Vous faites du sport au stade intérieur de l’Université? Peut-être avez-vous déjà vu dans le coin du stade un petit groupe de courageux athlètes prêts à se propulser, têtes renversées, à plus de cinq mètres de hauteur. Ce groupe, ou cette «famille», comme se plaît à dire l’entraîneur François Thénault, constitue l’une des trois meilleures équipes de saut à la perche au Canada.
Julien Fortier-Chicoine
Fondée par l’ancien athlète lyonnais François Thénault, l’équipe de saut à la perche de l’Université de Sherbrooke s’est bâtie, depuis 1997, autour de ses performances historiques. Sous la bannière du Vert & Or, l’ancien étudiant en kinanthropologie a dominé le saut à la perche au pays, tout en devenant le premier entraîneur de cette discipline pour l’Université de Sherbrooke. Depuis ce temps, sous la préparation méthodique de François Thénault, l’équipe sherbrookoise a cumulé 14 podiums aux championnats universitaires canadiens et 40 aux championnats provinciaux sur 12 ans, ce qui a grandement contribué à bâtir la réputation du programme d’athlétisme.
Ces mêmes perchistes se sont aussi démarqués à l’international lors des jeux de la Francophonie, des Championnats du monde jeunesse et des NACAC, pour ne nommer que ceux-là. À elle seule, cette petite équipe universitaire est présentement constituée du champion canadien et, bientôt, de la deuxième meilleure perchiste au pays. Pas si mal pour une poignée de jeunes universitaires!
Avec l’aide logistique et financière de la Fédération d’athlétisme du Québec ainsi qu’avec l’expertise et l’expérience de François Thénault, Sherbrooke est devenue un bastion pour cette discipline très peu développée au Canada. Toutes les infrastructures nécessaires pour que l’Université consolide sa place au pays sont en place, ou presque…
Sur papier, cette histoire est très inspirante. Dans le quotidien, elle l’est encore plus. François Thénault a, depuis la fin des années 90, pris en charge des athlètes afin de les mener au sommet pour quelques milliers de dollars par année. La somme est toutefois bien symbolique, car pour lui, son travail, qui consiste en une présence hebdomadaire d’une vingtaine d’heures aux entraînements, sans compter la planification et l’organisation logistique, «est un bénévolat par passion». Cela s’ajoute à son poste de recherche à l’Université, qui lui permet de vivre modestement avec sa petite fille.
Voici où les choses se corsent. Durant les dernières années, François Thénault s’est impliqué comme entraîneur au privé afin de préparer financièrement la venue de sa deuxième fille. Son projet a toutefois rencontré des réticences de la part du Centre sportif de l’Université de Sherbrooke, qui a fait pression sur le détenteur d’une maîtrise en entraînement sportif et en biomécanique afin qu’il mette un terme à ses cours privés.
«C’est choquant de voir que tout ce que tu as donné durant des années ne semble rien valoir. Ce n’est pas tant le fait que le Centre sportif cherche à me soutirer un pourcentage que le fait qu’il préfèrerait que je n’offre pas mes services, même si c’est pour avoir de quoi vivre un peu! »
À la recherche d’une vitrine où plaider sa cause, François Thénault s’est buté au manque de support et de structure du sport d’élite québécois. Il se désole de la façon dont le sport est perçu: «J’ai l’impression qu’on apprécie les grandes performances tout en adoptant une structure de sport récréatif. Pourtant, le sport de haut niveau est un merveilleux moyen de former des modèles de société. Cela est encore plus dissonant pour une université qui se dit être une leader!»
L’avenir de cet humble personnage comme entraîneur de saut à la perche pour le compte de l’Université de Sherbrooke semble incertain pour l’hiver prochain: «Je vais rester pour supporter l’équipe cet été et parce que j’aime ça, dit-il, mais j’en ai plein le… Mon avenir va principalement dépendre des athlètes, mais c’est dur pour eux aussi. Je me détache tranquillement.»
Rien n’est sûr, mais il se pourrait que le saut à la perche québécois retourne à son niveau récréatif à la suite de cette nouvelle. Tout cela est très ironique en considérant la nomination de Sherbrooke en 2006 comme le premier centre d’entraînement d’athlétisme provincial de haut niveau. Quoi qu’il en soit, les 9, 10 et 11 juillet prochains, venez voir l’équipe de saut à la perche du Vert & Or!

