Par Sébastien Binet

Depuis 2016, tout a changé. Instagram et Facebook ont fait des ravages dans le monde de la malbouffe. Nous sommes maintenant en 2025 bien en selle dans un univers de fitness, d’entrainement physique, mais encore plus d’anorexie et de bigorexie. En 2016, les médecins parlaient, mais comme à l’habitude on ne les écoutait pas, trop endoctrinés dans un monde de médias qui nous rabrouaient sans cesse le toupet avec des idées de minceur et de saine alimentation. L’anorexie, c’est maintenant la norme. Les non-anorexiques sont devenus des intrus, des personnes sans volonté qui sortent de l’ordinaire, des étranges.  Les gymnases d’entrainement siègent à tous les coins de rue comme le faisaient autrefois les fast-foods de ce monde. Tout a changé, pour le pire.

L’intimidation, elle, est encore bien présente. À force d’avoir autant été traitée, l’idée de minceur est devenue la norme. Les personnes non minces, comme elles sont maintenant appelées, sont désormais des recluses de la société. Les derniers parjures qui osent encore renier les régimes de salades et de protéines. On les juge, on les intimide parce qu’elles ne sont pas comme tout le monde, pas comme la société a décidé qu’elles devaient être. Des programmes d’aide psychologique existent maintenant pour aider ces personnes à se sortir de leur problématique mode de vie puisque tout le monde le sait, des standards existent maintenant et il n’y a rien qu’un bon comprimé ne peut régler. Nous sommes toutefois sûrs qu’elles réussiront un jour à intégrer la masse normalement, comme tout le monde.

Heureusement, la société, justement, est devenue beaucoup plus flexible. Les gens sont beaucoup plus ouverts d’esprit. Maintenant, on respecte aussi les personnes qui ont fait du gymnase leur religion. Ces personnes atteintes de bigorexie sortent de l’ordinaire, mais ô combien positivement. Le corps est capable de plus, toujours plus et sans cesse les standards sont augmentés. On veut du muscle puisqu’il n’y en a jamais assez. Les autorités politiques sont en voie de légaliser les stéroïdes anabolisants puisque de toute façon, tout le monde en prend. Les magazines en parlent, mais s’assurent aussi de les montrer. Les mannequins sont devenus des hommes et des femmes toujours plus musclés. Le culte du corps et de la musculature est fait pour rester puisque l’activité physique, c’est bon pour le corps.

Les programmes scolaires n’ont pas eu le choix de suivre le pas. Les enfants qui sont désormais victimes de surplus de poids sont placés dans des classes spéciales. Ils ont droit à plus d’heures d’activités physiques par jour et on s’assure que leur mode de vie soit sain, et surtout mince. Les parents d’enfants à problèmes sont surveillés de près et on s’assure que les programmes soient respectés à la lettre puisque l’éducation commence à la maison. La vraie éducation, celle qui permet de bien s’intégrer, d’être comme les autres. Le système scolaire ne manque désormais plus de financement puisque les éducateurs s’assurent de prioriser l’effort physique. Le gouvernement le pense et les spécialistes le disent : « L’éducation est secondaire si votre enfant est incapable de s’intégrer convenablement. Nous mettons donc les ressources nécessaires aux bons endroits en priorité puisque l’éducation n’est possible que lorsque le corps et l’esprit ne font qu’un. Un esprit sain dans un corps sain. »

De leur côté, les historiens ont encore du mal à déterminer d’où a commencé cette révolution. On se pose des questions, mais toujours moins lorsque la révolution se passe pour le mieux sans morts ni anicroches. Tous s’accordent pour dire qu’elle s’est faite rapidement toutefois. Rapidement, sournoisement, l’idée de cette utopie du culte du corps s’est frayé un chemin en chacun de nous. Des avertissements circulaient. Tel un poison, l’idée de cette société si mince, si en forme, mais si malheureuse s’est répandue. La vision des gens a changé. La pression sociale a grandi pour devenir de plus en plus forte et les gens se sentaient coupables de ne pas adhérer au mouvement. Les médias le savaient, ils le sentaient. Ils ont exploité cette mine d’or qui s’offrait à eux.

Après toutes ces années, nous regardons encore derrière et nous tentons de déterminer à quel moment nous avons atteint cette pente descendante. Celle qui nous a fait prendre trop de vitesse pour que l’on puisse un jour espérer arrêter la dégringolade humaine. Nul ne le sait, mais ce que nous savons c’est qu’une seule conclusion s’offre désormais à nous. On ne peut y échapper. Le mouvement est trop puissant. Il est trop tard. Trop tard pour redevenir heureux avec notre corps.

Évidemment, cette situation est totalement fictive. C’est un monde qui n’existera fort probablement jamais, mais il ne faut pas oublier que ce monde n’est peut-être pas si loin du nôtre. Il est devenu bien difficile de nos jours d’être à l’aise avec notre corps. Autant chez les hommes que chez les femmes. La pression est forte et l’image de la perfection véhiculée par les médias est puissante, mais nous devons y résister.

Bien sûr, je n’appelle pas à un boycottage d’un régime de vie sain. Je suis une personne qui pratique beaucoup de sport et je suis très conscient que de bien s’alimenter et de bouger est bon pour le corps. En réalité, j’ai peut-être seulement envie d’arrêter de me sentir coupable d’apprécier les petits plaisirs qu’une palette de chocolat peut me procurer. Dans un monde idéal, tout le monde pourrait apprécier une gâterie culinaire sans se sentir mal du six pack qui s’éloigne de plus en plus parce que contrairement à ce que j’affirmais plus tôt, il n’est vraiment pas trop tard pour être heureux avec notre corps. Profitons-en pendant qu’il est encore temps.


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