Par Guillaume Marcotte

Je me rappelle comment je trouvais ça offensant. « Sti que c’est fif! », « Fais pas ta tapette », « Faggot »; la liste est étonnamment longue. On dirait qu’il n’y a aucune limite à l’originalité lorsqu’il est question d’insultes, qu’elles soient homophobes ou non, à un tel point que l’insulte fait partie intégrante du vocabulaire de certains.

J’en entends déjà se défendre : « Ouin, mais je ne suis pas homophobe là, c’est juste une façon de parler! T’sais, c’est pas méchant là, ça veut rien dire! » En effet, c’est pas méchant; c’est juste ignorant, haineux, complètement stupide et plus souvent qu’autrement, blessant. Allons donc, tire-toi une bûche que je te raconte qu’est-ce que c’est que d’être gai en 2016. Attention, spoiler alert, il n’y a pas d’arc-en-ciel à tous les détours.

L’ascension

Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais pour une bonne partie de la communauté homosexuelle, l’acceptation est généralement lente et douloureuse. Les obstacles se dressent les uns après les autres et prennent toutes sortes de formes : la famille, les amis, le regard des étrangers et même, trop souvent, le système juridique de certains pays. Le plus ardu est de l’accepter pour soi-même, parce qu’il n’existe de critiques plus vicieuses que celles de soi-même. Toutefois, aussi pénible que puisse être l’ascension, la vue au sommet en vaut le coup. Je ne changerais pas qui je suis, maintenant que je l’ai accepté.

La différence

Il ne s’agit certes que d’une orientation sexuelle, et pourtant, je pense que l’homosexualité a été déterminante dans mon cheminement personnel. C’est rafraîchissant de voir le monde du point de vue d’une minorité, plutôt que de simplement vivre sa vie privilégiée de jeune universitaire canadien blanc sans penser plus loin que le bout de son nez. Ça permet de développer de l’empathie dans une société qui est de plus en plus égoïste, une société considérablement plus préoccupée par qui gagne La Voix que par qui sera notre prochain premier ministre.

L’avantage

Car oui il en existe un, et pas que celui d’avoir le droit de connaître l’envers du décor féminin. Il s’agit de ne plus devoir répondre aux normes de la masculinité. Qu’est-ce que la masculinité? Chaque personne voit le concept sous différentes nuances, mais tout homme qui vit en communauté se sent obligé de respecter le barème de la masculinité : un gars, ça doit être tough, ça ne doit pas trop pleurer, voire jamais, ça doit être musclé, courageux, nonchalant. Un homosexuel, néanmoins, ça peut être efféminé, c’est le stéréotype qui le dicte. Mais ça peut aussi être quelqu’un qui est juste lui-même et qui se contrefout de sa masculinité, qu’il soit musclé, maigrichon, gras. Peu importe, il n’aura jamais à convaincre la femelle de sa dominance, parce qu’il n’y a juste pas de femelle!

La réalité

Le fait est que l’homosexualité, ça change tout et rien à la fois. Ça ne regarde personne d’autre que les personnes concernées, et pourtant bon nombre de gens se sentent suffisamment interpellés pour émettre leur opinion publiquement, phénomène qui est tout à fait insensé, mais là n’est pas la question. Je ne nie pas que les progrès qui ont été faits ces dernières années sont incroyables, formidables, et toute la panoplie d’adjectifs qui décrivent l’émerveillement, mais est-ce assez?

P.S. La mode #nohomo, c’est quoi ça? Je ne comprends pas que l’un ait besoin de justifier le fait de passer du temps entre amis de gars avec un hashtag. Ce n’est pas important ce que les autres pensent, et ça ne le deviendra pas ni demain, ni l’année prochaine.


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