C’est un fait: la population féminine fréquentant les universités s’accroît en nombre. Depuis 1991, le nombre de femmes assistant aux cours universitaires a même surpassé le nombre d’hommes. En 1971, 68 % des hommes âgés de 25 à 29 ans fréquentaient l’université. Dix ans plus tard, de plus en plus de femmes s’inscrivaient, car le pourcentage d’étudiants de sexe masculin s’établissait à 54 %. En 2001, les femmes constituaient 58 % de la population étudiante.
Olivia Ranger-Enns
Les féministes pourraient bien applaudir ce fait. Étant moi-même une féministe libérale, je prônerais plutôt une approche égalitaire. Selon moi, une population étudiante qui comprendrait 50 % d’hommes et 50 % de femmes serait idéale. Bien sûr, ce ne sera jamais une réalité, mais bon…
On est tout de même parti de loin. L’éducation était un privilège principalement mâle. À titre d’exemple, en 1966, Peter L. Schreiner, apprenant qu’il venait de gagner la belle somme de 56 000 $, a affecté l’argent à l’éducation de ses deux fils. Quand on lui demanda ce qu’il allait faire pour ses filles, il répondit: «Je ne m’inquiète pas pour mes filles. Elles vont probablement se marier.»
Ouf! Voilà une réplique bien typique de l’époque.
Eh non, voyez-vous, les femmes ne veulent pas toutes se marier. Certaines auraient voulu prioriser leur éducation, mais n’en ont pas eu l’occasion. Pensons à ce qu’a écrit la grande écrivaine du 19e siècle Jane Austen: «Toute femme qui possède du savoir devrait s’efforcer d’en cacher toute trace.» Pas très encourageant, tout cela.
Reste à expliquer le nouveau phénomène du taux étonnant de femmes à l’université. Selon une étude menée par Marc Frenette et Klarka Zeman de Statistiques Canada, de nombreux éléments entrent en jeu. En somme, il semblerait que les filles reçoivent de meilleures notes à l’école, consacrent plus de temps aux devoirs, ressentent plus de pression de la part de leurs parents et se verront récompensées avec de meilleurs avantages économiques à la suite d’une formation ou après quelques années d’instruction.
Il semblerait que les hommes ont moins de chance et moins de soutien. Une étude par Christofides, Hoy et Yang (en 2006) a démontré que le taux de garçons vivant uniquement avec leur mère est passé de 9,4 % en 1991 à 14,3 % en 2001. Sans modèle paternel, les jeunes hommes se sentent moins encouragés à réussir à l’école. En outre, le nombre d’éducateurs mâles au secondaire a chuté de 58 % en 1981 à 46 % en 2001. De plus en plus d’enseignants sont des femmes, ce qui incite les hommes à vouloir embêter et non à vouloir plaire. De ce côté, les garçons ont été désavantagés par rapport aux filles.
Il y a deux raisons, dirais-je, pour lesquelles les hommes se voient surpassés par les femmes. Premièrement, le fait que la plupart des enseignants sont désormais des femmes n’aide guère la situation. Pas de représentant mâle, surtout pour les plus jeunes, constitue un problème grave. Les gars ne voudront pas impressionner, mais plutôt exaspérer la figure autoritaire. Deuxièmement, il me semble que les méthodes enseignées à l’école sont axées plus vers les filles que vers les gars. On prône la propreté et la discipline en imposant de longues heures où l’on doit rester assis. Les gars, de nature plus active à ce qu’on me dit, s’ennuient. Les attentes et les besoins des gars se voient déçus, créant de plus en plus de problèmes dans la classe.
Bon, comme je l’ai déjà mentionné, on ne peut pas avoir une situation idéale, soit une population étudiante dont le sexe est partagé à 50 %. On a soit la sous-représentation de la population féminine, soit le contraire. Quoi qu’il en soit, je pense qu’il est tout de même louable que les femmes aient pris de l’avance en ce qui concerne leur éducation. Il faudra désormais aider les hommes, à leur tour.


