Par François Dubois

Le printemps 2012 fut une période de révélation par rapport à la jeunesse québécoise. En effet, celle qu’on accusait d’être politiquement analphabète s’est révélée plutôt comme une génération extrêmement politisée, capable de recherches approfondies (ou pas) pour la construction de son argumentaire. Bien que cette période en fut une de perturbations sociales importantes, entraînant un coût non négligeable, entre autres en manifestations et reprises de cours, la conscientisation politique qui en a découlé, particulièrement chez les étudiants, mais pour l’ensemble des Québécois également, est plus que significative. Transparence totale : il y a trois ans, on pouvait apercevoir un certain cégépien portant mon nom arborer fièrement une pièce de feutre rouge.

Lorsque l’idée d’un « printemps 2015 » a commencé à se faire entendre, le sentiment présent chez la grande majorité des gens à l’accueil de cette nouvelle en était un d’exaspération, moi le premier. Bien que plusieurs raisons puissent expliquer un certain arrière-goût généralisé, une qu’il semble important de souligner est que le débat public en 2012 était bien souvent détourné du réel enjeu des frais de scolarité, d’où une certaine peur que cela ne se reproduise. En plus des débats de mots assez superficiels (on se rappellera du « grève vs boycott ») qui ont bien souvent monopolisé l’attention médiatique, la remise en question du droit à la grève des étudiants était un sujet omniprésent. Or, ces altercations mettaient en évidence un flou face à la réelle fonction des associations étudiantes et on aurait espéré qu’une loi efficace vienne clarifier la situation. On aurait ainsi pu orienter les discussions vers les véritables enjeux, dans l’optique de mettre le plus rapidement possible un terme à la levée des cours.

Ainsi, il était évident au lendemain de la crise étudiante de 2012 qu’un certain vide juridique existait quant aux différents moyens de pression pouvant être entrepris par les associations étudiantes, vide juridique ayant eu d’importantes conséquences. Outre l’apparition d’une frange plus radicale au sein du mouvement, ce mutisme législatif est une des causes principales de l’envenimation du débat public. Au risque de me répéter, une loi claire et précise régulant le déclenchement d’une grève par les associations étudiantes aurait par exemple permis d’éviter la tenue de certaines assemblées générales aux procédures plus ou moins démocratiques. On se rappellera des manœuvres d’intimidation, des votes à main levée ou des présidents d’assemblée à l’impartialité pouvant être remise en question. Bien souvent, ces lacunes ont amené d’importantes tensions entre les étudiants, amenant souvent des altercations verbales et parfois même physiques.

L’adoption d’une loi encadrant le pouvoir des associations étudiantes aurait d’ailleurs certainement pu raccourcir la crise étudiante, voire complètement l’éviter. Dans un contexte où ces « grèves étudiantes » auraient été encadrées législativement, il n’aurait plus été possible de remettre en question la légitimité de celles-ci. Cela aurait forcé une ouverture des négociations plus rapide entre les dirigeants étudiants et le gouvernement, et aurait évité qu’on assiste à la malheureuse guerre médiatique que se sont livrée les deux camps. Il aurait même peut-être été possible d’avoir des communications plus extensives avant le début des moyens de pression, permettant possiblement d’éviter le déclenchement de ceux-ci.

Enfin, les lois de la physique nous indiquent que la nature a horreur du vide. Ceux de type légal n’échappant pas à cette règle, ce sont malheureusement les injonctions judiciaires qui sont venues le combler. On dit ici malheureusement, car les injonctions se sont avérées complètement inefficaces pour amenuiser la crise. Au contraire, en plus d’avoir rarement réussi à atteindre leur objectif de permettre aux étudiants d’assister à leurs cours, elles ont plutôt ouvert la porte à de nombreuses altercations policières, détournant l’attention médiatique du débat réel et contribuant à éterniser le conflit. Cela est sans considérer les impacts financiers des nombreuses procédures judiciaires entreprises, certaines suivant toujours leur cours aujourd’hui.

L’ensemble de ces éléments a contribué à véhiculer l’idée que les associations étudiantes sont des organisations à dysfonction généralisée, ce qui est absolument faux. En effet, bien qu’on ait eu tendance à l’oublier, les associations étudiantes ont bien d’autres rôles que celui politique. L’aide aux étudiants en difficultés financières, par les banques alimentaires par exemple, la représentation au sein des différentes facultés ainsi que les différents recours contre d’éventuelles injustices (révisions de note, comportements inappropriés du corps professoral) ne sont que quelques fonctions essentielles de ces associations. Et bien sûr, elles ont aussi un rôle important dans l’émancipation de la vie étudiante culturelle : que serait une université sans son journal?

Ainsi, deux questionnements ressortent de ces faits. Quel devrait être le rôle des associations étudiantes, et celui-ci inclut-il une fonction politique? Si oui, comment devrait-on encadrer celle-ci? Ce sont des questionnements très importants et complexes, car les associations étudiantes ont eu d’importants rôles à jouer socialement au Québec, particulièrement depuis la Révolution tranquille. Par contre, cette réflexion ne peut être juste et équilibrée que si elle est tenue à tête reposée, dans un contexte politique stable, ce qui évidemment ne correspond pas à la situation actuelle.

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