Alexandre Duquette et un éventuel tatouage de crête rouge

Par Catherine Foisy

Fan insoupçonné aux premiers abords du band allemand Rammstein, il porte la chemise, et parfois même le complet. Petit garçon dans l’âme, il tripe sur Starwars, jusqu’à en avoir un tatouage. Le 31 mars dernier, alors que la nouvelle tombait, Alexandre Duquette était loin de se douter que le  statut qu’il avait publié sur Facebook allait susciter autant de remous chez les Québécois. Sur le coup de l’émotion, le directeur général des rôtisseries St-Hubert de Fabreville et de Pierrefonds, originaire de Magog, écrivait quelques lignes qui, rapidement, ont été partagées plus de 2000 fois.

« [S]i vous boycottez notre magnifique compagnie, ce n’est pas à Cara que vous faites mal, mais bien aux franchisés et aux employés qui travaillent d’arrache-pied là tous les jours et qui sont encore Québécois à ce que je sache. Chaque client de moins dans nos restos, c’est une serveuse qui fait moins de pourboire, un cuisinier qui va faire moins d’heures, un livreur de moins sur la route. Tous québécois soit dit en passant […] », pouvait-on lire sur sa page Facebook. Après avoir lu les commentaires de la population sur les réseaux sociaux, c’est son cœur qui a parlé. « Les Québécois aiment d’amour St-Hubert, c’est normal qu’ils aient été déçus par la nouvelle, mais en même temps, la compagnie demeure au Canada, d’autant plus que les franchisés et employés sont des Québécois. » Quelques heures plus tard, à sa grande surprise, son mot était partagé plusieurs centaines de fois. Aujourd’hui, plus de 2000 fois.

Alors que plusieurs critiquaient la transaction se chiffrant à  537 millions entre le groupe St-Hubert et Cara, une entreprise ontarienne, pour Alexandre, c’était tout le contraire. « Je pense que c’est une excellente nouvelle pour l’avenir de la compagnie, St-Hubert aura plus de ressources pour avancer et en assurer sa pérennité. La transition sera fluide, même nous dans les rôtisseries n’y voyons pas de différence. »

Je me suis moi-même surprise à partir en peur à la tombée de la nouvelle. La grosse affaire. Mais, la main-d’œuvre derrière le titre existe toujours, tous ces hommes et toutes ces femmes derrière la marque qui font d’elle l’entreprise familiale chouchou des Québécois depuis 65 ans déjà. D’autant plus qu’il s’agit d’une entreprise où la plupart des succursales sont des franchises. Évidemment, celles-ci demeurent la propriété des différents usufruitiers. La transaction, chose qui d’abord semblait être une fin de plus pour un fleuron québécois, n’est pas grand ménage de printemps.

Des soupers en famille à la carrière d’une vie

Lorsqu’il n’avait pas l’âge d’y travailler, c’est avec sa famille qu’il s’y rendait. À l’époque, lorsqu’il n’y avait pas de rôtisserie à Magog, le clan Duquette devait se rendre à Sherbrooke pour faire le plein de poulet rôti. Lorsque celui sur King était plein, ils optaient pour celui sur Wellington. « En 1988, quand ils ont ouvert un restaurant à Magog, c’était la joie! On devait bien y aller une fois par semaine, on a passé beaucoup de bons moments en famille… ah les soupers chez St-Hubert! » Il n’avait que dix ans, et rapidement, il est tombé sous le charme de l’entreprise familiale, et à son tour, il a eu envie d’y fonder une famille.

Dès ses quinze ans, il y retournait à titre d’employé. C’est son meilleur ami Mathieu Chainey qui l’avait aidé à se trouver un emploi à la succursale de Magog. Il spécifie que pour obtenir un emploi là-bas, il fallait impérativement connaitre quelqu’un. C’est donc dire que sa carrière, ses débuts du moins, il la doit un peu à son grand ami.

Alors qu’il ne manquait que quelques cours à Alexandre pour obtenir son diplôme collégial, son patron de l’époque lui suggère de devenir gestionnaire. Même si une carrière en assurances l’attendait, Alexandre a rapidement sauté sur l’occasion. En 2003, il acceptait un poste de gérant de cuisine à la succursale de LaSalle. Cette année-là, son équipe et lui remportaient le prix de la meilleure amélioration en rôtisserie. En 2004, il devenait directeur de l’Express de Fleurimont avant de retourner gérant de cuisine à la rôtisserie traditionnelle de Boucherville, puis il devient directeur adjoint en 2006. En 2008, il acceptait le poste de directeur sous le propriétaire André Meloche de la rôtisserie Pierrefonds. En 2012, Meloche achetait la rôtisserie de Fabreville et nommait Alexandre directeur général. Alexandre est donc directeur de deux succursales. À travers cela, au cours de sa carrière, ce dernier a participé à huit ouvertures de rôtisseries à titre de moniteur dans la formation de nouveaux employés. Pas étonnant lorsqu’on connait l’homme derrière le titre. Un passionné passionnant qui tient à la poursuite des opérations de l’entreprise dans laquelle il s’investit corps et âme depuis bientôt 22 ans.

Outre la satisfaction professionnelle d’y travailler, il y a rencontré celle qui, éventuellement, deviendra sa femme et qui est la mère de ses deux enfants.

Si tu étais un plat qu’on retrouve chez St-Hubert, lequel serais-tu?

« Je serais la salade Bangkok, pour son côté à la fois épicé et sucré. C’est un peu mon style de gestion. »

Alexandre, le patron à la blague facile. C’est aussi le genre de supérieur qui s’intéresse à ses employés, qui prend toujours le temps de mettre de côté sa paperasse le temps d’un sourire, d’un échange, d’une écoute.

Et que peut-on te souhaiter pour les années à venir? 

« De me rendre à la célébration de mes 50 années de service! Si je calcule bien, je pourrais même me rendre à 60! », conclut celui qui m’a déjà confié qu’il se ferait tatouer la crête d’Hubert, le coq de l’entreprise, s’il avait un jour sa propre rôtisserie.

Si Alexandre croit que la vente de l’entreprise n’a pas que du mauvais, il n’est certes pas le seul. Pour l’instant, l’entreprise poursuivra sa mission première qui est de livrer du bonheur et pour ces 65 belles années, nous ne pouvons que les remercier pour tous ces beaux moments. Quelque part, de savoir que tout a commencé dans la grande métropole en 1951, c’est ça, la grande fierté. Le souvenir que nous y avons tous laissé un quelque chose, c’est ça, la livraison du bonheur. Pour la suite, ne partez pas en peur, le travail ne s’efface pas. Ce n’est définitivement pas un au revoir.

« St-Hubert, c’est ma vie! C’est grâce à St-Hubert que j’ai mes amis, ma famille, une maison, une passion! », me confie celui qui ira jusqu’à dire que de la sauce brune coule dans ses veines.

À bientôt, St-Hubert.


 

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