C’est la deuxième fois que Patrick Quintal, écrivain et directeur artistique de la troupe de théâtre du Double signe, présente sa pièce Sous l’oreiller. La première version, qui servait de laboratoire, a été testée en 2009. Une fois les correctifs nécessaires apportés, Quintal revient à la charge avec une version légèrement différente de la première.
Dans Sous l’oreiller – l’aquarium de la nuit, où il n’y a qu’un seul acteur, on retrouve un dynamique Patrick Quintal qui enchaîne l’interprétation des différents personnages. Dans les quelque 90 minutes que compose la pièce, l’acteur aura incarné une dizaine de personnages. Le thème principal est celui du rêve, un sujet qui a été traité en profusion, déjà, dans le monde littéraire.
L’angle de traitement est toutefois différent de ce qu’on nous a déjà habitué: plutôt que se concentrer sur un rêve en particulier, l’œuvre est une mosaïque de petites scènes «présommeil» que Quintal a écrites, au fil des années, juste avant de tomber dans les bras de Morphée. Les saynètes durent en moyenne dix minutes, et profitent d’un contraste aussi grand que le permet le rêve: on passe des rêves candides d’un enfant enseveli sous sa douillette, aux rêvasseries floues d’un adulte ayant trop bu la veille, en passant par les tribulations d’un funambule ou la rage d’un homme ennuyé par les «ronflements mécaniques» d’un voisin… Bref, s’il y a un thème qui permet une grande disparité, c’est bien le rêve, et l’auteur en retire un maximum.
On peut reprocher à Sous l’oreiller de ne pas posséder de fil conducteur réel – puisque seul le thème récurrent du rêve relie les scènes ensemble –, mais l’acteur prend lui-même le temps de prévenir l’auditoire de cela en début de spectacle. D’ailleurs, son entrée sur scène est comique et plonge immédiatement le spectateur dans l’esprit onirique de la pièce.
Le texte est truffé de savants jeux de mots, mais le public n’en a saisi que quelques-uns. Cela est peut-être dû au ton soutenu et même littéraire qui nécessite une attention toute particulière, sinon quoi tous les calembours, figures de style et références culturelles présentent dans le texte passent incognito.
Patrick Quintal, seul sur scène, interprète plusieurs personnes: plusieurs «versions» du protagoniste. Son travail de comédien demeure le point fort de la pièce: sa facilité à passer d’un univers à l’autre, sans transition scénographique, est remarquable. Dans l’une des scènes, le personnage y va d’un monologue oisif et serein et dans la suivante, il se fait l’interprète dément et surréaliste d’un grain de maïs soufflé porte-parole de sa race opprimé. La scène la plus drôle de la pièce, et la plus fumante! Une touche amusante du metteur en scène que de faire cuire le sac de popcorn directement sur scène.
Si la scénographie demeure modeste, avec un seul meuble principal qui incarne différents rôles au fil des scènes, l’œuvre est grandement supportée par la musique, création de Jacques Jobin. Les extraits sonores servent à la transition, et mettent en relief l’esprit onirique de Sous l’oreiller.
La forme mosaïque de la pièce crée inévitablement des inégalités: la pièce connaît ses bons et ses moins bons moments. À certains moments, il est difficile pour le spectateur de suivre le rêveur dans ses fantasmes surréalistes, et on décroche. Cependant, la pièce compte davantage de scènes captivantes que de scènes susceptibles de provoquer des ronflements d’ennui, et laisse le spectateur quitter le Théâtre Léonard-St-Laurent satisfait, et curieux de savoir ce qui se cache sous son propre oreiller.
Kéven Breton



