Tribune libre
La fulgurante ascension des performances de l’élite sportive au cours des dernières décennies découle, entre autres, des progrès techniques mis à sa disposition. Entre héros et zéro, un centième de seconde peut faire la différence.
Alors que les sportifs professionnels profitent des nouvelles technologies, qu’en est-il de ceux qui, en un coup de sifflet, peuvent sceller l’issue d’un match? À ce sujet, les associations sportives professionnelles ne sont pas sur la même longueur d’onde. Bien que des sports dits de «tradition» comme le tennis, le cricket et le rugby aient emboîté le pas, le soccer comme le baseball préfèrent maintenir en place une zone grise dans laquelle les erreurs se multiplient.
Pour ne nommer que ceux-là, Armando Galarraga et Thierry Henry ont défrayé la manchette à cause d’erreurs d’arbitrage. Synonyme d’engagement, de travail acharné et d’effort honnête, comment ces sports peuvent-ils tolérer des cas d’injustices flagrantes?
L’International Board, l’organe de la FIFA (Fédération internationale de football [soccer] association) qui «peut (et doit) faire évoluer les règles du football» (Le Figaro, 8 mars 2010) s’oppose à la reprise vidéo prétextant que «le football doit rester un sport humain et qui est joué de la même manière dans le monde». Même son de cloche du côté du président de la FIFA, Sepp Blatter: les erreurs au soccer doivent être acceptées, car «il y toujours des erreurs dans la vie». La Ligue majeure de baseball est plus mitigée: le commissaire Bud Selig évoque l’élément humain intrinsèque au sport, mais précise «qu’il est essentiel que les erreurs sur le terrain soient évitées».
En entérinant des règlements poussiéreux, les autorités pénalisent d’abord les arbitres; sans outils adéquats, impossible pour eux d’honorer leur mandat.
Cette frilosité a quelque chose d’étonnant. Plus palpable au soccer qu’au baseball, cette appréhension du moderne révèle plus qu’un désir d’entretenir une zone grise. À croire que certains en tirent profit…
Pessimiste, moi? Plutôt accablé face au pouvoir d’influence de la devise. Même les votes internationaux en faveur de la France pour la tenue de la Coupe d’Europe 2016 sont entachés de malversations et de trafic d’influence.
Au soccer, une solution mitoyenne pointe à l’horizon. Défendue par Michel Platini, l’insertion de deux arbitres de surface pourrait limiter les conséquences de cas litigieux de pénalty comme de buts inscrits à tort.
Dans cette optique, les erreurs commises garderaient leur «humanité» et la fluidité du jeu n’en souffrirait pas. Porte-étendard d’une réforme d’arbitrage, Platini est un farouche opposant à la reprise vidéo: l’ex-international français évoque même le «lobbying des télés qui veulent vendre leur système».
Espérons seulement que le débat amènera tous les intervenants à se mettre d’accord, et ce, sans qu’aucune situation chaotique ou injustice indéniable ne vienne entacher la fête mondiale du 11 juin au 11 juillet.
Chakim Adel Remila

