Les Affamés : une invasion commencée le 20 octobre

Par Thomas Goudreault

Avec une sortie en salle le 20 octobre dernier, le fruit du long travail du réalisateur et acteur Robin Aubert pourra finalement être vu par le grand public. Même s’il a été plus souvent aperçu devant la caméra au cours des dernières années, avec ce film, l’acteur a décidé de faire sa mission de prouver que le cinéma de genre a sa place au Québec. Avec un retour dans le cinéma d’horreur après son film Saints-Martyrs-des-Damnés, Robin Aubert nous offre son plus récent projet : Les Affamés.

Film primé et attention méritée

Primé de meilleur long métrage canadien au 42e Festival international du film de Toronto (TIFF) le mois dernier, Les Affamés est d’une qualité rarement atteinte dans le cinéma d’horreur québécois. Le film emprunte à plusieurs influences, comme l’expérimental ou les films plus personnels, ce qui ajoute beaucoup de richesse à l’œuvre. De plus, Les Affamés ne lésine pas sur les sons atmosphériques, la musique stridente et la violence suggérée, sans oublier les blagues de papa, les réflexions existentielles et les images fabuleuses dignes d’une superproduction hollywoodienne. On voit rapidement que le film est une ode aux films d’horreur avec l’ambiance lourde et les zombies omniprésents dans les premières scènes. Pourtant, ce long métrage est bien plus que cela : il est une déclaration d’amour de Robin Aubert envers son Québec, ses proches et sa région, Ham-Nord.

Entrevue avec les artistes

Après avoir visionné le film en avant-première, Le Collectif a eu la chance de s’entretenir avec le réalisateur du film, Robin Aubert, ainsi qu’avec l’interprète du personnage principal, l’acteur Marc-André Grondin.

Très tôt dans le film, on constate que Les Affamés est bien plus qu’un film de zombies. Robin le dit lui-même que son film s’apparente davantage à une critique politique. Lors de l’écriture du film, le réalisateur était seul dans le Grand Nord canadien pour son film Tuktuq et réfléchissait sur le futur de l’humain et de sa société. « L’humain me fait peur, énonce Robin Aubert. Je nous trouve aveugles ces temps-ci. Je trouve que l’on ne respecte pas l’endroit où l’on vit. Je n’ai vraiment aucune idée si c’est récent ou si c’est moi qui le réalise juste maintenant, mais ça reste que l’humain me décourage. »

Robin Aubert a choisi d’utiliser les zombies pour transmettre au public cette réflexion. Selon le réalisateur, la société moderne est habitée par des zombies, des humains détachés de la réalité. Les humains exploitent la Terre de façon insensée et ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes, ce qui attriste Robin Aubert et l’a inspiré pour faire ce film.  Encore plus fataliste, Marc-André Grondin rappelle que « peu importe ce qu’il se passe entre les humains, la planète va nous survivre ».

Ces réflexions semblent nihilistes, mais « en même temps, j’ai espoir en l’humain », rappelle Robin Aubert. Il a espoir que l’humain est bon, qu’il aime d’amour ses proches et qu’il veut le meilleur pour ces derniers. C’est pour cette raison que le film place ses personnages dans un contexte intime en contact avec leurs proches, en campagne et non dans la grande ville. Que ferions-nous si notre mère, notre sœur, notre ami d’enfance ou notre conjoint devenait un zombie? À plusieurs reprises dans le film, un ou des personnages se retrouvent devant un choix moral : laisser vivre ou tuer, conserver son humanité ou s’adapter et survivre. Le film est une étude de l’humain et le moyen pour Robin Aubert de transmettre le message que l’humain est fondamentalement bon.

Un film à voir

Avant d’aller voir le film au cinéma, il est important pour le futur spectateur de savoir que le film entre bel et bien dans la catégorie horreur ou « film de zombies », mais qu’il reste ouvert à tous. Bien que violent et cru, il est accessible, de par son réalisme, son humour et la qualité de sa réalisation. Ce n’est pas un film d’horreur classique qui tente de vous faire peur à chaque tournant, c’est un film d’ambiance et intelligent. Personnellement, je crois que le film est un grand coup pour le cinéma québécois en général et de genre, car il prouve que nous sommes capables de créer des films de grande qualité dans plusieurs styles. Les Affamés est un film riche qui soulève beaucoup de questions. Il met au défi le spectateur et lui demande : et vous, que feriez-vous?

Sortie en salle le 20 octobre. Ne ratez pas votre chance d’avoir la frousse à votre prochaine Halloween.


Crédit Photo © Radio-Canada

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