Une série de défaites est habituellement le pire cauchemar pour un nouvel entraîneur, mais pas à Montréal! Randy Cunneyworth ne l’a pas eu facile depuis son arrivée à la tête du Canadien. Les performances de l’équipe inquiètent, mais c’est surtout la langue parlée de Cunneyworth qui fait couler de l’encre. Il est le premier entraîneur depuis Al MacNeil, embauché lui aussi comme entraîneur par intérim en 1970, à ne pas parler français et il faut remonter à Dick Irvin (1940-1955) pour voir un entraîneur stable unilingue anglophone.
Simon Roberge
Le travail d’entraîneur a beaucoup changé depuis les années où Maurice Richard chaussait encore les patins. Aujourd’hui, ils doivent parler aux médias sur une base quotidienne et représentent la mentalité du club qu’ils dirigent. Ils sont plus souvent en première ligne lorsque le club va mal et sont les porte-paroles officiels de l’organisation. Dans cette optique, un entraîneur doit représenter l’équipe. Est-ce que Randy Cunneyworth représente le Canadien de Montréal? La réponse est non!
Le marché de Montréal est principalement francophone et le Canadien de Montréal est le symbole de cette différence. Combien de fois avons-nous entendu parler du rôle que Maurice Richard a joué lors de la Révolution tranquille? Les Habs sont avant tout une équipe pour les Québécois francophones. La preuve, les Maroons de Montréal ont été leur équivalent anglophone jusque dans les années trente. Dans ce contexte, il est primordial que l’entraîneur soit Québécois, et je dis bien Québécois et non seulement francophone. Jacques Martin parle peut-être français (certains diront que ce n’est pas du français), mais on ne trouve pas plus «tête carrée» que lui à Montréal. Il a une mentalité d’anglophone, Randy Cunneyworth également, et c’est ce qui me choque.
Certains diront qu’il faut impérativement y aller avec le meilleur entraineur disponible, mais je les mets au défi de me regarder dans les yeux et dire que Randy Cunneyworth et Jacques Martin sont meilleurs que Pascale Vincent ou Guy Boucher. Je ne suis cependant pas aveugle, j’accepterais sans aucun problème qu’un entraîneur de la trempe de Scotty Bowman ou Mike Babcock vienne diriger le CH, mais soyons réaliste, ils ne courent pas les rues. J’ajouterais même Pierre Gauthier à cette liste d’anglophones déguisés en Québécois. C’est ça qui arrive quand on passe trop de temps à Ottawa!
Le Canadien a lamentablement échoué à prévoir quoi que ce soit à long terme. Tant qu’à congédier Jacques Martin, pourquoi ne pas avoir gardé Kirk Muller, qui aurait fait meilleure impression du fait qu’il a joué pour le Canadien et qu’il fait partie de l’organisation depuis longtemps? Je ne serais même pas surpris qu’ils n’aient tout simplement pas approché Patrick Roy pour lui demander de venir diriger le club. Pierre Gauthier est dépassé par les évènements et ne fait que réagir au lieu d’agir. M. Molson, il est temps de veiller sur votre investissement: la popularité du club est peut-être incroyable, mais le tournant du siècle nous a prouvé qu’elle n’est pas éternelle.


