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Les joies et les bonheurs du théâtre amateur

Posted on 12 juillet 2010 by admin

Ils sont jeunes ou plus âgés, certains aux études, d’autres sur le marché du travail. Ils ont l’habitude de la scène ou ont toujours été, au contraire, plutôt timides. Certains ne jurent que par l’écriture, les autres préfèrent le jeu ou encore la mise en scène, voire même la confection de costumes et de décors. Mais qu’ils l’aient découvert récemment, par hasard, ou il y a de cela bien longtemps, ils partagent tous une passion unique et merveilleuse, celle du théâtre.

Geneviève Béchard

Cette passion, ce passe-temps béni, je l’ai connu, adoré et je l’adore encore. Le théâtre a occupé la majeure partie de mon adolescence, j’y ai fait des rencontres déterminantes et j’ai eu un plaisir fou à monter, en équipe, des pièces et à les présenter en fin d’année. C’est pourquoi je salue des initiatives comme celle de la Fédération québécoise de Théâtre Amateur (FQTA) qui, depuis six ans maintenant, organise le concours Création-Production-Théâtre, afin de promouvoir, guider, valoriser et aider à l’évolution du théâtre amateur. Le concours récompense, d’une part, le meilleur texte de théâtre reçu et, d’autre part, la troupe de théâtre amateur qui a présenté le meilleur dossier de production. L’auteur reçoit une bourse de 2000 $, tandis que la troupe récolte 3000 $. Sans oublier que l’auteur a la chance de voir sa pièce jouée par la troupe gagnante…

C’est ainsi que la troupe de théâtre officielle de l’Université de Sherbrooke, Les Mille Feux, grande gagnante de la catégorie «Troupe», a eu le plaisir de jouer en représentation unique et exclusive le texte de Félix-André Bouliane St-Pierre, La nuit du chantage, le 26 juin dernier au théâtre Léonard St-Laurent, à Sherbrooke. Quelques minutes avant le début du spectacle, je pouvais presque ressentir le trac des comédiens. Une partie de la beauté du théâtre, pour la spectatrice que je suis, réside dans les dix secondes qui précèdent le début de la pièce, ce moment fatidique où tout est possible. On a beau avoir vu une ou des tonnes de pièces dans sa vie, on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre. Et puis, soudain, le murmure des spectateurs commence à s’estomper. L’éclairage dans la salle s’éteint doucement. Le premier personnage entre en scène, s’exclamant haut et fort et… la magie opère.

La nuit du chantage, c’est une sombre comédie racontant l’histoire de Mathias, un magnat de la presse avide d’argent et de pouvoir. Avec l’indéfectible assistance de son fidèle serviteur, Frederich, il organise une rencontre avec le roi, la reine et le prince héritier, dans le but d’annoncer à tous un mariage de convenance entre le prince et sa fille, Marlène. Mais parce que les choses se déroulent rarement comme prévu, dans le meilleur comme dans le pire (!) des mondes, il se trouve que la famille royale est tout sauf conventionnelle (le roi désire, ô horreur, abandonner la monarchie au profit d’une démocratie!), le prince héritier préfère les garçons et… un inconnu débarque, alléguant avoir des photos compromettantes qui pourraient venir sonner le glas du règne de l’homme d’affaires puissant mais odieux qu’est Mathias.

Le charme de la pièce réside dans cette capacité qu’a eue l’auteur de sortir des sentiers battus: se disant inspiré aussi bien par des films de l’expressionnisme allemand comme Le cabinet du docteur Kaligari, que par le personnage de l’Avare dans Molière ou par le film Citizen Kane. Il a su écrire un texte audacieux et original qui a créé un univers rarement exploré par le théâtre. La mise en scène, signée Caroline Martin, a d’ailleurs bien su jouer avec les ombres, les disproportions et les maquillages glauques pour accentuer cette analogie avec l’expressionnisme allemand. Malgré quelques longueurs et un léger manque de rythme, la pièce a réussi à nous faire réfléchir sur notre propre société et à nous faire rire grâce à un humour grinçant (plusieurs répliques étant à la fois bien écrites… et bien envoyées!), et à des personnages complètement éclatés.

Bref, une soirée réussie, des spectateurs enchantés, un auteur agréablement surpris et des comédiens qui rigolent et s’amusent entre eux après la représentation, leur chimie étant palpable… Même si on sait que tous retourneront bien rapidement à leur quotidien et à leurs projets respectifs, on ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire et de se dire, l’espace d’un instant: c’est pas le bonheur, le théâtre amateur?

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