La nouvelle est tombée comme une enclume sur la tête les joueurs de l’équipe de soccer masculin du Vert & Or. En raison de l’utilisation d’un joueur non admissible, Sherbrooke s’est vu perdre par forfait 5 parties par la marque de 3 à 0. Maintenant que la poussière est retombée sur les sanctions imposées à Sherbrooke, à Laval et à l’Université du Québec à Montréal, Le Collectif a rencontré plusieurs acteurs de premier plan de cette histoire pour déterminer ce qui s’est vraiment passé.
Simon Roberge
Dès le début, les premières rumeurs faisaient état que la grève des employés de soutien de l’Université serait en cause. Les cadres auraient été trop débordés pour bien vérifier l’admissibilité des joueurs, procédure essentielle, d’autant plus que cette année, l’équipe était composée de beaucoup de joueurs recrus et d’étudiants internationaux.
Bien que du côté de la direction du Vert & Or et des joueurs de l’équipe, on s’entend pour dire que la grève n’a fait que compliquer les choses, il n’est nullement question de faire porter le blâme à quelqu’un. Il s’agit d’une erreur humaine: «Ce n’est pas une chasse aux sorcières, il s’agit d’une erreur humaine et le jeune, c’est un bon kid, il a été recruté, il vient de Sherbrooke, mais, scolairement, on savait qu’il avait un peu plus de difficultés, mais il avait été accepté à l’université. Où nous nous sommes trompés, c’est qu’il a été accepté comme adulte», nous explique Christian Gagnon, directeur général du Service du sport et de l’activité physique de l’Université de Sherbrooke. Même discours de la part des joueurs: «On est conscient que la grève des employés de soutien a eu un impact sur tout ça, et, justement, la coordonnatrice du Vert & Or a vu son travail être décuplé», précise David Kauffer, joueur de soccer pour le Vert & Or.
Cette même erreur humaine s’est déjà produite il y a deux ans en athlétisme. Laval et l’UQAM ne sont pas en contexte de grève et ils ont eu eux aussi des problèmes d’admissibilité des joueurs cette saison. Du côté du Vert & Or, on admet donc nos erreurs et on ne cherche pas à qui la faute tout en insistant sur le bon travail et l’excellente réputation de l’UdeS. Le Vert & Or n’a jamais nié les faits et a collaboré entièrement avec le RSEQ dans ce dossier. L’amende n’a été que de 200 $ alors qu’elle a été de 1 500 $ pour une autre université qui n’a pas une aussi bonne réputation que Sherbrooke sur le plan de l’éthique sportive. Si on ne se dénonce pas, les pénalités peuvent être salées et aller jusqu’à une exclusion des séries éliminatoires durant deux saisons!
M. Gagnon assure que le vrai problème vient du fait qu’il y a deux listes de joueurs, une québécoise et une canadienne: «On est régi par le sport universitaire canadien et le RSEQ, il y a donc deux paliers, quelqu’un qui n’a pas fini son DEC peut aller jouer à Calgary, par exemple.» L’étudiant a été accepté en tant qu’adulte à l’université, mais la vérification n’a pas été faite avec la liste québécoise, liste qui n’existe que depuis trois ans. Étant également vice-président de la RSEQ, M. Gagnon nous a confié que la pertinence de cette liste sera discutée prochainement entre les directeurs des différentes universités.
Du côté des joueurs, on est très déçus, on a mis beaucoup d’effort dans une saison qui se termine de cette façon :«Cette année on avait prouvé qu’on était capable d’obtenir de très bons résultats sur le terrain, et c’est aux personnes qui devaient s’occuper de tout ça (l’admissibilité) qui ne l’ont pas fait correctement, et c’est nous les joueurs qui en ont payé les frais.» Mais tout comme la direction, on ne cherche pas le coupable: «On n’en veut pas personnellement aux personnes qui ont fait l’erreur, ce n’était pas quelque chose de gros, c’était comme trouver une aiguille dans une botte de foin.» On déplore également le caractère de compétition qui règne entre les Universités à l’extérieur du terrain.
La décision de la RSEQ a été portée en appel par M. Gagnon après que celui-ci ait rencontré tous les joueurs. L’entraîneur d’une autre équipe et possiblement plusieurs personnes à travers la ligue auraient été au courant de la situation dès le début de la saison, mais auraient attendu un contexte avantageux pour la dénoncer: «Ils avaient tout calculé leur coup pour nous (les joueurs). Ce qui est frustrant, c’est qu’on a vraiment l’impression d’avoir été victime d’un complot.» L’appel portait donc sur l’aspect éthique de la situation, tout le contraire de l’appel lancé par le programme de football des Carabins plus tôt cette saison, qui reposait plutôt sur l’aspect administratif de la sanction.
Pour résumer la fin de saison du soccer masculin, il s’agit d’une erreur humaine malheureuse qui aura coûté une possible participation aux séries d’après saison. L’université a fait une vérification intégrale de tous les étudiants athlètes dans tous les sports pour s’assurer de leur admissibilité et éviter qu’une problématique semblable se répète. Christian Gagnon nous assure que la situation sera discutée au RSEQ et que des changements sont à prévoir: «En novembre, il y a une grosse réunion des directeurs et c’est clair qu’on va avoir des grosses affaires à se parler dans le casque!»


