Mens fervida in corpore lacertoso: un esprit ardent dans un corps musclé. Voici le modèle de l’athlète moderne: un être poussé à son plein potentiel génétique pour une épreuve bien spécifique. Sur ce, quelle est la dissemblance entre aujourd’hui et il y a 40 ans? Comparez la réaction victorieuse de Valeri Borsoz aux Jeux olympiques de 1972 avec celle d’Usain Bolt en 2008. La différence? Bien sûr, une amélioration de l’équipement et de la préparation physique, mais aussi une preuve explicite de l’arrivée d’une nouvelle façon d’aborder la préparation mentale.
Julien Fortier-Chicoine
Dès les débuts du sport de compétition, l’état mental des athlètes a été pris en considération comme un facteur influant sur la performance. Mais ce n’est qu’à l’aube des années 90, en réponse à la grande quantité de recherches probantes portant sur l’impact des stratégies mentales
sur
la performance, que des disciplines comme la psychologie sportive et la préparation mentale se sont formalisées. Par souci de concision, attardons-nous aux sports individuels sans toutefois occulter l’importance de la psychologie de groupe.
Tel que mentionné en préambule, les athlètes de haut niveau possédant une vie équilibrée et normale sont des êtres d’exception. Il s’agit d’être de super homo sapiens tant sur le plan
physique que mental. Pour ce faire, une prise en charge multidisciplinaire devient la norme, afin d’optimiser la «fenêtre» de développement du sportif avant le début d’une quelconque caducité. Véritable course contre la montre, la préparation d’un athlète de haut niveau demande désormais un investissement colossal qui ne laisse rien au hasard.
Au-delà des «nerfs d’acier» et du positivisme qui ne figurent
qu’à titre de traits, le superathlète (appelons-le comme ça) se doit d’être nanti de plusieurs outils afin de traverser les épreuves de son développement. Par exemple, le simple fait de «positiver sa souffrance» permet un changement perceptuel et cognitif élémentaire, quoique non instinctif. Cela amène une recherche de dépassement de soi continuelle qui entraîne quelquefois l’excès (par exemple, le dopage).
De plus, avec le développement des recherches en neuroanatomie via l’IRM, il est
démontré qu’une myriade de techniques d’imagerie mentale aurait un effet positif sur la formation d’engrammes (souvenirs) et/ou le maintien de ceux-ci. Les zones activées lors d’une visualisation seraient, pour la plupart, les mêmes que celles activées face au stimulus réel. En d’autres termes, il serait possible d’apprendre un nouveau mouvement, donc de l’intégrer à la mémoire procédurale (comme savoir faire du vélo), seulement par la visualisation. Ainsi, même en période de repos physique, l’athlète est invité à faire de la visualisation afin de corriger un mouvement technique, de se préparer à une compétition ou encore de récupérer entre deux épreuves par un abaissement contrôlé de son rythme cardiaque.
Mais, par-dessus tout, l’athlète au summum de son potentiel est celui qui aura adapté sa structure cognitive afin d’être le meilleur.
Par exemple, Usain Bolt s’autoproclamait le meilleur avant même de l’être. Ne dit-on pas que «définir c’est limiter»? Pour dépasser les limites humaines, il faut commencer par ne pas s’imposer de bornes personnelles. Ainsi dénuée de barrières, la préparation mentale peut réellement commencer. L’athlète est alors entraîné dans un processus de psychologie sportive afin de cibler les facteurs sur lesquels il a un impact (préparation, attitude, gestion des émotions) tout en considérant son niveau de prise en charge professionnelle (psychologue, nutritionniste, physiothérapeute, etc.) et socioaffective (proches, famille, suporteurs). Cette concentration d’énergie sur ces facteurs aura comme effet de favoriser «l’empowerment sportif» ou le sentiment de contrôle de l’athlète sur sa préparation. Voici donc, de façon grossière, les étapes de la préparation mentale d’un athlète de haut niveau.
Avec la dissémination des méthodes de préparation physique, il n’est pas surprenant de constater qu’un plus grand nombre d’athlètes atteint des sommets autrefois inaccessibles. Conséquemment, le facteur mental est un atout sans précédent. D’ailleurs, un groupe de recherche californien a estimé que celui-ci est responsable à 70 % de la démarcation des performances entre les membres d’un groupe d’athlètes olympiens.


