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Categorized | Société

Après Katrina, le coup de grâce en Louisiane

Posted on 12 juillet 2010 by admin

Le 20 avril 2010, la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, située dans le Golfe du Mexique, à 60 km des côtes américaines, explosait, laissant alors s’échapper 30 000 barils de pétrole brut chaque jour dans l’océan. La plate-forme, exploitée par la multinationale britannique British Petroleum (BP), représente désormais une menace permanente pour les côtes de Louisiane – atteintes le 29 avril – mais également pour les côtes de la Floride, du Mississippi et de l’Alabama. L’accident n’arrive pas non plus au moment le plus opportun pour l’administration d’Obama, en pleine campagne pour l’exploration pétrolière au large des côtes américaines.

Pierre Benabidès

Il y a des fois comme ça où on a l’étrange impression que le sort s’acharne. Oui, le sort s’acharne sur la Louisiane qui, peinant à se relever d’un ouragan dévastateur survenu en 2005, se voit désormais frappée par une catastrophe d’une tout autre ampleur: la contamination de ses côtes à la suite de l’accident de la plate-forme Deepwater Horizon. Oui, le sort s’acharne sur Barack Obama qui, après une bataille éprouvante pour faire accepter sa réforme de la santé, voit une plate-forme pétrolière du Golfe du Mexique endommager un discours fait quelques jours plus tôt – le 30 mars 2010. Le discours concernait effectivement le développement de nouvelles plates-formes pétrolières off-shore au large de la Virginie, mais également dans… le Golfe du Mexique.

«J’aurais préféré un autre ouragan»

Mais le sort que vont une nouvelle fois subir les habitants de la Louisiane n’est rien, comparé à celui qui attend Barack Obama et son gouvernement, et il n’est rien par rapport à ce que Katrina leur a fait vivre auparavant. Robert Campo, exploitant d’une marina en Louisiane, déclarera même à The Times-Picayune (NDLR: journal de la Nouvelle-Orléans) qu’il aurait «préféré un deuxième ouragan». Pourquoi? Parce que les litres de pétrole brut déversés chaque jour risquent de nuire à une activité économique motrice de l’État, à savoir la pêche commerciale. Aux dires du gouvernement de Louisiane, la pêche apporte 25 % des réserves de fruits de mer aux États-Unis, et l’État représente le plus gros producteur de crevettes et d’huitres du pays. Et on ne compte pas les différentes espèces de poissons pêchées tous les jours, notamment dans les eaux douces de Louisiane, dont certains disent qu’elles sont parmi les plus diversifiées aux États-Unis. L’agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA) rappelle «qu’en 2008, la pêche commerciale (dans le Golfe du Mexique) atteignait une valeur de 661 millions de dollars».

Et c’est bien là que réside le problème: l’écosystème des côtes de Louisiane ne ressemble en rien aux grandes plages de sable qui permettent un nettoyage «facile» des côtes. Les côtes de Louisiane sont des marais côtiers, très difficiles d’accès, excepté par bateau. Ainsi, et contrairement aux plages espagnoles et françaises où quelques centaines de bénévoles avaient, par leurs efforts démesurés, permis de démazouter les lieux à la suite de la catastrophe de l’Erika en 1999, les côtes de Louisiane ne seront pas nettoyées si facilement. Et pourtant, s’il y a bien un écosystème à protéger, en pleine année internationale pour la biodiversité, ce sont les marais de Louisiane. Végétation particulièrement fragile, lieu de fraie de certains poissons, lieu clé de la migration d’oiseaux, et j’en passe. Au-delà des marais, c’est tout le Golfe du Mexique qui devra une nouvelle fois payer, le Golfe représentant déjà la plus grande zone morte au monde (zone marine où l’oxygène est absent) en raison d’une agriculture intensive sur les bords du fleuve Mississippi. Les poissons, les tortues de mer, les mammifères marins, les alligators, tous ces êtres vivants sont désormais sous la menace de l’inhalation directe ou indirecte de pétrole brut. Bref, des lieux uniques de diversité biologique ravagés par un déversement de près de 5 000 000 de litres journaliers qui viennent s’échouer lentement dans les marais et plages des côtes américaines.

Haro sur BP

Pour une compagnie qui avait fait de son slogan Beyond Petroleum (Au-delà du pétrole) il y a quelques années de cela (en 2001), on comprend aisément l’ironie du sort qui la frappe de plein fouet. La multinationale ne compte désormais plus ses ennemis: les habitants des côtes américaines touchées, les pêcheurs de la région, les groupes écologistes et environnementaux, etc. La compagnie britannique doit également faire face à un adversaire de taille, en la personne de Barack Obama et de son administration. À peine remis d’une campagne pour faire admettre la réforme de la santé, le président américain tente désormais de faire passer une loi visant à réduire les gaz à effet de serre tel que le CO2. Bien que l’objectif de réduction visé des États-Unis ne soit pas celui escompté, il n’en demeure pas moins que le président Obama devait se mettre les Républicains dans la poche. Ainsi, lors d’une conférence fin mars dans le Maryland, il annonçait l’élargissement des zones de forage pétrolier et gazier en mer au large des côtes de Virginie et du Golfe du Mexique. Selon l’Agence France Presse, cette décision d’expansion de l’exploitation visait essentiellement à obtenir le soutien des républicains lors du vote du texte de loi sur la réduction des gaz à effet de serre. Seulement voilà, la catastrophe du 20 avril dernier est venue renverser les plans d’un président ambitieux. L’administration est désormais critiquée de toute part pour sa gestion de crise, le moratoire sur les permis de forages pétroliers a été prolongé de six mois (NDLR: il a ensuite été défait en cour), et dans les médias, on ne parle même plus de cette loi pour lutter contre les changements climatiques. Il faut avouer que ça a de quoi mettre en boule.

En conséquence de quoi, les relations amicales entre la compagnie pétrolière et le gouvernement américain sont désormais rompues, et le néo-président américain ajoutera que «BP sera tenu responsable jusqu’au dernier centime des indemnisations» (Le Monde, 27 mai 2010).

Assumer, nettoyer, compenser

BP n’a donc pas le choix: il faut assumer, nettoyer, et compenser les dégâts. Tous les jours, le compte Twitter de BP America est submergé d’informations. «BP est engagé à la franchise et à la transparence des réponses au déversement pétrolier dans le Golfe du Mexique», «Voici une description illustrée de la procédure top kill en préparation» sont des exemples d’annonces de la compagnie. Le compte Twitter renvoie également à des sites Internet décrivant les problématiques, offrant des rapports scientifiques et gouvernementaux réalisés, et proposant même de remplir un formulaire de dédommagements des dégâts matériels et immatériels. Et enfin, le groupe pétrolier s’empresse de donner le maximum d’informations sur ses tentatives (ratées) de colmatage de la fuite, ou encore explique pourquoi les galettes de pétrole retrouvées sur les côtes de Floride le 26 avril dernier ne sont pas issues de l’accident mais bien d’un dégazage en pleine mer. BP a annoncé que le coût financier de cette marée atteignait désormais 990 millions de dollars, alors même que l’action BP chutait de 15,12 % à la Bourse londonienne en date du 1er juin 2010.

Cinq ans après l’ouragan Katrina, la Louisiane devra apprendre à se relever une nouvelle fois, même si cette fois les dommages risquent d’être plus considérables. À l’heure où ces lignes sont écrites, toutes les tentatives pour boucher la fuite ont échoué et les États-Unis viennent d’ouvrir une enquête judiciaire au civil et au pénal sur cette triste affaire.

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