Comme tous les autres établissements d’enseignement universitaire, l’Université de Sherbrooke est désormais tenue de se plier aux principes comptables généralement reconnus (PCGR). Pour l’année financière 2009-2010, cette manière de comptabiliser les dépenses fait passer le montant de son déficit accumulé de 22 millions $ à 171 millions $.
Shawn Sirois
Imposés par le Ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS), les PCGR se veulent une manière plus transparente de faire état de toutes les obligations financières dont les universités sont garantes. La modification comptable la plus importante concerne les avantages sociaux futurs (allocations de retraite, vacances à payer, etc.). L’Université de Sherbrooke devra dorénavant comptabiliser ces dépenses au fur et à mesure qu’elles sont gagnées par les salariées, et non pas seulement lorsqu’elles sont déboursées par l’Université.
Normalement, un employé de l’Université cumule ses vacances durant une année et les utilise l’année suivante. Ce que les PCGR forcent les universités à faire, c’est de prendre en compte les dépenses de toutes les vacances à payer pour l’année suivantes, et ce, dès le 31 mai. Il s’agit en quelque sorte de comptabiliser leur engagement envers les salariés. Il en va de même avec les primes de départ à la retraite, qui doivent aussi être comptabilisés, mais qui ne seront payés qu’au départ des employés.
De 22M$ à 171M$
La mise en place des PCGR fait gonfler le déficit accumulé de 22 millions $ à 171 millions$, soit une hausse de 149 millions $. Sur ce montant, les allocations de retraites représentent un montant de 103 millions $, tandis que les dépenses liées aux vacances, un autre 15 millions $. «Ce sont des dépenses réelles, et non pas théoriques, comme j’ai pu le lire dans les journaux, mais dont le déboursé arrivera bien plus tard», explique la professeure Francine Turmel, comptable agrée et doyenne de la faculté d’administration.
À titre comparatif, le déficit accumulé de l’Université Laval passe de 93 millions $ à 307 millions $ et celui de l’Université de Montréal, de 142 millions $ à 334 millions $.
Pas de nouvelles dépenses
«Il est important de spécifier qu’il n’y a pas de nouvelles sorties de fonds ou de nouvelles dépenses pour l’Université. C’est seulement la manière et le moment de comptabiliser qui change», explique Mme Joanne Roch, Vice-rectrice à l’administration. Tout de même, le chiffre de 149M$ peut surprendre. Qui plus est, il y a belle lurette que d’autres types d’entreprises se sont conformés aux PCGR. Cependant, le cas des universités ne peut pas s’y comparer. «Contrairement à d’autres entreprises, une université, c’est essentiellement des gens: de 75 % à 80 % du budget de l’UdeS ont trait aux salaires. Tout ça crée une pression supplémentaire», précise Jacques Viens, Vice-recteur adjoint.
L’Université de Sherbrooke se veut donc rassurante quant à cette hausse du déficit accumulé. Mme Roch explique que l’emphase est mise sur les chiffres d’avant-PCGR : «Ce qui est important, c’est qu’on est arrivé à un équilibre, en 2009-2010, avec un léger surplus. Cela nous permet de demander au MELS une subvention conditionnelle, puisque celui-ci ne se fit pas aux 149 millions $ que l’on a ajouté au déficit dans son calcul de l’équilibre».
Jacques Viens explique qu’il ne s’agit que d’une question de perception et que c’est pour cela qu’il était important d’expliquer pourquoi l’Université de Sherbrooke passait d’une gestion très serrée à un déficit de 171 millions $.


