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Categorized | Société

La Tunisie : premiers pas vers une démocratie

Posted on 15 novembre 2011 by admin

Ayant initié les soulèvements populaires à l’origine du printemps arabe, la Tunisie a procédé le 23 octobre dernier à ses premières élections constituantes. Les résultats ont plébiscité le parti islamiste Ennahda avec environ 41,47 % des suffrages, avec à sa tête Rached Ghannouchi. La nouvelle tâche de ce parti sera de rédiger une nouvelle constitution pour le pays, une tâche qui nécessitera un consensus, eu égard de la longue «ère» Ben Ali. Pour nous permettre de comprendre cette «transition» démocratique, nous avons recueilli l’avis d’Emmanuel Choquette, professeur d’analyse et sciences politiques à l’Université de Sherbrooke.

Khady Niang Ly

Le Collectif (LC): Comme il est fait état dans toute la presse, la Tunisie va procéder à la rédaction de sa nouvelle constitution, que pensez-vous de cette démarche historique?

Emmanuel Choquette (EC): Le chemin vers la démocratie est difficile, que ce soit en Tunisie ou dans n’importe quel pays ayant connu une situation similaire. La chute de la tyrannie lance automatiquement le processus de la consolidation démocratique. La transition vers la démocratie est une étape très longue. Le défi est de réussir à trouver une représentation étatique légitime reflétant la volonté de tous les Tunisiens. Le lien de confiance se fait progressivement.

Il est aussi nécessaire de souligner que, entre la chute d’un dictateur et l’existence d’un pouvoir représentatif, il existe une coupure qui n’est pas forcément suivie par les institutions. Bref, sous un aspect juridique, tout ce processus requiert que la volonté politique accepte, voire consente, à accorder une voix au peuple, que le pouvoir en place accepte le fait que le peuple soit mûr pour la liberté. L’accès à l’autonomie représente un enjeu sans précédent.

LC: Selon vous que représente cette initiative aux yeux de la communauté internationale (plus occidentale)?

EC: Le parti Enhada donné vainqueur des élections fait resurgir une peur chez les Occidentaux d’une radicalisation islamiste et donc de toutes les dérives qu’elle peut engendrer. À l’intérieur du pays, les exigences et attentes se multiplient à la suite de la chute. Il est vraiment attendu de ce parti religieux une gouvernance politique capable de fonctionner démocratiquement. C’est tant la gestion de toutes ces pressions que l’orientation de la volonté des Tunisiens eux-mêmes qui vont faire la différence. La politique nécessite qu’il faille foncièrement attendre, négocier le vivre ensemble, on peut dès lors espérer de façon confiante.

LC: Il est ramené que Rached Ghannouchi désire «l’instauration d’un régime démocratique». Pensez-vous que la reconversion politique puisse se faire sans heurts?

EC: Un régime démocratique est possible. Ce qu’il serait intéressant d’observer est comment cette démocratie va s’articuler, comment l’idéologie démocratique va s’adapter. Aurons-nous une démocratie à la tunisienne, donc une démocratie arabe? Comment la Tunisie va-t-elle arriver à se l’approprier et à la redéfinir? Dans son sens noble, la démocratie est la voix du peuple, et donc il faut un pouvoir politique capable de miner cette volonté et en lequel les Tunisiens ont confiance. C’est cette confiance interrelationnelle qui renforcera la consolidation démocratique. Tous ces facteurs inquiètent, mais aussi donnent espoir.

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