Qu’est-ce que le swagger? En toute fausse modestie, la réponse à cette question pourrait constituer la plus grande avancée linguistique depuis Champollion et les hiéroglyphes. Au pire, cette tentative de définition sera vaine et le terme restera flou. Au vraiment pire, ce sera pour un Blanc l’effort le plus pathétique pour accéder à la culture noire depuis Vanilla Ice.
Francis A-Trudel
Mais avant la charrue, les boeufs. Avant le quoi, le pourquoi. Pourquoi s’intéresser au swagger, ou au swag, sa variante? Parmi tous les autres termes obscurs sans équivalents français comme aufhebung, spin doctor ou hot-dog steamé, pourquoi jeter notre dévolu sur ce mot en particulier?
Parce que le terme s’est infiltré dans le sport, lentement mais sûrement, et qu’il départage aujourd’hui un joueur étoile d’un Ted White, une équipe championne de n’importe quelle édition des Tiger Cats d’Hamilton. Et parce qu’ici, au Collectif, on se garoche sur n’importe quel impondérable susceptible d’améliorer notre fiche à Mise-O-Jeu. Vouloir à tout prix clancher le gros Vercheval dans ses prédictions, ça, c’est de la rigueur journalistique.
Revenons à notre swagger. L’expression a fait du chemin depuis sa première attestation, en 1596, dans le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Référant alors à de «l’insolence», elle a connu plusieurs refontes sémantiques au fil des siècles avant d’atteindre la notoriété dont elle jouit dans notre société actuelle.
Swagger est une ligne de déodorants commercialisée par Old Spice et endossée par le rappeur LL Cool J. L’ancien président des États-Unis, George W. Bush, a utilisé le terme dans son discours final lors de la Convention républicaine de 2004 et la plupart des journalistes anglophones l’utilisent à toutes les salsas. («Argos regain their swagger» est le titre d’un article paru dans l’édition du 29 juillet dernier du quotidien The Gazette).
Signe ultime que le mot a imbibé le monde sportif, ou du moins, celui du football, il figure dans la nouvelle mouture de Madden 2011. Le swagger d’un joueur est maintenant chiffré de 1 à 100 et «quantifie sa personnalité». Invité à clarifier ce dernier point, un représentant d’EA Sports aurait déclaré: «Entéka, on se comprend».
Le Urban dictionary, qui recense les termes du slang américain,
propose une définition qui va à peu près comme suit: «Se dit de la confiance, de l’assurance que dégage une personne, particulièrement dans les situations qui demandent du sang-froid.» C’est un début.
Enfin, c’est déjà mieux que le toujours très fiable outil de traduction Babel Fish, qui suggère «un air fanfaron». Pas besoin d’être linguiste pour comprendre que tout le swagger du mot s’est perdu quelque part dans la traduction vers la fanfaronnerie.
«Au fond, le swag, c’est un peu comme de l’attitude, mais dans le slang
black, ce n’est pas péjoratif», affirme un joueur de football des Stingers de Concordia, dont l’anonymat restera anonyme.
La nuance entre le swag et l’attitude est toutefois importante. Avoir du swag, c’est bien, mais faire de l’attitude, non. C’est pas mal similaire, mais le swag consiste davantage en une façon de jouer ou d’être tout en étant cool, tandis que faire de l’attitude, c’est pousser la note un peu trop loin.
Mais est-ce que le swag, fortement ancré dans le jargon du rap et associé à la culture noire, a une couleur de peau? «Non, répond la source anonyme. Liam Mahoney, un receveur de Concordia, est probablement celui qui a le plus de swag dans l’équipe. Tom Brady, dans sa manière de dominer silencieusement, a beaucoup plus de swag que Terrell Owens, qui en abuse. Lui, il fait de l’attitude. Il est vieux et il échappe des ballons. C’est vraiment une façon d’être, de faire, de jouer et de paraître, mais il faut aussi un certain talent pour justifier son swagger.»
Si on récapitule grossièrement, avoir du swag, c’est être bon et le savoir. Alors, quel est le terme pour définir quelqu’un qui n’est pas bon et qui ne le sait pas? Du Carey Price, probablement.


