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Categorized | Société

Anonymous veut frapper fort

Posted on 06 février 2012 by admin

Depuis l’Opération Blackout du 18 janvier, lancée en manifestation contre les projets de loi américains SOPA et PIPA, le groupe de «hacktivistes» Anonymous prévoit de nouvelles représailles. Après le succès de l’attaque menée contre les sites du FBI et du Département de la Justice des États-Unis en réponse à la fermeture du géant Megaupload, le groupe d’internautes assure qu’il ne laissera pas la censure envahir Internet. Prochaine cible: le portefeuille d’Hollywood.

Alexandre Bilodeau-Desbiens

L’Opération Blackout

Les projets de loi SOPA et PIPA ont le but affiché de contrer le piratage, la contrefaçon et la violation en ligne des droits d’auteurs. Comment? En permettant au gouvernement des États-Unis d’exiger des sanctions judiciaires ou de limiter l’accès aux sites considérés contrevenants. Le groupe Anonymous a donc tenté de dissuader l’administration américaine de les adopter, mesures qu’il considère comme une atteinte à la liberté d’expression.

C’est dans ce but que l’Opération Blackout a eu lieu le 18 janvier dernier, partout à travers le monde. Anonymous invitait notamment chaque individu à protester virtuellement ou physiquement contre la censure des gouvernements et les projets de loi SOPA et PIPA. Simultanément, d’importants acteurs du web comme Wikipédia et Reddit ont rendu une partie de leur contenu indisponible durant 24 heures. Même le géant Google a soutenu la cause en encourageant ses visiteurs à l’activisme et à la manifestation. La stratégie a rapidement porté ses fruits, poussant 17 sénateurs américains à retirer leur appui aux lois en question.

La «cyberguerre» déclarée par Anonymous s’est poursuivie le lendemain, alors que le FBI a fermé le site de partage de fichiers Megaupload et arrêté ses dirigeants. Après les félicitations du Président français Nicolas Sarkozy à l’endroit des États-Unis pour ce coup majeur, c’est le site de l’Élysée qui fut mis hors service. De retour en ligne quelques minutes plus tard, il était parsemé de messages ajoutés tels que «We are legion», l’un des slogans d’Anonymous. Le groupe s’en est aussi pris à plusieurs autres sites, notamment celui du FBI, du Département de la Justice des États-Unis et de certaines compagnies dominantes de l’industrie de la musique.

Black March

Le groupe de programmeurs anonymes croit cependant que ce n’est pas assez. Il veut faire entendre le message des internautes du monde entier et met présentement sur pieds une opération d’une tout autre envergure. Black March («Mars noir») est une tentative de s’en prendre aux compagnies soutenant la SOPA et la censure du web en attaquant le cœur de ces lobbyistes, c’est-à-dire leurs profits.

En ce sens, Anonymous exhorte la population planétaire à mettre en veilleuse sa consommation de divertissements pour la durée du mois de mars. Qu’il s’agisse de cinéma, de livres, de DVD, de musique ou de jeux (téléchargés ou non, légaux ou non), les hacktivistes invitent les gens à reporter leur consommation jusqu’au mois suivant. Si Black March devait réellement donner lieu à une mobilisation sociale moindrement répandue, les répercussions pourraient être considérables. Par exemple, le message que Wikipédia a affiché sur sa page durant l’Opération Blackout a été vu par 162 millions de personnes, presque 50 % plus que celles qui ont écouté le Super Bowl 2011.

L’objectif avoué de cette technique est de marquer la fin du premier trimestre de l’année 2012 non pas en s’abstenant, mais en boycottant temporairement ces produits. Les opposants à la censure en ligne pourront ainsi envoyer un message clair aux actionnaires et PDG de l’industrie du divertissement tout en ne pénalisant pas les artistes.

L’Acta ou le traité sournois

Une autre mesure juridique pour limiter la contrefaçon et la liberté du web vient tout juste de s’ajouter à ce sombre bilan. En effet, l’Acta (Anti-Counterfeiting Trade Agreement ou l’ «Accord commercial anticontrefaçon») est un traité international visant à établir un nouveau cadre juridique auquel les pays peuvent adhérer pour limiter la contrefaçon et renforcer les droits d’auteurs. Signé par le Canada, les États-Unis, l’Australie, le Japon, le Maroc, la Nouvelle-Zélande, la République de Corée et Singapour depuis octobre 2011, l’Acta a également reçu l’aval de l’Union Européenne le 26 janvier dernier.

Plusieurs parties de ce traité alimentent la colère de ceux qui sont au fait de sa création. Limiter l’utilisation des médicaments génériques moins dispendieux, criminaliser le partage de fichiers en ligne et demander aux fournisseurs Internet de surveiller leurs clients ne sont que quelques-uns des reproches qui lui sont faits.

Mais ce n’est pas cela qui a poussé Kader Arif (le rapporteur de l’Acta au Parlement européen) à démissionner en ce même 26 janvier en protestation à la signature de l’UE. Il s’agit plutôt de ce qu’il identifie comme étant un «calendrier accéléré visant à faire passer l’accord au plus vite avant que l’opinion publique ne soit alertée». C’est ce manque de transparence et de consultation publique qui, à travers le monde, commence à faire gronder bien des gens. L’impression désagréable de voir leur gouvernement s’engager dans une voie bien précise sans avoir été consulté se répand rapidement devant ce que Kader Arif qualifie de mascarade.

Comptez-vous participer au Black March et protester contre la censure sur Internet? En guise de motivation (et pour tenir le coup), vous voudrez peut-être vous procurer à l’avance les chefs-d’œuvre cinématographiques que sont Fight Club et V pour Vendetta, question de garder la cause bien en tête!

L’invitation d’Anonymous à participer à l’opération Black March:

http://www.nikopik.com/wp-content/uploads/2012/01/Black-March.jpg

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