Peut-être que je vais encore changer d’idée. Peut-être que mes pensées vont se mélanger à nouveau pour donner un résultat complètement différent. Peut-être même que cela se produira d’ici la publication de ce journal. Mais je ne pense pas. Je crois que ma petite tête en a assez de tourner dans tous les sens. Il est temps que je prenne position. Doutes, questionnements. J’ai changé trois fois d’avis sur le sujet en l’espace de six jours. C’est bien suffisant.
Carol-Anne Massé
Tout a commencé à la lecture d’une chronique de Patrick Lagacé. Avant de me plonger dans ce texte, j’avais, comme tout le monde, une opinion sur l’homophobie. Celle-ci s’était formée dans mon esprit à travers les années, les rencontres, les déceptions racontées. Elle était valable, comme tout point de vue moindrement réfléchi l’est. Je ne me fiais pas aux idées préconçues, préférant me baser sur les gens, sur les expériences vécues par ceux-ci.
Je ne me souciais pas de la question quotidiennement non plus, il faut le préciser. J’étais une jeune femme paisible, qui ne se rendait compte qu’à l’occasion de la portée du phénomène choquant que représente l’homophobie. Patrick Lagacé a affirmé que les personnalités publiques qui restaient dans le fameux placard encourageaient cette discrimination. Pire, il a osé dire qu’ils en étaient les alliés. Les alliés involontaires, mais des alliés quand même.
Il m’a convaincu. Conquise d’avance par sa plume, je demeure toujours critique lorsque je lis ses propos. Parce que je ne suis pas toujours d’accord. Cette fois, oui. Si l’homosexualité est aussi acceptée dans notre société, pourquoi des gens dans l’œil du public refusent-ils de mettre cartes sur table, de dévoiler leur véritable identité? On ne parle pas ici d’intimité, revendiquée avec raison, mais d’identité pure et (malheureusement pas toujours) simple. Comment un jeune gai peut-il assumer son orientation sexuelle quand ses vedettes préférées s’abstiennent de le faire? Fort brillant, ce petit Patrick.
C’est ce que je me disais jusqu’à ce que… Yves me présente ses arguments. Pas mon ami Yves, celui de La Presse. Celui-là, Yves Boisvert, a écrit dans sa chronique : «Ça me semble un peu paradoxal de faire peser sur les homosexuels le poids de guérir les arriérés de leur homophobie.» Fantastique formulation. Ses phrases m’ont perturbée. J’ai l’impression que personne n’avait encore pris la peine de défendre haut et fort ce point de vue. Boisvert croit que «la lutte contre l’homophobie appartient autant aux hétéros». Tout à fait vrai. Pas besoin de héros pour lutter, juste de gens ordinaires (homosexuels comme hétérosexuels) qui agissent de façon sensée.
Eh non, les revirements ne s’arrêtent pas là. Ma semaine a été plutôt remplie. Quelques jours plus tard, je me suis rendue au festival Image + Nation, qui se déroulait à Montréal jusqu’au 6 novembre dernier, pour y visionner le film Circumstance. Magnifiquement réalisé, ce film raconte la complexité des liens qui se nouent entre deux Iraniennes de 16 ans qui découvrent leur amour mutuel dans un pays où le fait d’être lesbienne n’entraîne que des difficultés, où les obstacles à surmonter pour vivre pleinement son homosexualité sont impossibles à dénombrer.
Coup de cœur. Coup de pleurs? J’ai mis trois jours à m’en remettre. Je savais que ce n’était pas seulement un film. Je savais très (trop) bien qu’exagération il n’y avait pas. Quelque part, les larmes d’une Atafeh ou d’une Shireen sont visibles, réelles. Les déchirements le sont également. Je sens quelque chose se briser en moi quand j’y pense…
Au terme de tout cela, permettez-moi de changer d’opinion une dernière fois. Par respect pour toutes les personnes qui n’ont aucune issue à l’homosexualité se développant en eux dans des pays comme l’Iran, où le premier ministre assure qu’il n’y a pas d’homosexuels, les gais et les lesbiennes, ici, ne devraient pas déguiser leur identité. Au Canada, c’est légal et une menace de torture ne pèse sur personne. Les homosexuels sont libres de leurs actes et de leurs paroles. Ils devraient crier. Ici. Pour là-bas.


