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Categorized | Éditorial

Attentes éclairées envers la société

Posted on 28 novembre 2011 by admin

Étant donné que la simplicité prime, je vous présente, à l’instant, un exemple clair, accessible. Je me casse un bras et me rends à l’hôpital. Je sors ma carte de crédit en entrant à l’intérieur de l’édifice? Non. Je déverse le contenu de mon portefeuille devant la sympathique dame qui m’accueille?  Non plus. Je paie des taxes, qui me donnent accès à ce service. C’est le plan.

Carol-Anne Massé

Si je n’avais pas décidé de poursuivre mes études, j’aurais tout de même contribué à l’éducation des universitaires de la province. Aucun montant n’aurait été déduit de mes taxes et de mes impôts. C’est le plan, un plan de société. Payer pour que des gens développent des connaissances qui me seront utiles parce que je vis en société avec ceux les ayant acquises, cela me paraît brillant. Que des bénéfices en vue, des avantages. Aucune perte d’argent, selon moi.

Sauf que… à première vue, le concept de l’utilisateur-payeur me séduit. Et la sauce à laquelle il est utilisé ces derniers temps me plaît particulièrement. Demander une contribution aux utilisateurs des ponts parce que ce sont leurs automobiles qui s’y engagent me semble tout à fait raisonnable. Je ne les utilise pas, alors pourquoi devrais-je payer? Ma vie se trouve à Montréal. Peut-être un peu à Sherbrooke maintenant, oui. Je suis donc prête à verser une somme fixe et calculée au moment de l’utilisation.

Tout dérape. Si le principe fonctionne pour les ponts, il est normal de se demander pourquoi on se restreint à ne l’appliquer qu’à ceux-ci. C’est à croire qu’il faudrait choisir à quels éléments réserver le poids des coûts aux citoyens qui s’en servent. Excepté qu’on ne saurait pas où s’arrêter, non? On serait forcé de trouver des bases solides sur lesquelles s’appuyer pour prendre de telles décisions. Sinon, les choix seraient arbitraires, sans aucun doute.

Est-ce que tout le monde paie pour la santé, puisque cette question relève clairement d’un droit de vivre mérité par tous? En même temps, il est impossible de savoir si on bénéficiera de tout l’argent investi. Je me fais l’avocat du diable, j’en suis consciente. Croyez-moi, mon opinion reflète maintenant ce que je juge être le plus important. Au départ, oui, l’idée de faire payer la facture de l’éventuel nouveau pont Champlain aux résidants de la Rive-Sud de Montréal me ravissait. Mais non. Je me suis rendue compte que laisser les choses se dérouler ainsi n’avait pas de sens.

Ma petite personne se situe plutôt à gauche. Je veux y rester. Pas parce que je suis bornée, mais parce que j’ai des idéaux. Je veux me battre. Je ne suis pas déterminée au point de m’indigner contre la droite dans un parc. Toutefois, j’ai bien l’impression que me taire sur le dégoût que je ressens en m’imaginant un Québec axé sur le paiement des services uniquement par les utilisateurs de ceux-ci serait comme donner ma bénédiction à tout cela. Une chirurgie à coeur ouvert hors de prix et des droits de scolarité exorbitants.

J’accepte que la droite me lance des roches, d’autant plus que je n’irais jamais jusqu’à me considérer comme une experte en la matière. J’ai quelques personnes en tête. Si elles ont des arguments solides à m’exposer, j’écouterai le tout. Je suis par contre déjà convaincue de ce que j’attends de la société québécoise dans laquelle je vis, de ce que je désire qu’elle m’apporte au quotidien. Peu importe le parti au pouvoir, je veux que certains standards soient respectés.

La société dans laquelle nous évoluons se veut un espace où l’intervention financière des Québécois, par l’intermédiaire du gouvernement en place, s’avère nécessaire. Il faut accepter les sacrifices et garder en tête que les compromis trouveront bien le moyen d’être «payant» éventuellement. Ils nous redonneront ce qu’on aura consenti à laisser partir. Peut-être moins. Mais peut-être beaucoup plus. C’est le plan.

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