comme vous pouvez l’imaginer cette argumentation n’avait pas convaincu le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) qui avait alors décidé de porter l’affaire en justice, poursuivant le ministre pour «délit d’injures publiques à caractère racial». Finalement, le tribunal a donné raison au regroupement, tout en requalifiant le délit d’injures publiques à caractère racial en injures non publiques à caractère racial, considérant les propos comme «outrageants» et «méprisants». Absent à l’audience, Brice Hortefeux a été condamné à une contravention de quatrième classe punie de 750 euros d’amende de même qu’à 2 000 euros de dommages et intérêts à verser au MRAP, partie civile, en raison de «l’effet délétère sur le lien social d’un tel propos quand il est tenu par un responsable de si haut niveau», a précisé la 17e chambre du tribunal. Un comble pour l’ancien ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale!
Peu après l’énoncé du jugement, il a fait savoir, par son avocat, Me Nicolas Bénoit, qu’il faisait appel de sa condamnation, considérant qu’il s’agit d’«une décision juridiquement critiquable». Vous comprendrez que c’est la goutte qui a fait déborder le vase et a poussé le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, à souligner que Brice Hortefeux devrait avoir la «dignité» de démissionner. Cette possibilité semble pourtant avoir été écartée par le premier ministre François Fillon.
Je reste sans voix, non seulement face à une telle attitude mais également face au fait que de nombreuses personnes déclarent ne pas comprendre ce qu’il y a de méprisant dans les propos tenus. Personnellement, je pense que ce genre de déclaration, qu’elles soient faites à des personnes de couleurs différentes, d’origines, de pays ou de religions ou autres, ne devraient pas avoir sa place dans la sphère publique. Nous ne pouvons empêcher quelqu’un de penser ce qu’il veut, j’en suis non seulement convaincue mais je le défends, mais je pense aussi que nous ne devrions pas avoir le droit de juger quelqu’un sur de tels arguments.
Comment des personnes publiques et médiatisées, que ce soit un chef de parti, un humoriste ou un animateur télé, peuvent-elles déclarer des inepties de ce type et rester impunis? Eh bien non! Qu’on se le dise, l’injure raciale ne passe pas. De nombreux mouvements, contre le racisme, pour l’égalité, etc. existent partout dans le monde. Ils sont les garde-fous des insultes et de la discrimination. Heureusement, car quand on voit qu’en 2010, certaines personnes sont fières d’être membres d’un parti d’extrême droite, cela donne froid dans le dos.
Amis de la race humaine, comme le chante si bien Zazie: «François, Franco, Francesca, Pablo, Thaïs, Elvis, Shantala, Nebilah, Salman, Loan, Peter, Günter, Martine, Kevin, Tatiana, Zorba, Tout le monde il est beau, Tout le monde il est beau, Quitte à faire de la peine à Jean-Marie» [Ndlr: Le Pen].

