Ne vous y méprenez pas, les frustrations que j’invoque n’ont rien à voir avec celles des profanes qui reprochent au soccer de manquer d’action. Si seulement ils étaient en mesure d’apprécier autre chose que le nombre de buts par match, peut-être que ce genre de stéréotype nord-américain disparaîtrait de la Belle Province.
À ceux qui statuent sur l’attrait d’un sport en fonction des scores finaux des matchs, je rappelle que les buts marqués ne sont que la pointe de l’iceberg. Sans rien enlever au hockey, combien de rondelles déviées entraînent des garbage goals? Oui, ces buts viennent gonfler les scores finaux, mais la qualité du jeu n’en profite pas. Tout ça, faut-il le préciser, est invisible aux yeux de «l’amateur du dimanche».
Mon point: le soccer est au Devoir ce que le hockey ou le football américain seraient au Journal de Montréal, aux yeux du profane, bien entendu!
Société Radio-Canada ou Canadian Broadcasting Corporation?
La société d’État ayant acquis les droits de diffusion du Mondial 2010, deux réseaux (SRC et CBC) s’offrent aux amateurs. En toute logique, la segmentation naturelle francophone-anglophone servirait de barème. Cependant, j’ai la ferme intuition que le paysage télévisuel québécois en matière de soccer ne se divise pas ainsi.
Bien que sévère, cette vision du battage médiatique n’est pas que personnelle; en toute modestie, elle témoigne d’un ras-le-bol collectif de la communauté francophone. Je m’explique.
À tous les niveaux d’amateurisme, bien des francophones se voient contraints de regarder leurs matchs en anglais. Pourquoi? L’expertise! À mon avis, le réseau francophone se contente du strict minimum en termes de qualité.
Alors que la CBC donne le micro à des spécialistes reconnus, la SRC recycle des commentateurs, panelistes et animatrices tout en répétant les vieilles recettes du Réseau des Sports. Encore heureux que Claudine Douville ne fasse pas partie de l’équipe… Du vocabulaire employé aux noms des joueurs, en passant par les analyses des séquences de jeu, rien n’est en phase avec la culture francophone du football partout dans le monde.
Jean-Jacques Stréliski, du Devoir, (21 juin 2010) abonde dans le même sens: «Le Québec, toujours fervent de modèle nord-américain, a même fait pire. Il a gardé l’appellation soccer et francisé les termes du foot pour les rendre parfaitement insipides selon les véritables amateurs francophones de foot… Avec pour résultat que toutes les retransmissions et analyses deviennent désincarnées, sans âme, vieillottes, voire surannées. On a le sentiment que l’on ne parle pas du même sport. Ce soccer francophone n’aura jamais l’âme du foot.»
Cela laisse croire que les intervenants ne regardent du soccer que lorsqu’ils le décrivent, tellement l’auditoire distingue aisément les maladresses, les phrases incomplètes et les informations «bouche-trou» aussi subtiles que le peu de rigueur d’analyse de Jean Gounelle. Tout porte à penser que la société d’État menotte volontairement les téléspectateurs. Avec un tel monopole, si l’amateur n’y trouve pas son compte en français, qu’il change de chaîne! Au fond, c’est bonnet blanc, blanc bonnet pour la Première Chaîne.
Chakim Adel Remila

