Par Martine Dallaire

Alors que le nombre de personnes atteintes de la COVID-19 augmente sans cesse et que les hôpitaux sont bondés, notamment en raison du vieillissement de la population, force est de se demander si la capacité d’offrir des soins atteindra un point de rupture, au point où les soignants devront faire des choix déchirants entre la vie ou la mort de patients. Le Collectif s’est intéressé à la question et a épluché le protocole mis en place par le gouvernement provincial, en avril dernier, intitulé « Le triage pour l’accès aux soins intensifs (adultes et pédiatriques) et l’allocation des ressources telles que les respirateurs en situation extrême de pandémie ».

Bien que ce protocole ne soit que théorique, actuellement, il demeure qu’il pourrait devoir s’appliquer en cas de crise. Conçu par un panel de médecins, de juristes et d’éthiciens, le document uniformise les procédures dans l’éventualité où les soignants devraient limiter l’allocation des lits disponibles dans les unités de soins critiques. Il vise, pareillement, à éviter l’arbitraire fondé sur des critères émotionnels ou subjectifs.

Le potentiel de survie : un critère objectif ? 

D’emblée, le choix ultime d’assigner une place aux soins intensifs relèverait en ce cas d’une équipe de professionnels dédiée à ces fins. Les patients ayant le plus de chances de survivre, d’un point de vue clinique, seraient privilégiés. La comorbidité pourrait aussi influencer le taux de survie.

Trois niveaux de triage s’appliqueraient. Le premier niveau exclut les patients ayant 80 % et plus de mortalité prévue, alors que le second élimine ceux avec un taux de mortalité de plus de 50 %. Le dernier niveau refuse l’accès aux soins intensifs aux personnes ayant 30 % et plus de mortalité prévue.

Outre ces niveaux de décision, certaines conditions médicales excluent d’emblée l’accès aux soins aigus. Parmi elles, on compte les arrêts cardiaques, les déficiences cognitives et fonctionnelles et les maladies malignes métastatiques. Dès qu’un patient possède au moins un de ces critères d’exclusion, l’accès aux soins intensifs lui sera automatiquement refusé.

À taux de survie égal, chances égales ?

Devant deux patients ayant des chances égales de survie, lequel sera favorisé ? Ce sera le cycle de la vie qui primera. Ainsi, le patient ayant la plus longue espérance de vie (le plus jeune) sera avantagé. De même, dans un contexte pandémique, devant deux personnes de même âge et avec les mêmes pronostics de guérison, les travailleurs de la santé, premiers répondants et membres des forces de l’ordre seraient prioritaires, une réalité qui, si elle semble logique d’un point de vue pratique, s’avère incompréhensible pour les proches des exclus qui laisseraient leur vie.

Des critères discriminatoires

Des organismes de défense des droits des personnes handicapées crient à la discrimination, car leur clientèle ferait l’objet de discrimination systémique. Ils craignent que les personnes lourdement handicapées et les autistes ne fassent les frais du protocole. Une situation qui, selon eux, contrevient à la fois aux chartes des droits et libertés. Ils envisagent des recours judiciaires.

Les soins intensifs payants dans le futur ?

Cette perspective s’avère peu probable dans un futur rapproché, mais mérite réflexion. Devant le développement exponentiel du secteur privé, on est en droit de se demander si l’accès aux soins intensifs deviendra payant. Le coût quotidien d’un séjour aux soins intensifs s’élève entre 700 $ et 1200 $ en soins infirmiers, en date du 28 septembre dernier, selon le Manuel de facturation de la RAMQ. À ce coût s’ajoutent traitements et médicaments. Brimera-t-on des gens ayant un bon indice de survie, n’étant toutefois pas en bonne santé financière ?


Crédit Photo @ Hamilton Communication

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