Ça «défèque à l’Est» par les temps qui courent, comme dirait Jean Perron. Déjà nantie de gros noms comme Alexander Radulov et Jaromir Jagr, voilà que la Ligue continentale de hockey, un ambitieux circuit basé en Russie, ratisse le marché des joueurs autonomes en plus de faire de l’œil à Ilya Kovalchuk. Alors, amie ou ennemie, cette compétition qui vient du froid?
Francis A-Trudel
Née en 2008 des cendres encore fumantes de la Superliga russe, la Ligue continentale de hockey (KHL) n’a pas tardé à faire des flammèches en affichant des prétentions et en usant de méthodes jusque-là réservées à la Ligue nationale de hockey (LNH).
La crise entre les deux circuits a atteint son paroxysme avec la saga Radulov. L’attaquant russe, alors lié par contrat aux Predators de Nashville, avait décidé de regagner sa terre natale et de jouer en Ligue continentale. Le litige touchait principalement la question des transferts, véritable pomme de discorde entre les deux institutions.
Les relations se sont adoucies depuis. En mai 2010, une entente a été ratifiée. Chaque partie s’est engagée à respecter les contrats de l’autre ligue. Mais ce n’est pas pour autant que la Ligue continentale a renoncé aux joueurs autonomes du circuit Bettman à qui elle tient un langage universel:
l’argent.
«On peut faire beaucoup d’argent et c’est une bonne ligue, a affirmé Darius Kasparaitis, ancien défenseur des Penguins de Pittsburgh évoluant aujourd’hui pour le SKA de Saint-Pétersbourg. Nous avons de bons hôtels, de bons amphithéâtres et, de plus en plus, nous voulons faire compétition à la Ligue nationale. C’est sans doute l’objectif principal de notre ligue.»
La compétition paraît presque déloyale, sachant que les joueurs de la KHL ne paient pas de taxes sur leurs revenus. Le SKA de Saint-Pétersbourg a ainsi profité de la saison morte pour rapatrier le gardien russe Evgeni Nabokov, l’un des meilleurs de sa profession, au coût estimé de 24 millions de dollars pour quatre ans.
Tout récemment, l’ancien gardien de but du Canadien de Montréal, Yann Danis, a décidé de déménager sa petite famille jusqu’à Khabarovsk, située à l’extrême-est de la Russie. Il souligne qu’il fera jusqu’à «deux fois et demie, sinon trois fois, le salaire (qu’il) aurait fait ici, en jouant dans la Ligue américaine», et que sur le plan financier, «c’était la meilleure chose à faire.»
Derrière cet Eldorado de l’Est se trouve Alexander Medvedev, un milliardaire russe oeuvrant pour Gazprom, la plus grosse compagnie de gaz naturel au monde. Il a créé la KHL et la préside, en plus d’être le propriétaire du SKA de Saint-Pétersbourg.
Homme ayant les moyens de ses ambitions, Medvedev aurait déclaré à Sovetsky Sport que son circuit pouvait facilement offrir à Ilya Kovalchuk un contrat de 17 saisons et de 102 millions de dollars comme l’ont fait les Devils du New Jersey. Medvedev propose même d’accommoder le franc-tireur de 27 ans en le laissant choisir l’endroit où il voudrait jouer en Russie.
Il se permet même de rêver à la création d’un circuit mondial et admet reluquer trois franchises de la LNH en difficulté. De fait, Medvedev est peut-être le meilleur allié du maire Labeaume pour la résurrection du hockey dans la vieille capitale. «Québec mérite d’avoir un club de la LNH, a-t-il déclaré à Radio-Canada en 2009. C’est une vraie ville de hockey. Quand l’aréna se remplit à 100 % pour une équipe junior, il s’agit simplement de trouver un modèle d’affaires pour rendre une équipe de la LNH profitable.»
Si la KHL a montré qu’elle était capable de mettre autant d’argent sur la table, sinon plus, que n’importe quelle formation nord-américaine, il y a encore un fossé à combler au plan du calibre de jeu.
Pour tous les Sergei Zubov qui prétendent que leur équipe «peut battre n’importe quel club de la LNH», il y a des individus plus réalistes. Radulov, par exemple, avoue dans une entrevue avec Le Soleil que «même si le calibre de la KHL a beaucoup augmenté avec les Américains et les Canadiens qui ont fait le choix de venir jouer ici, ce n’est pas la Ligue nationale. La profondeur et le nombre d’équipes dominantes ne sont pas comparables. La Ligue continentale, c’est un bon calibre, mais le top, c’est encore la Ligue nationale.»
Avec la tenue, en octobre, de deux matchs d’exhibition entre des formations de la LNH et de la KHL, il semble que l’avenir des relations soit davantage à la coopération qu’à la compétition. La dernière fois qu’une équipe de la Ligue nationale a mis les patins en sol russe, c’était en 1990, quand le Canadien de Montréal et les North Stars du Minnesota y avaient disputé huit joutes.


