Agressions sexuelles : les hommes aussi en sont victimes

Par Sandrine Martineau-Pelletier

Il est fréquent de voir ou d’entendre la mention « nous assumons ici que les victimes sont des femmes, puisqu’elles représentent 92 % des victimes d’agressions sexuelles » lors de conférences ou d’écrits sur les agressions sexuelles. Pourtant, ce 8 % existe réellement, bien que nous n’en parlions rarement. L’organisme sherbrookois Soutien aux hommes agressés sexuellement durant l'enfance (SHASE) a accordé une entrevue au Collectif pour briser les tabous associés à cette cause.

Il y a plus d’hommes agressés sexuellement que l’opinion publique le pense. En effet, les corps de police du Québec rapportent que 8 % des victimes d’agressions dans la province seraient des hommes, mais cette statistique ne prend en compte que les cas dénoncés. Au Québec, il y aurait 675 000 hommes qui seraient victimes de ces agressions dans leur vie, dont 25 000 en Estrie. Alexandre Tremblay-Roy, directeur et intervenant au SHASE, explique que le nombre de cas d’agressions perpétrées sur les hommes est beaucoup plus élevé que le nombre de cas dénoncés : « Il y a un gros tabou concernant les hommes agressés sexuellement, ce qui restreint ces derniers à dénoncer l’agression. Parmi tous les clients que j’ai eus, aucun n’est allé dénoncer son agression aux autorités. »

Les études les plus récentes appuient d’ailleurs la pensée de M. Tremblay-Roy puisqu’elles démontrent qu’un homme sur six sera victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie. Les hommes victimes de ces agressions sont de tous les milieux, de toutes les classes sociales et de toutes les orientations sexuelles.

Répercussions sur les victimes

Toute agression sexuelle a de grandes répercussions sur la vie de la victime, peu importe le genre de cette dernière. Pour nommer quelques-unes d’entre elles, des répercussions fréquentes sont l’anxiété, un sentiment de culpabilité, un stress post-traumatique et une détresse psychologique. Il peut également y avoir des conséquences physiques et sociales, en plus de celles psychologiques. Deux répercussions semblent par contre plus présentes chez les hommes que chez les femmes selon M. Tremblay-Roy : la remise en question de l’orientation sexuelle et l’hésitation à dénoncer l’agression de peur d’être pris pour un potentiel agresseur.

Le SHASE

Les clients du SHASE sont des hommes ayant été victimes d’une agression, qu’elle ait eu lieu lors de l’enfance ou lors de l’âge adulte. Le nom de l’organisme, qui précise que l’agression a eu lieu « durant l’enfance », est en processus de changement, puisqu’il ne représente plus sa clientèle : 75 % des hommes victimes ont été agressés durant leur enfance, ce qui signifie que 25 % des victimes ont été agressées à l’âge adulte. Il est difficile pour ces hommes de dénoncer l’agression qui a eu lieu puisque les stéréotypes et la pensée populaire ne leur donnent pas le droit d’être victimes d’agressions sexuelles.

Tremblay-Roy ajoute qu’il y a un tabou encore plus grand lorsque l’agression a été perpétrée par une femme, ce qui arrive dans 40 % des cas d’agressions sur les hommes. « Les gens ont de la difficulté à comprendre que les femmes puissent aussi être des agresseuses. On aime catégoriser les gens dans des cases qui ne changent pas, alors il est difficile de comprendre qu’un homme puisse être la victime, et la femme, l’agresseuse », explique le directeur du SHASE.

Ressources disponibles

Le SHASE est un des seuls organismes offrant des services exclusivement aux hommes victimes d’agressions sexuelles dans la province du Québec, avec le Centre de ressources et d'intervention pour hommes abusés sexuellement dans leur enfance (CRIPHASE) qui se situe à Montréal.

Malgré le peu de ressources et la grande demande, le SHASE est passé très proche de la fermeture en 2015 par manque de financement. « Nous ne recevons pas de subvention du gouvernement, car il ne catégorise pas les agressions sexuelles perpétrées sur les hommes comme un problème de santé publique. Il se fie à la statistique que 8 % des agressions sont commises sur des hommes, mais c’est seulement vrai pour les cas dénoncés. Les vrais chiffres sont beaucoup plus grands, donc la demande pour des services comme ceux qu’offre le SHASE est très présente », explique M. Tremblay-Roy, en notant par la suite que l’organisme offre des consultations individuelles et des thérapies de groupe, ainsi qu’un espace de parole post-groupe.

Cette réalité reste alors mal comprise, malgré les efforts déployés par différents organismes pour sensibiliser la population. « Il y a de plus en plus d’ouverture dans la société pour parler des agressions sexuelles, mais cela reste un sujet très tabou, et ce l’est encore plus pour les agressions où les hommes sont les victimes. Entre la dénonciation chez les femmes victimes d’agression et la dénonciation chez les hommes victimes d’agression, nous avons environ 25 ans de retard », rapporte-t-il. Il reste donc beaucoup de chemin à faire pour déstigmatiser les agressions sexuelles dans lesquelles les hommes sont les victimes.

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