Un midi-conférence concernant le retrait du vote étudiant au Conseil d’administration de l’Université de Sherbrooke s’est tenu le jeudi 3 novembre à l’atrium des sciences. Les professeurs Hugo Loiseau et André Lacroix ont tenté de démystifier si cette décision avait été prise pour des raisons d’éthique ou plutôt politiques.
Audrey-Anne Cusson
Lors de la session d’été, le comité d’éthique de l’UdeS a conseillé de retirer le droit de vote aux deux étudiants siégeant au sein du Conseil d’administration pour toutes questions concernant les droits des étudiants, dont la houleuse problématique face à l’augmentation des droits de scolarité. Ce lundi 20 juin, le CA a adopté majoritairement cette décision en raison de la présence d’un conflit d’intérêt.
En désaccord, la Fédération des étudiants de l’Université de Sherbrooke (FEUS) et le Regroupement des étudiantes et des étudiants de maîtrise, de diplôme et de doctorat de l’Université de Sherbrooke (REMDUS) ont cherché à obtenir un avis juridique et éthicien extérieur. Le professeur de politique appliquée, monsieur Hugo Loiseau et André Lacroix, professeur d’éthique appliquée à l’Université de Sherbrooke sont venus exposer les différents enjeux afin d’éclairer la situation devant à peine une dizaine d’intéressés.
«L’éthique est à la fois une réflexion et une action», aborde le professeur Lacroix à propos du rôle de l’éthique au sein d’un milieu d’enseignement. Durant sa présentation de 20 minutes, il a surtout livré une introduction à un cours d’éthique: «Le rôle de l’éthique est de tracer des lignes sur ce qui est proscrit ou non. Mais elle n’empêche pas le dérapage.» Lacroix n’ose pas trop s’avancer sur le sujet délicat, mais il croit que l’UdeS a eu raison de prendre cette décision si le mandat des deux membres étudiants était de défendre les intérêts de la communauté étudiante. Si au contraire leur devoir est de réfléchir avec le CA et de prendre une décision éclairée sans nécessairement défendre les droits des étudiants, alors l’UdeS a eu tort.
Le professeur Loiseau a lu les procès verbaux avant d’émettre un jugement. «Oui l’éthique est nécessaire au sein d’une gouvernance. On a vu de l’abus au sein d’autres CA dans d’autres université en 2006-2007.», enchaîne t-il. Selon lui, il y a deux visions possibles de l’Université. D’abord, l’université marchande qui répond aux besoins du marché et doit faire face à de la concurrence. Puis, il y a l’université qui agit comme moteur de la mobilité social dont le but est d’améliorer le bien être de la société et où la lutte contre le déficit importe peu. «Depuis 2007, la réalité est entre les deux car on a besoin d’argent.», ajoute Loiseau.
Il déplore la réalité actuelle au sein des fédérations étudiantes: «Vous êtes en état de faiblesse dans les associations étudiantes. Vous manquez de pérennité car les membres changent tous les ans. Comme vous êtes en apprentissage, vous n’avez pas les mêmes outils que ceux sur le CA. Au Québec, vous êtes considérés comme privilégiés alors vos revendications paraissent comme des caprices.»
Loiseau ajoute qu’une université marchande agit comme un commerce, elle n’a pas besoin de justifier sa hausse. Les sessions d’été justement seraient le semestre idéal pour passer de tel vote puisque peu d’étudiants suivent des cours. Par contre, selon lui, cette décision est injuste et même aberrante! Il conseil de mettre l’accent sur la faible argumentation émise par le comité d’éthique et le manque de respect envers les étudiants. Selon leur plan d’action 2010-2015, un de leur objectif est d’augmenter leur ouverture d’esprit. Or, il s’agit visiblement du contraire!
Loiseau conclue la rencontre avec ses recommandations: «Continuez à poser des questions et à être actifs. Mais diversifiez les moyens de pression! La grève ça ne marche pas! Puis ce n’est pas une grève, c’est un boycotte!»


