Par Josiane Demers

Le Collectif a eu la chance de s’entretenir avec Adib Alkhalidey, créateur du projet musical Abelaïd. À travers les neuf chansons originales de l’album intitulé « Les cœurs du mal », l’auteur, compositeur et interprète, mieux connu en tant qu’humoriste, nous transporte dans un univers poignant et bouleversant, mais rempli d’espoir.

Rester de glace en écoutant ces textes poétiques servis sur des mélodies entrainantes et originales est impossible. Si des instruments traditionnels tels que le piano et la guitare sont omniprésents, les sons pop-électro apportent une fine touche de modernité à l’œuvre et font bouger notre corps presque inconsciemment.

Pourquoi Abelaïd?

Adib Alkhalidey explique qu’au départ, il aspirait à laisser vivre l’album par lui-même, sans le revendiquer. Il était donc persuadé que son nom n’y apparaîtrait pas. « Je voulais que le projet ait sa propre identité et qu’il ne soit pas associé à mon nom pour qu’il vole de ses propres ailes », soutient-il.

Il se disait plutôt amusé à l’idée que les gens écoutent l’album et qu’ensuite ils fassent leurs recherches pour enfin découvrir que c’était lui le créateur. Sans lui mettre de pression, son équipe chez Spectra et Sony lui a expliqué que sans sa notoriété bien établie, l’œuvre n’aurait pas la vie qu’elle mérite. C’est pourquoi il a choisi de la revendiquer et de la promouvoir.

L’appel de la musique

Il y a lieu de se demander ce qui a motivé un humoriste et acteur bien établi dans le milieu artistique à créer un projet musical. « J’ai fait des efforts pour ne pas faire de musique. Les fondations étaient solides, je n’avais pas besoin de m’exposer et d’être vulnérable. J’ai déployé plus d’énergie à ne pas le faire qu’à le faire », dit-il en riant. « Je vivais des remords et de la souffrance parce que je n’étais pas en train de faire ce que je voulais faire », exprime-t-il plus sérieusement.

Il s’est alors demandé ce qui pourrait arriver de pire s’il suivait son instinct et son désir musical, mais la réponse n’a pas été assez convaincante pour le dissuader d’aller de l’avant. Malgré une certaine peur du rejet et du regard des autres, des émotions fondamentalement humaines auxquelles tout le monde fait face au cours de sa vie, il a décidé de foncer.

Intuitif

Pour beaucoup de gens, la musique demande une discipline et un travail rigoureux. Pour certains, comme Adib Alkhalidey, la création musicale est beaucoup plus une question d’intuition. Il confie que les instruments de musique sont entrés chez lui par hasard. Il voit la pratique de la musique comme une partie de plaisir. « Le plus dur, c’est d’assumer ce que t’écris et ce que tu aimes, c’est le gros du travail. Ensuite, quand les sons apparaissent dans ma tête, je les prends au sérieux », poursuit-il. Il sait ce qu’il aime, et se dit que des gens aimeront probablement aussi.

Un équilibre

À la première écoute de l’album, plusieurs ont le réflexe de le trouver plutôt sombre. Néanmoins, lorsqu’on s’y attarde plus longuement, la lumière et l’espoir transpercent la mélancolie. L’auteur explique que la première moitié du disque parle d’une rupture avec soi-même, avec la vie et avec une amoureuse, mais que la deuxième fait référence à « quelqu’un qui panse ses plaies et qui reprend contact avec lui-même ». On le perçoit bien dans la chanson « La haine », qui exprime la désolation de s’être menti à soi-même et de constater l’échec, « le moment où l’on quitte le mensonge pour amorcer la guérison ».

En revenant sur sa démarche, le créateur aborde également la détresse psychologique très présente dans notre société. « Entre ce qu’on voit à la télé et ce que les gens vivent, il y a un écart violent. Les gens vivent des choses intenses. Je sais que 90 % des gens vivent des choses comme ça par moment, mais on ne le voit nulle part », explique-t-il.

Il poursuit en affirmant « qu’il voulait que quelqu’un passe par là, voie l’album, le visuel, les paroles, le clip, et que ça lui parle pour que la personne se sente moins seule. Elle est où, la possibilité de se sentir à l’aise dans ses sentiments? » Si une seule personne tombe là-dessus et trouve ce dont elle avait besoin à ce moment précis, son aventure musicale en vaut la peine, croit le compositeur.

En quête de beauté

Lorsqu’interrogé sur la différence des pratiques entre les différents milieux artistiques, il raconte qu’en observant les méthodes de travail en jeu, en humour et en musique, il a senti un certain clivage entre ces univers. « Moi je suis fasciné par la possibilité et l’engouement de créer quelque chose de beau et de laisser les idées se déployer. Je n’ai jamais vu ça en humour », soutient-il.

Il souligne tout de même l’importance du financement et du marketing, mais il remarque que ce qui est primordial en chanson, selon son expérience, c’est que ce soit beau. « Tu sais, la beauté pour moi, c’est par là qu’on élève notre âme. Quand on crée quelque chose de beau, on vient de se préparer à la suite », maintient Alkhalidey, sur un ton bienveillant. « En humour, on est souvent soumis à nos producteurs, à la vente de billets… et ça nous éloigne parfois de faire des choses qui sont belles ».

Un must

Vous savez, ce sentiment qui nous envahit quand on écoute une musique qui nous rejoint tellement qu’elle semble nous transpercer? L’album d’Abelaïd possède cette grande qualité. Pour les textes poétiques, la musique exaltante, la voix éraillée et touchante de l’artiste et l’excellente réalisation, cette œuvre est un must à avoir dans sa bibliothèque musicale.

 

L’album est disponible pour l’achat en ligne et sur les différentes plateformes d’écoute en ligne également.

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