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Categorized | Culturel

J’aime pas Star Académie

Posted on 06 février 2012 by admin

En avril 2009, la petite ville de Saint-Georges de Beauce vibrait aux notes de Maxime Landry, gagnant de Star Académie. La population au complet était derrière lui; elle manifestait son appui en accrochant à ses voitures des drapeaux à l’effigie du nouveau chouchou. Les Beaucerons se réjouissaient à l’idée qu’un «petit gars de chez nous» fasse rayonner leur région sur la scène culturelle. Un engouement qui aura bien été éphémère, puisqu’un an plus tard, presque jour pour jour, les citoyens votaient «contre la culture».

Kéven Breton

La municipalité de quelque 30 000 habitants n’étant pas dotée de salles capables d’accueillir des spectacles d’envergures, un projet de complexe culturel a été soumis à la ville. La construction du complexe allait coûter plus de 15 000 000 $ aux contribuables. Soudainement, la culture n’était plus dans les priorités des Beaucerons – non, la région pouvait bien compter une dizaine de centres récréatifs pour VTT, mais un centre culturel, c’était trop demander. La population a donc voté non à 67 %.

Étrange paradoxe: Maxime Landry devra se contenter d’une salle de cégep s’il désire jouer à la maison – si ces concitoyens sont toujours intéressés à l’entendre.

Deux ans après avoir remporté le concours, la coqueluche de Quebecor se retrouve aux oubliettes – oubliette déjà occupée par Wilfred Le Bouthillier, Stéphanie Lapointe, Marc-André Fortin, les autres oubliés de Star Académie. Étrange colocation de vedettes instantanées.

Il faut dire que les gagnants du concours sortent de l’académie les mains liées: Quebecor offre la chance au grand gagnant d’enregistrer un album, mais sous conditions. Après avoir remporté l’édition 2009 de Star Académie, Maxime Landry souhaitait inclure quelques-unes de ses créations originales. Tututut! Pas question, Maxime. Le choix des chansons revient à la maison de disque de Quebecor – tel que le contrat le stipule. Pas de place à la créativité, seulement des covers de vieilles chansons de matantes. C’est plus vendeur. C’est seulement avec son deuxième album, sorti en 2011, que le Beauceron a finalement eu la chance de présenter une vraie création, avec douze titres originaux.

Ah! Des créations. Ça veut dire quoi? Ça veut tu dire qu’on ne pas reconnaîtra pas le refrain sur le coup? Ah. Bof. L’attrait n’est plus là. De toute façon, il y en a déjà une nouvelle coqueluche à TVA, qui reprend des tounes de Garou.

Et comme ça, soudainement, plus de files d’attente devant Archambault pour s’émouvoir à la simple vue de Maxime. Plus de lancements en trombe, avec une foule qui pleure. Non, ce n’est plus toi la saveur du mois, Maxime, c’est rendu l’autre, là. Retourne à Saint-Gédéon-de-Beauce.

Le phénomène explique un peu ce que je reproche à Star Académie et sa machine à vedettes instantanées. Le marché musical québécois est déjà saturé. En fabriquant de nouvelles vedettes chaque année, la gloire des gagnants ne peut qu’être éphémère puisqu’on leur impose un public cible – celui de TVA – et un public cible qu’on manipule sans difficulté de surcroît. Les auditeurs se font manipuler édition après édition, avec un «vote du public» qui donne l’illusion du choix. Le véritable choix, il est chez les disquaires et sur Internet, pas à la télé. Comment est-ce que les gagnants sont censés tirer leur épingle du jeu, si on ne leur laisse aucune place pour la créativité?

Je ne remets certainement pas en question le talent de Maxime Landry, il possède une belle voix, mais Quebecor lui a collé une belle grosse étiquette sur le front, une étiquette dont il ne pourra jamais se défaire: il sera automatiquement associé au gala qui l’a propulsé vers la gloire. Son public cible, l’auditoire de Star Académie, est passé à autre chose avec l’édition de l’année, et ne s’intéresse pas à son nouveau CD. Le reste du marché, qui favorise la création artistique, le boycotte ipso facto étant donné ses «antécédents».

C’est pour ça que je n’aime pas Star Académie: pas à cause des participants, pas même à cause du format – en fait, le format devrait avoir tout pour me plaire, puisqu’il représente un gigantesque tremplin médiatique pour le talent méconnu. Je préfère de loin ce genre de téléréalité, qui met en évidence le talent des participants, aux émissions à la Occupation Double. Ce que je n’aime pas, c’est la façon dont on présente et traite les participants – comme des vedettes, et non pas comme des artistes. Ce n’est pas une simple nuance, non, c’est une différence majeure.

Mais peut-être vais-je changer d’idée – après tout, même Biz de Loco Locass, qui a déjà craché sur Star Académie, y est maintenant prof.

2 Comments For This Post

  1. Alexandra Grenier Says:

    Tooooooootalement d’accord !

  2. Émilie Savard Says:

    Je trouve que c’est vite jugé d’insinuer que la municipalité de Saint-Georges de Beauce a craché sur la culture lors du référendum sur le complexe culturel. L’endroit désigné était excessivement mal placé. Pas assez de places de stationnements. Si on avait choisi un meilleur endroit que le centre-ville (on va se le dire, le centre-ville, c’est tout coincé, faudrait enlever tous les magasins et mieux reconstruire), je suis certaine qu’une plus grande proportion aurait voté pour le complexe culturel.

    Je sais que l’article ne portait pas vraiment sur ce sujet, mais je trouvais important d’apporter des précisions que je trouvais pertinentes.

    Cela dit, en ce qui concerne l’épidémie « Star Académie », je suis tout à fait d’accord avec toi. C’est comme du fast food musical : on se tanne vite.

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