Le 16 juin dernier, la FEUQ répondait à une note économique publiée le jour même par l’Institut économique de Montréal (IEDM), qui nie que les frais de scolarité aient un impact sur l’accessibilité aux études universitaires. La FEUS publiait également, la semaine suivante, une réponse cinglante aux arguments avancés par l’IEDM. Se poursuit donc la guerre des chiffres entre les étudiants et les tenants du dégel des frais.
Olivier Robichaud
Dans sa note économique, l’IEDM avance plusieurs chiffres qui jettent un doute sur l’idée que des frais de scolarité trop élevés réduisent l’accès aux études universitaires. Elle a ainsi repris l’argument, maintes fois cité, que le Québec a un taux de fréquentation universitaire inférieur à la moyenne canadienne malgré des frais de scolarité et des frais afférents nettement plus bas. À l’opposé, le taux de fréquentation en Nouvelle-Écosse est presque le double alors que les frais imposés aux étudiants sont les plus élevés du pays.
L’IEDM avance plutôt qu’il est inutile de diminuer le coût des études puisque les personnes issues de familles moins nanties sont toujours bien moins nombreuses à fréquenter l’université que leurs compatriotes plus riches, et ce, peu importe la facture. Elle va même jusqu’à proposer qu’il est «inéquitable» de subventionner ainsi l’éducation de façon généralisée, puisque «les contribuables moyens se trouvent en pratique à financer de nombreux jeunes de familles aisées et les hauts salariés de demain.»
La FEUQ et la FEUS répliquent
Des sottises, selon Tommy Girouard-Belhumeur, vice-président aux affaires externes de la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke (FEUS): «Les personnes à revenu plus élevé contribuent plus avec leurs impôts, ce qui selon nous est la façon la plus équitable de financer les programmes sociaux comme l’éducation.» Plusieurs études ont en effet démontré que les personnes ayant obtenu un baccalauréat ont des revenus nettement plus élevés et payent beaucoup plus d’impôts que ceux qui n’ont qu’un DEC, une formation de métier ou aucun diplôme. Certains avancent même que tout le monde bénéficie de frais peu élevés à l’université, puisque les impôts des diplômés paient non seulement l’éducation, mais aussi d’autres programmes sociaux, comme la santé ou le chômage. Ils consommeraient aussi davantage, faisant ainsi rouler l’économie au lieu de rembourser des dettes.
Louis-Philippe Savoie, président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), renchérit: «L’idée de « génie » de l’IEDM n’est rien d’autre qu’une taxe déguisée pour la classe moyenne et la relève québécoise!» Pour la FEUQ comme pour la FEUS, hausser les frais de scolarité ne fera qu’augmenter le niveau d’endettement des étudiants et mettre un obstacle de plus devant les étudiants issus de familles moins aisées.
Contre un système de différenciation des frais
Dans sa note économique, l’IEDM souligne également que les universités québécoises manquent de financement, une réalité qui n’est niée par personne. Une solution fréquemment énoncée dernièrement est la différenciation des frais selon les revenus escomptés à l’obtention du diplôme. C’est-à-dire que les étudiants en droit ou en médecine paieraient plus cher leurs études parce qu’ils auront de meilleurs salaires que les étudiants en histoire par exemple; une éventualité refusée par les associations étudiantes. «L’exemple de l’Université de Toronto est probant, répond la FEUQ dans son communiqué. Les frais de scolarité y sont déréglementés et oscillent entre 5 000 $ et 30 000 $ selon les programmes d’études et pourtant, son déficit cumulé est de plus de 500 millions de dollars, soit plus que l’ensemble des déficits cumulés des universités québécoises.»
Même son de cloche à la FEUS qui souligne que, à l’Université Western Ontario, les inscriptions en médecine des étudiants dont les parents gagnent moins de 60 000 $ par année ont chuté de 21 % depuis que les frais ont augmenté. À l’Université Guelph, la participation des étudiants «pauvres» a chuté de 40 % depuis l’implantation d’un système de différenciation des frais.
«C’est entre les classes sociales que ça change [lorsqu'un tel système est implanté], prétend M. Girouard-Belhumeur, de la FEUS. Si t’as pas l’argent pour payer les frais, tu ne peux tout simplement pas étudier.» Selon ses dires, la défunte Fondation canadienne des bourses du millénaire avait aussi sorti une étude démontrant que le spectre de l’endettement à la suite des études est un frein majeur pour les étudiants des classes plus pauvres.
Des chiffres qui ne se comparent pas
Dans sa comparaison entre les provinces, l’IEDM note que les Québécois sont moins nombreux à fréquenter l’université, malgré des frais de scolarité moins élevés. Elle ne précise toutefois pas que cela exclut les étudiants ayant complété une technique au cégep, une option bien plus populaire ici que ne le sont les écoles de métier ailleurs au Canada (d’autant plus qu’elle est pour ainsi dire gratuite). En tenant compte de ceux-ci et des écoles de métier canadiennes, le Québec rejoint bel et bien la moyenne des provinces.
L’IEDM fait également fi du retard historique du Québec en matière d’éducation postsecondaire. Selon Jean-François Lisée, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM), le taux de fréquentation universitaire chez les Québécois francophones était si bas avant la Révolution tranquille qu’il était même inférieur à celui des Noirs aux États-Unis (qui scandaient alors les slogans du civil rights movement). Ce n’est qu’après un rattrapage spectaculaire que les étudiants québécois ont pu réduire l’écart, notamment grâce à des frais inférieurs et à un système de prêts et bourses très généreux.
À cette date, le gouvernement libéral de Jean Charest compte toujours continuer l’augmentation des frais de scolarité après 2012, date à laquelle les hausses semestrielles actuelles doivent prendre fin. Aucune précision n’a encore été donnée quant à l’importance de ces augmentations, ni d’informations sur si le gouvernement compte imposer des frais plus élevés selon le programme d’études, comme le proposait récemment l’ancien premier ministre Lucien Bouchard. Selon le plan de ce dernier, les étudiants en médecine paieraient jusqu’à 14 000 $ par session pour s’inscrire à leurs cours.

