«Les étudiants n’ont plus de respect pour les enseignants.» Cette phrase-là, je l’ai entendue à de nombreuses reprises. Trop, en fait. Selon une opinion assez répandue, la jeunesse d’aujourd’hui se constitue de «fils et filles à papa» gâtés, riches, bêtes. Nous percevons nos enseignants comme des outils d’apprentissage, sans personnalité et sans sentiment. La génération X, fixée sur le soi, ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Égocentriques, impolis, indifférents à notre entourage, nous ne cherchons qu’à satisfaire nos besoins. Mais est-ce vrai?
Olivia Ranger-Enns
On se comporte certainement différemment qu’auparavant. Jadis, l’étudiant voyait l’enseignant comme une figure autoritaire, puissante, voire effrayante. Aujourd’hui, la situation a changé de façon marquante. Selon certains professeurs à l’université, plusieurs étudiants prétendent avoir le droit d’aller sur Facebook, de mettre leurs pieds sur les chaises et de poser des questions sans lever la main. Quel outrage!
Voici ce qu’une professeure postule sur un site Web anonyme: «Je trouve que c’est normal de respecter les professeurs, car ils sont là pour aider et pour apprendre à bien grandir et à avoir un bon métier plus tard… Les enfants d’aujourd’hui ont un gros manque de respect envers leurs amis, leur famille et leurs professeurs.»
Selon le journal Le Devoir (23 mars 2011), les enseignants sont portés au burnout en raison, en partie, du manque de respect que démontrent les élèves. Selon une étude de l’école nationale d’administration publique (ENAP), autant que 60% des professeurs présentent des symptômes d’épuisement professionnel au moins une fois par mois. Les élèves sont-ils en partie responsables de ce phénomène?
Un de mes films favoris est un classique cinématique, le film «To Sir, With Love» (1967) mettant en vedette Sidney Poitier. Les étudiants, incorrigibles et impolis, sont une source d’exaspération pour les enseignants. Pourtant, dès que Sidney Poitier leur montre du respect et de la considération, ils commencent à l’estimer et à lui faire confiance. Ici, le respect est inculqué et la relation entre l’étudiant et le professeur s’améliore.
On pourrait bien se demander: que signifie le mot «respect»? Le terme vient du latin respectus, voulant dire l’action de regarder en arrière. Dit autrement, le respect rime avec l’égard, la considération et la révérence. Le dictionnaire Le Petit Robert définit le respect de la façon suivante:«Sentiment qui porte à accorder à quelqu’un une considération admirative, en raison de la valeur qu’on lui reconnaît, et à se conduire envers lui avec réserve et retenue, par une contrainte acceptée». Bon, mais comment qualifier le respect ces jours-ci? Le respect ne change-t-il pas avec l’écoulement du temps?
Je me souviens encore d’une conversation menée avec une étudiante poursuivant une formation continue. Dans la quarantaine, elle affirmait que les étudiants d’aujourd’hui ont une attitude radicalement moins respectueuse qu’avant. «Ils s’en fichent de ce que veulent dire ou de ce que pensent les profs, tout ce qu’ils cherchent, c’est une bonne note, déclarait-elle. Je déteste devoir revenir à l’école et voir comment les jeunes se comportent avec leurs aînés.»
Injuste? Pessimiste? Ridicule et insultant comme opinion? Je dirais que oui. Toujours est-il que les jeunes, voire les enfants, ont un pouvoir beaucoup plus puissant qu’auparavant. Devoir discipliner un enfant est devenu une affaire cauchemardesque pour l’enseignant, sachant pertinemment que les parents pourront aller jusqu’au tribunal pour contester la méthode de discipline. Même les droits des parents se sont affaiblis. Dernièrement, un père canadien, qui a mordu sa fille qui le mordait sans cesse pour lui «montrer comment ça faisait mal», a été condamné par sa communauté comme un monstre et a même été emprisonné. Bon, je ne soutiens bien sûr pas qu’on devrait mordre ses enfants, mais il demeure tout de même un fait que les enfants sont privilégiés à un degré notable, voire choquant.
Je n’affirmerais jamais que la population étudiante manque de respect. Certes, l’atmosphère à l’université a probablement changé, mais cela ne veut pas dire qu’on ne respecte plus nos professeurs. Au contraire, je les estime et, de plus, je dirais qu’il est rare de voir un flagrant manque de respect en classe.


