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Categorized | Culturel

Le droit d’auteur: stimulant ou frein pour notre créativité?

Posted on 30 août 2010 by admin

Les mashups, vous connaissez? Ils sont le résultat d’un procédé appelé échantillonnage en français, qui consiste à prendre des extraits de chansons, à les couper et à les organiser différemment pour créer une nouvelle chanson. Un artiste américain du nom de Girl Talk est passé maître dans cet art de «remixer». Mais puisque la loi interdit de reprendre des parties importantes d’œuvres sans l’autorisation de l’auteur, ses collages musicaux soulèvent une panoplie de questions juridiques, bien résumées dans le film RIP: A Remix Manifesto, un documentaire audacieux et captivant sur le droit d’auteur.

Geneviève Béchard

Le droit d’auteur, c’est une guerre d’idées. C’est du moins ce que croit Brett Gaylor, le réalisateur montréalais de RIP: A Remix Manifesto. Pas faux. D’un côté, il y a le copyright, notre traditionnel droit d’auteur qui vise à protéger les créateurs et à leur assurer un revenu sur le travail. De l’autre, le copyleft, droit que les utilisateurs revendiquent jalousement, ou celui de laisser libres de droit d’auteur les créations. Et au centre, une merveilleuse confrontation idéologique.

Mais d’abord et avant tout, d’où vient ce fameux débat sur le droit d’auteur? Historiquement, le droit d’auteur est né d’un besoin concret lié à l’invention qui a pour la première fois permis la reproduction d’œuvres écrites: l’imprimerie. Au 16e siècle, en Angleterre, les imprimeurs avaient un monopole qu’ils achetaient de l’auteur et qui leur conférait l’exclusivité. La Loi de la Reine Anne, en 1709, est née des pressions de ceux qui étaient confrontés à ces monopoles. Cette nouvelle loi visait à mettre des balises pour la durée des monopoles: 21 ans pour les livres déjà publiés et 14 ans pour les nouveaux livres. Après ces périodes, les œuvres entraient dans le domaine public, ce dernier pouvant être vu comme un vaste ensemble de biens intellectuels pour lesquels nous n’avons pas ou plus besoin, avant de les utiliser, de demander d’autorisation (les œuvres de Shakespeare, par exemple, font aujourd’hui partie du domaine public).

Il va de soi que toute la controverse entourant le droit d’auteur s’est intensifiée récemment avec l’avènement d’Internet, qui nous a procuré une toute nouvelle connexion avec le monde entier. Le résultat? Un fabuleux partage d’informations, une accessibilité hallucinante à tout ce qui a été fait avant nous, et une explosion de nouvelles possibilités de création. Mais surtout, un nouveau désir pour certains: celui de transformer cette culture existante en quelque chose de nouveau, d’où la notion de «remix». Il ne suffit que de regarder quelques vidéos sur le site de YouTube pour comprendre à quel point certains utilisateurs s’en donnent parfois à cœur joie, remaniant des chansons, des films, voire des images d’archives pour créer de nouvelles œuvres fort imaginatives et hautement divertissantes.

C’est ainsi que, alors que les tenants du copyright veulent à tout prix conserver la propriété intellectuelle sur leurs produits et récupérer les revenus qui en découlent, les partisans du copyleft militent en faveur d’œuvres libres de droit, dans le but de créer un domaine public plus vaste et plus riche. Ces adeptes du copyleft basent notamment leurs revendications sur un manifeste rédigé par Lawrence Lessig, un avocat américain qui se bat actuellement contre la politique de son propre pays sur le droit d’auteur. Le manifeste est basé sur quatre principaux postulats: 1) La culture se base toujours sur le passé; 2) Le passé tentera toujours de contrôler l’avenir; 3) Notre avenir devient de moins en moins libre; 4) Pour une société libre, il faut limiter le contrôle du passé. L’objectif derrière ce contrôle minimal est donc un libre échange d’idées pour assurer à notre art et à notre culture un avenir florissant. Parce que ce qu’il faut comprendre, c’est que plus notre domaine public est grand, plus nous pourrons, tous et chacun, nous en inspirer pour créer de nouvelles choses, dont d’autres se serviront pour créer à leur tour, et ainsi de suite. Les œuvres existantes pourront être transformées et réaménagées dans le but d’en fabriquer de nouvelles, et notre culture s’enrichira de façon phénoménale. Dans ce nouveau modèle, les consommateurs seront eux aussi amenés à devenir les créateurs.

Le problème principal est le suivant: la loi canadienne sur le droit d’auteur, qui cherche tant bien que mal à balancer les droits des créateurs et ceux des utilisateurs, nous empêche d’avoir un domaine public infini puisqu’elle accorde aux auteurs, artistes et créateurs une protection légitime sur leur travail. Elle leur confère en effet des droits sur leur œuvre jusqu’à 50 ans après leur décès. Concrètement, cela signifie que je ne peux reprendre des parties importantes d’œuvres protégées pour en recréer une nouvelle (qui sera diffusée) sans demander aux titulaires des droits d’auteurs leur autorisation (et sans leur payer une redevance!) à moins qu’ils soient décédés depuis plus de 50 ans. Pour Girl Talk, l’artiste qui fait des mashups, la difficulté est donc importante: si pour une seule de ses chansons de 3 minutes, il utilise 21 chansons déjà existantes, la facture monte très vite. Girl Talk n’a demandé aucune autorisation et joue pourtant publiquement sa musique… jusqu’à ce que quelqu’un décide officiellement de poursuivre. En attendant, ses mashups sont potentiellement illégaux.

À l’heure où l’industrie de la musique est en crise et où celle du film se bat elle aussi contre le piratage, on se demande si le droit d’auteur, qui avait initialement été conçu pour protéger les œuvres des artistes (et donc encourager ces derniers à créer), n’est pas maintenant un frein à notre créativité et à notre culture. La liberté d’expression se heurte dorénavant à la propriété intellectuelle. Mais les compagnies qui possèdent les médias de masse et qui, par conséquent, contrôlent notre culture ne sont pas prêtes à laisser aller, trop concentrées à préserver le business model qui leur a rapporté beaucoup de profits par les années précédentes. Parce que oui, la plupart du temps, ce ne sont pas les artistes qui se sont enrichis du fruit de leur travail, mais plutôt les compagnies qui en détenaient le contrôle.

L’avocat Lawrence Lessig, le réalisateur de RIP: A Remix Manifesto et Girl Talk rêvent d’un monde ou le remix ne serait pas du piratage. Mais pour y arriver, il faudra changer la mentalité du dernier siècle. Admettre que les nouvelles technologies bouleversent notre façon de vivre… et qu’on doit s’adapter aux changements que cela engendre. S’ouvrir aux nouvelles possibilités quasi infinies qui s’offrent à nous plutôt que se concentrer sur un modèle de «rentabilité» des produits culturels, modèle qui ne colle plus à notre réalité. Réfléchir à la possibilité que la création soit peut-être davantage un acte collectif qu’un acte individuel. Et accepter le fait qu’on se basera toujours, consciemment ou non, sur ce qui a été fait avant nous.

Si cela vous intéresse, vous pouvez voir gratuitement RIP: A Remix Manifesto, sur le site de l’ONF: http://www.onf.ca/film/RiP_remix_manifesto/.

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