Agressions sexuelles commises sur le campus: l’université est bien consciente

Par Rodrigue Turgeon

 

« C’est un phénomène de société, on ne peut pas dire que ça ne se passe pas à l’Université de Sherbrooke. » - Jocelyne Faucher, vice-rectrice à la Vie étudiante.

 

Intégrité maximale

Les étudiants de l’université de Sherbrooke ne pourront jamais reprocher à leur rectorat d’être aveugle et inerte sur la question des agressions sexuelles. Pour la vice-rectrice, « on dénigre pas du tout notre campus quand on dit ça. »

Bien au contraire. De cette reconnaissance prennent naissance des actions concrètes qui tendent vers la seule préoccupation de l’université: accompagner les victimes que la prévention n’aura pu épargner.

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La chance d’être surveillés

Si la réalité que des agressions sexuelles soient commises sur le campus est choquante pour tout un chacun, les étudiants et étudiantes peuvent être assurés que l’entièreté du personnel de l’université ouvre l’oeil et le bon.

M. Girard, directeur de la division de la sécurité, relate, l’air grave, un événement s’étant déroulé dans un 4@7 à la faculté d’administration l’an passé, où son équipe est intervenue dans un cas inquiétant: « Quelqu’un est venu nous dire qu’il avait trouvé un comportement louche chez deux individus, sans toutefois être en mesure de nous les décrire clairement. Eh bien on a pu, quelques 4@7 plus tard, identifier ces deux personnes-là et on les a transmis aux policiers qui ont fait leur enquête par la suite. » Ces deux hommes n’étaient pas des étudiants.

Cette collaboration avec les agents de la paix de la ville de Sherbrooke est cruciale. Toujours selon M. Girard, ces enquêtes conjointes ont permis d’affirmer que les phénomènes d’agressions ne sont jamais l’oeuvre d’une seule personne, mais plutôt de petits groupes. « Il ne faut donc pas s’attendre à ce que ce soit juste une personne qui s’adonne à ça », souligne tristement l’agent de la sécurité. Celui-ci a rappelé à plusieurs reprises que les employés de son service, aussitôt qu’ils sont avertis d’un de ces malheureux cas de figure, prennent toutes les actions nécessaires pour réagir convenablement.

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Le pouvoir d’être écoutés

Depuis juin dernier, le Conseil de la Vie étudiante de l’Université de Sherbrooke, où siègent à la fois étudiants, personnels de services étudiants et membres du rectorat, a entrepris 18 actions concrètes pour prévenir et contrer le fléau. Comme nous l’indique la vice-rectrice, une partie essentielle de ce travail consiste à former le plus d’intervenants pour être en mesure « d’accueillir une victime qui se dit victime d’agression sexuelle afin de la référer aux experts en la matière ». Par ailleurs, cette dernière félicite fièrement toutes les associations étudiantes qui « ont vraiment pris le dossier des agressions sexuelles en main ».

Ont récemment reçu cette formation Sandra Loubier, conseillère en matière de prévention de harcèlement et de discrimination, Soucila Badaroudine, protectrice des droits des étudiantes et étudiants, le personnel des services de la vie étudiante, les infirmières et autres intervenants au poste de santé, France Mainville et Marc Huot, responsables des résidences n’en représentent qu’une poignée.

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La gloire de dénoncer

Au-delà de toutes les peurs personnelles atroces qui accompagnent les victimes d’abus sexuels de notre campus, Le Collectif a relevé que certaines d’entres elles préfèrent se taire afin de ne pas entraîner l’annulation définitive des activités impliquant de l’alcool (5@8 et 5@11, par exemple) en guise de représailles à l’entièreté de la communauté étudiante envers ces agissements criminels.

Appelés à réagir face à cette crainte, tant la vice-rectrice que le directeur à la sécurité ont immédiatement écarté toute possibilité de mettre en application une telle sanction. S’exprimant en son nom personnel, la vice-rectrice a réitéré que l’université est bien consciente que des agressions sont à risque de se produire ici-même: « De par l’âge de la population étudiante, on ne peut pas taire qu’il pourrait [y en] avoir sur les campus, et particulièrement dans un contexte où il y a de l’alcool. »

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« Sans oui, c’est non »

Cette lucidité rectorale est commune de par la province. Récemment, notre institution académique a rejoint une table dédiée à la prévention et à l’intervention des agressions en matière de harcèlement et de violences à caractère sexuel dans les universités, où siégeaient déjà plusieurs autres universités québécoises.

Un groupe de travail a également été mandaté en février 2015 pour faire le point sur cette problématique, appliquée à la situation des campus universitaires. À sa seule évocation, Mme Faucher dissimulait à peine son impatience de lire les conclusions de ce rapport très attendu.

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Du fond du coeur

Si malgré tout ne subsistait qu’une seule victime qui n’ait pas encore été persuadée que l’Université de Sherbrooke ne représente désormais plus son enfer, mais son refuge vers la libération, la lecture de ces phrases venant du coeur et de l’âme de votre rectrice à la vie étudiante doivent vous convaincre de vous alléger de cet impitoyable fardeau.

« C’est à chacun et à chacune d’entre nous d’agir pour comprendre qu’une agression à caractère sexuel, c’est transgresser la volonté de quelqu’un. Et que chaque personne qui est témoin d’un tel comportement doive le dénoncer et le faire cesser. Et que les victimes n’aient pas peur des représailles, n’aient pas peur de consulter les ressources à leur disposition pour se sortir de cette situation-là. Pour se sortir des préjugés qu’elles peuvent elles-mêmes s’imposer.

Il ne faut pas hésiter à en parler. C’est souvent le début de la fin d’un tel comportement lorsqu’on est capable d’en parler librement. »


Crédit photo © Cathie Lacasse Pelletier

 

L'édition du 3 novembre du Journal Le Collectif contient un dossier choc de quatre pages entièrement dédié à l'enjeu des agressions à caractère sexuel commises sur le campus de l'université de Sherbrooke. Huit articles qui abordent la problématique sous autant d'angles.

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