Arrivé au Québec fin mars, soit quelques jours seulement avant l’arrestation du président ivoirien sortant Laurent Gbagbo, un nouvel étudiant de l’Université de Sherbrooke raconte au Collectif comment il a vécu la crise qui a paralysé son pays.
Miguel Lachance
Dans leur petit pays d’Afrique occidentale bordant l’Atlantique, Amon Wilfried et ses compatriotes se sont très peu préoccupés du Printemps arabe. Cette série de soulèvements populaires, qui ont balayé le nord du continent et le Moyen-Orient, n’était qu’un bruit de fond en Côte d’Ivoire, où les habitants étaient plutôt concernés par la crise causée par le refus de Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir après les dernières élections. Enfin, c’est ce que l’on pouvait percevoir de ce côté-ci de l’Atlantique, car la situation a pour origine une loi de 1994.
Une question d’immigration et d’origine ethnique
Le président actuel, Alassane Ouattara, avait été premier ministre au début des années 1990. Il a vécu par la suite une longue traversée du désert.
Amon Wilfried explique: «Le gouvernement ivoirien a fait une loi pour resserrer les conditions pour être candidat à la présidence. Il fallait être né de parents ivoiriens. Cela empêchait Ouattara de se présenter.» Cela a déclenché un débat sur la question de l’identité ivoirienne. Ce n’est pas sans rappeler la situation aux États-Unis, où des personnes mettent en doute l’origine du président Obama. Il est également possible de voir une similitude, même petite, avec le débat autour des accommodements raisonnables au Québec.
Amon Wilfried considère que l’Occident avait beaucoup à apprendre à ce sujet aux pays africains. «En France, Sarkozy n’est pas seulement d’origine française, et il est tout de même président. Les grands-parents de Barack Obama étaient du Kenya», rapporte-t-il. Il ajoute que «les gens doivent considérer les compétences avec l’origine ethnique».
Une économie à reconstruire
Pendant la crise, l’exportation du cacao a été arrêtée pendant un mois. La Côte d’Ivoire est un des principaux producteurs de cette denrée, et cette industrie est le moteur principal de l’économie. Amon Wilfried explique: «Une seule journée d’arrêt de la production fait perdre des milliards. Imaginez un mois!» L’étudiant est d’avis que son pays d’origine doit investir dans la transformation sur place du cacao. Pour le moment, on se concentre presque uniquement sur la culture et l’exportation du produit brut.
Gbagbo devant la Cour pénale internationale
Le mardi 13 septembre, Alassane Ouattara a annoncé que son prédécesseur, Laurent Gbagbo, sera jugé devant la Cour pénale internationale pour crimes économiques. Cela s’ajoute aux poursuites en Côte d’Ivoire dans le but «que le procès soit transparent», a affirmé le président Ouattara.


