Un mois de compétition sous le soleil africain, du beau football émaillé par la vaillance de petites équipes têtues et pimenté par la disgrâce de grandes nations, un mois de pure extase sportive, et qu’en reste-t-il? Un seul et unique constat: le Bon Dieu, dans toute sa mansuétude, n’est pas fair-play.
Francis A-Trudel
On s’en doutait, il faut l’avouer, depuis ce quart de finale en 1986 où Dieu le Père a docilement prêté sa main blanchâtre à Diego Armando Maradona pour l’aider à vaincre l’Angleterre.
Pourtant, de toute l’anatomie humaine moulée à sa divine image, la menotte est la seule partie dont le contact avec la balle est défendu. Et en matière de «défendu», il s’y connaît, le vieux roublard.
On s’en doutait donc, mais on avait un peu fermé les yeux. Après tout, c’était sa première offense, et il faut la lui pardonner comme il nous pardonne aussi. C’est ingrat, mais c’est comme ça.
On s’en redoutait, re-donc, quand le beau barbu aux yeux bleus a récidivé lors de la récente Coupe du monde pour cristalliser nos soupçons sur son franc-jeu en une certitude frôlant le dogme. Flânant sur le terrain vers la 120e minute de jeu entre le Ghana et l’Uruguay, le Saint-Esprit s’est insufflé dans l’enveloppe charnelle de l’attaquant Luis Suàrez, campé sur la ligne des buts, et lui a fait repousser des deux mains une tête d’Asamoah Gyan, qui aurait propulsé les Black Stars ainsi que tout le continent africain en demi-finale. S’en est suivi un carton rouge automatique assorti d’un tir de pénalité, malheureusement raté. L’Uruguay s’est sauvé avec la victoire en tir de barrage.
Je ne sais pas si Suarèz était con avant que Dieu ne lui passe à travers, mais il fallait le voir célébrer dans le tunnel menant au vestiaire après que Gyan ait manqué son tir de pénalité. Il fallait l’entendre claironner en entrevue qu’il «était un grand gardien» et qu’il avait «fait l’arrêt du tournoi» et que «dorénavant, la Main de Dieu lui appartenait». De la couillonnerie à l’état brut.
Même la mère de Jésus aurait été impliquée dans cette action frauduleuse: «Un dirigeant (de la Fédération uruguayenne) m’a demandé de dire que c’était la main de Dieu et de la Vierge Marie, c’est comme ça que le voient les Uruguayens!», a lancé le sélectionneur de la Céleste, Oscar Tabarez, échaudé par les critiques fusant contre son équipe, dont le parcours s’est arrêté à un match de la finale.
C’est donc dire que le deux tiers de la Sainte-Famille logée tout là-haut manquerait royalement de fair-play. Avec tous les sermons qu’on nous sert depuis 2000 ans, si ce n’est pas de la mauvaise foi…
Il est aussi un peu pas fiable, le Bon Dieu, parce que Maradona, qui le croyait de son bord depuis son petit coup de main, comptait sur lui pour amener l’Argentine en finale. «Tout dépend de Dieu, s’Il veut bien que nous soyons en finale, mais je sais que c’est ce qu’Il veut, a déclaré le coach des Albicelestes. Cette fois, nous n’aurons pas besoin de la Main de Dieu, parce que ce sera la volonté de Dieu.» Rappelons qu’ils ont été pulvérisés 4-0 par l’Allemagne en quart de finale.
Dieu n’est jamais là où on l’attend. Il aurait dû être avec le Ghana, qui portait sur ses épaules musclées le grand corps malade de l’Afrique. Dans sa bonté vantée à outrance, Dieu aurait dû se servir de sa main pour pousser ce ballon derrière la ligne. Pas pour le repousser. Mais Dieu n’est pas fair-play. Il est humain.


