Puisque la dernière fois on a jasé du seul prérequis pour faire de la science, on peut commencer à en faire! À ce sujet, j’ai récemment lu un numéro de la revue Les Débrouillards. Vous savez, les expériences simples et amusantes qui produisent un résultat impressionnant… Mais avant tout, on m’a demandé de parler d’actualités du domaine sciences et technologies dans le journal. Pourquoi? Le Collectif doit informer sur ce qui se passe de nouveau. Alors voilà: il paraît qu’ajouter un projecteur UV à une brosse tournante d’aspirateur double les performances antimicrobiennes. Pour plus de détails, consulter http://nouvellestechnos.science-et-vie.com/10/11/2010/les-ultraviolets-renforcent-bien-lefficacite-de-laspirateur/. Bon, c’est fait pour les actus.
Jean-Philippe Choinière
Je sais que vous vous êtes fait remâcher la méthode scientifique au cours de vos pérégrinations scolaires: il s’agit souvent d’en parcœurer les étapes. Je vous propose aujourd’hui une réflexion sur ce qu’est vraiment ce développement intellectuel, à commencer par l’observation, premier pas de toute découverte. C’est tout de même la plus amusante de toutes les étapes, historiquement parlant.
Je me demande souvent (presque) comment le premier homme préhistorique a découvert que le feu était chaud. Ou alors que ça pouvait changer les propriétés des aliments qu’il mangeait en les cuisant. Était-ce un processus réfléchi, dans lequel il a essayé d’estimer quels seraient les effets? Est-ce un coup de vent qui lui a fait échapper son morceau de viande et changer le futur de l’humanité? En fait, on pourrait se poser la question pour un nombre impressionnant de petites révolutions technologiques: le travail de la pierre, la poterie, la couture, les arcs, la métallurgie… j’en passe (beaucoup). Maintenant, on peut voir ces concepts comme banals à pleurer; ils se révèlent cependant être une exploitation extrêmement judicieuse des phénomènes physiques connus à l’époque: (en ordre) différence de dureté et impacts, séchage et propriétés de l’argile, principe de l’aiguille, élasticité du bois et aérodynamisme des projectiles, chauffage et minage et formage et… Chapeau quand même Monsieur Magnon.
Même dans des temps plus récents, on peut remarquer que des découvertes cruciales ont été faites par hasard. La pénicilline est un bon exemple. Ce cher M. Fleming faisait des expériences sur l’inhibition des bactéries, en testant plusieurs substances successivement. Un jour, en revenant chez lui, il s’est aperçu que certains de ses échantillons en pétri [NDLR: coupelles remplies d'un mélange nourissant, pour la culture de bactéries] avaient été contaminés par les champignons microscopiques que son colocataire cultivait pour ses propres recherches. Une substance excrétée par lesdits champignons contient l’agent actif de la fameuse pénicilline, premier antibiotique moderne, si je ne m’abuse. Ça, c’est mon genre de colocataire idéal. Il fait une gaffe qui te fait gagner un Nobel. Quand même, c’est un coquin petit hasard qui a sauvé tant de vies des infections dans la Seconde Guerre mondiale.
Dans notre temps moderne, on remarque que les expériences se complexifient graduellement, comme si la plupart des observations faciles avaient déjà été notées et répertoriées. Les expérimentations sont maintenant plus difficiles et incroyables. Je pensais particulièrement au LHC, à Genève. C’est un instrument de mesure scientifique pour des expérimentations sur les collisions entre les particules subatomiques. Un instrument à 3,76.109 € (3,76 milliards €) qui fait 27 km de long et est à 100 m sous Terre. Un bel instrument qui peut faire cuire les toasts à coups d’explosions d’atomes du haut de ses 7 TeV. À l’intention des personnes à qui les tera électron-volts (TeV) n’évoquent rien, c’est incroyablement énormément d’électricité, particulièrement lorsqu’on a les pieds mouillés.
En fait, ce qui est le plus fascinant dans cette tendance est que l’on ne fait pas qu’observer un phénomène se déroulant incognito et tenter de le comprendre. On se fie aux déductions des tests précédents pour PRÉDIRE ce qui se passera dans l’expérience à venir. Plus de 10 ans pour construire le LHC, l’observation n’est pas née du hasard seulement ou bien d’une pomme qui nous tombe sur la tête lors d’une sieste. Le test n’est alors qu’une confirmation de notre modèle théorique, de nos calculs. Si le comportement est différent de la projection, cela permet d’introduire une nouvelle donnée dans l’éventail des phénomènes connus. On découvre.
Ce changement d’approche permet aussi des développements technologiques fabuleux. On peut réduire considérablement le nombre de prototypes nécessaires et le temps de conception pour arriver à un produit viable. Visualisez une automobile. Maintenant! Visualisez! Maintenant! Spontanément, de quelle couleur était-elle? Sachez que ça en révèle long sur votre subconscient. Méditation du jour.
Traditionnellement, en méthode conception, on fabriquait et essayait un modèle au feeling, puis un autre, jusqu’à obtenir un produit satisfaisant. Le dessin 3D, les études informatisées de résistance des matériaux et les tests et calculs de caractérisation des propriétés des matériaux sont les outils qui permettent d’avoir un nouveau véhicule potable en quelques essais, si tout va bien.
Puis, lorsqu’on fait le crash test, on sait déjà approximativement COMMENT le véhicule va se déformer et quel sera le résultat du test. On veut simplement valider les calculs, augmenter notre certitude par rapport au calcul. Il y a aussi que démolir une auto pour la science, ça a un attrait certain. Avec le calcul, on réduit les coûts et les délais reliés au test et au développement. Juste à temps pour accompagner l’accompagnatrice de char professionnelle au prochain Salon de l’auto, histoire de ne pas laisser la dame esseulée.
Finalement, cette réflexion devrait nous pousser à revoir la première étape de la démarche scientifique, l’observation. Il ne s’agit pas bêtement d’OBSERVER un phénomène. Même si la chance peut nous aider à repérer une nouveauté, encore faut-il être réceptif et en remarquer le caractère exceptionnel. À l’inverse, on part souvent de ce que l’on DÉSIRE observer pour créer un protocole de test en utilisant l’instrumentation spécifique. Oubliez l’observation au début de la démarche scientifique de l’école primaire: on se sert de l’hypothèse pour déterminer l’observation voulue. Pour en revenir avec mes Débrouillards: dans ce genre d’activité, l’étape d’ouvrir l’œil et admirer est la FINALITÉ amusante de toute l’expérience.
Se souciant sciemment de soulever des spasmes cérébraux sur sa cible, ce scribe que je suis se satisferait si, par centaines, les studieux récipiendaires du savoir se sondaient simplement sans s’abriter sous le solipsisme et s’ouvraient sincèrement sur la saga scientifique.


