Les cigales : un premier roman pour l’écrivain sherbrookois Antonin Marquis

Par Zoé Nadeau-Vachon

C’est en août dernier qu’est paru le roman Les cigales d’Antonin Marquis. Dans cette première œuvre, l’auteur d’origine sherbrookoise nous livre une histoire à la fois légère et réfléchie qui nous replonge dans l’ambiance de la grève étudiante de 2012. On y découvre des personnages vrais et décomplexés qui essaient tant bien que mal de faire face aux questionnements sociaux, politiques et personnels soulevés par la grève. Il s’agit d’un roman invitant où l’auteur nous laisse une place sur la banquette arrière de la voiture des parents de Dave pour accompagner les protagonistes dans une aventure sur les routes américaines.

Alors que la grève étudiante bat son plein, Dave et J-P, deux amis d’enfance, décident de profiter de la suspension des cours pour s’évader aux États-Unis dans un roadtrip de 10 jours. La route les mènera jusqu’à Newport, en passant par Boston et quelques terrains de camping miteux. L’amitié entre les deux garçons sera mise à l’épreuve par la fatigue, les questionnements qui les habitent et le fossé qui s’est creusé entre eux durant les années d’université où ils ont été séparés. Ils tenteront de s’apprivoiser à nouveau et de comprendre ce que l’autre est devenu.

Pendant ce temps, Caro, la blonde de J-P, reste à Montréal pour remplir son premier contrat à temps plein en tant qu’enseignante de français au secondaire. Tout récemment diplômée, Caro tente de se faire à sa nouvelle vie de jeune professionnelle. La routine lui pèse lourd et la transition entre les études et son entrée dans le « vrai » monde des adultes est plus difficile que prévu. La solitude causée par l’absence de son chum lui donnera l’occasion de faire le point sur sa vie.

Des personnages complexes

C’est au fil des dialogues que les personnages se dévoilent peu à peu et nous donnent accès à leurs pensées les plus intimes. Il devient facile de s’identifier aux personnages, car ils ont chacun des préoccupations auxquelles nous pouvons tous nous rattacher.

Dave est l’aspirant poète introverti et incompris qui étudie en littérature. Il ne peut s’empêcher de juger J-P, qu’il trouve naïf et un peu trop hipster. Après avoir été refusé à la maitrise, il se demande ce qu’il va faire de sa vie et ressent un besoin pressant de sortir de chez lui. J-P, lui, vient d’être accepté à la maitrise en arts visuels, mais il doute de ses compétences et de sa créativité. A-t-il vraiment ce qu’il faut pour être un artiste? Quant à Caro, le confort de sa vie de couple et son quotidien routinier lui donnent l’impression qu’elle est devenue « plate ».

La création de la personnalité de chacun des personnages est remarquable, mais c’est surtout les relations qui les lient qui sont encore plus captivantes. Tout au long de leur voyage, Dave et J-P alternent les moments de camaraderie et de confrontation. « L’idée était de confronter le cynisme de l’un à l’espèce de naïveté de l’autre, explique Antonin Marquis. […] Je trouvais que ça faisait une relation très réaliste, dans le sens où tes bons amis, tu te fais du fun avec eux, mais il y a des côtés qui te tapent sur les nerfs aussi! Je les ai créés dans cette optique-là, comme ça ils allaient pouvoir révéler leur caractère peu à peu, au fur et à mesure que le roman avance. »

Retour en 2012

Le choix d’inscrire l’histoire dans le contexte de la grève étudiante a été bien réfléchi par l’auteur. Au printemps 2012, Antonin Marquis était étudiant à la maitrise en études littéraires à l’UQAM. La grève a surtout été pour lui un travail intellectuel qui l’a inspiré dans la rédaction de son roman : « C’est sûr que les évènements m’ont beaucoup influencé et m’ont fait beaucoup réfléchir, confie-t-il. C’était un éveil politique. »

Cet éveil est également vécu par les personnages de son roman, qui prennent position dans la grève et tentent de s’impliquer du mieux qu’ils le peuvent. « Est-ce qu’on fait la bonne chose? Est-ce qu’on devrait plus s’impliquer? Comment est-ce qu’on devrait le faire? […] Ce sont tout plein de réflexions qui ont été les miennes, et qui le sont encore », expose le jeune écrivain.

Selon l’auteur, deux histoires composent son roman. Il y a la grande histoire, « celle avec un grand H, qui est dans les livres d’histoire », et la petite histoire, celle plus intime des personnages, qui est à l’avant-plan. « Je trouvais que jouer sur les deux plans rendait chacune des deux histoires plus intéressantes », explique-t-il.

Finalement, la grève est aussi l’occasion pour les personnages de prendre une pause de leur quotidien et d’observer leur vie et leurs choix avec un peu plus de recul.

Une version plus étoffée

À sa première version, Les cigales était une histoire de 90 pages qu’Antonin Marquis avait écrite pour son mémoire de maitrise. À ce stade, le roman était surtout composé de dialogues et s’apparentait davantage à un scénario. Avant de l’envoyer à des maisons d’édition, l’auteur a décidé d’étoffer son manuscrit, qui fait maintenant le double de la longueur de la version originale : « Quand je l’ai retravaillé, j’avais l’impression que j’avais besoin d’aller un peu plus en profondeur dans les personnages, donc j’ai mis beaucoup plus de narration et d’introspection. […] Je n’avais pas encore tout dit ce que j’avais à dire. »

Antonin Marquis poursuit maintenant ses études au doctorat en études littéraires à l’Université de Sherbrooke. Il a déjà entamé la rédaction de son deuxième roman, sur lequel il a accepté de nous glisser quelques mots. L’histoire se déroulera encore une fois lors de la grève en 2012 et un peu plus tard, en 2015. Elle mettra en vedette un étudiant anarchiste et un avocat fiscaliste, deux protagonistes diamétralement opposés. Nul besoin de dire que nous avons déjà hâte que ce roman se retrouve sur les tablettes des librairies!


Crédit Photo © Julie Artacho

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