Nous qui apprécions les richesses offertes par la planète, à qui la responsabilité de sa préservation?

Par Adèle Morvannou

Alors que cette belle saison estivale a tardé à pointer son nez cette année, nombre d’entre nous rattrapent le temps perdu et organisent barbecues et autres activités plaisantes à cette période. Les arbres sont en fleurs, la pelouse est toute fraiche, la nature semble n’attendre qu’une seule chose, nous accueillir pour égayer ces précieux moments en famille ou entre amis. Cependant, avoir la chance de profiter de cette luxuriante nature, n’est-ce que provisoire? Notre modèle économique et nos actions en tant que citoyens sont-ils favorables à la préservation de l’environnement? Qui pourrait se mobiliser pour faire la différence?

Depuis la fin du XVIIIe siècle, le capitalisme moderne comme modèle mondialement dominant prône et nourrit la soif d’acquérir dans nos sociétés. Le dogme de l’argent a longtemps fait oublier la nature dans laquelle l’Homme s’inscrit, cet endroit accueillant et propice à la vie : la planète Terre. À l’heure où les industries produisent toujours plus vite de plus grandes quantités, les conséquences des dommages créés par l’Homme sur la planète sont déjà palpables et laissent présager un aller sans retour vers une planète en déclin. Actuellement, nous sommes spectateurs du combat opposant le capitalisme à l’environnement, l’argent à la vie.

La responsabilité des décideurs

Lorsque se pose la question de la responsabilité de cette catastrophe annoncée, les doigts se pointent de manière consensuelle vers les grands de ce monde. La Chine, les États-Unis, l’Inde, la Russie et le Japon sont responsables de la moitié des émissions de gaz à effet de serre et les autres pays ne sont pas en reste. Depuis quelques années, les décideurs affichent la volonté de prendre des dispositions pour préserver la planète et davantage encadrer le capitalisme sauvage, comme l’illustre la COP21 du mois de décembre 2015 à Paris. Une lente prise de conscience semble porter ses fruits et nous rappeler qu’oublier d’inviter les enjeux climatiques à la table des discussions planétaires nous plongerait dans un suicide collectif.

Toutefois, chaque État a également pour mission de faire fructifier son économie, ce qui, à première vue, semble incompatible avec la préservation de la planète. Les élites ne se trouvent-elles pas dans une situation paradoxale difficile à tenir? N’y a-t-il pas ici conflit d’intérêts? Au-delà des dirigeants, nous pouvons interroger la responsabilité des autres protagonistes impliqués, les citoyens eux-mêmes, nous!

La contribution des citoyens

Les autres acteurs à interpeler dans ce combat sont les citoyens du monde, ceux-là mêmes qui donnent du grain à moudre à cette économie agressive. Qu’en est-il de la place de monsieur et madame tout le monde dans cette bataille opposant la préservation de l’environnement au capitalisme ?

Le slogan de la campagne présidentielle française de Nicolas Sarkozy en 2007 est emblématique de l’engrenage dans lequel les citoyens sont imbriqués : « Travailler plus pour gagner plus. » L’argent est devenu l’opium du peuple permettant d’assouvir la soif de possession. Un puissant pacte unit l’individu et le système économique en place : l’individu possède toujours plus en échange de fermer les yeux sur le pillage de la planète. Cette cécité collective semble difficile à déjouer.

En encadré : Pourtant, souhaite-t-on continuer à nourrir un système qui spolie les richesses de notre terre d’accueil et creuse les inégalités? Les chiffres sont déjà alarmants puisque seulement 1 % de la population détient 50 % des richesses selon l’organisation Oxfam en 2014. Pourtant dans cette histoire, chaque individu est le carburant nécessaire au moteur du capitalisme agressif et pourrait donc logiquement avoir une marge de manœuvre pour peser dans l’avenir de la planète. Alors, par où commencer pour que s’enclenche un sursaut collectif?

Des gestes anodins qui n’en sont pas

La prise de conscience de l’impact réel et délétère de gestes anodins du quotidien serait un début. Ces gestes correspondent par exemple à acheter une certaine marque de vêtement irrespectueuse des normes environnementales et de la dignité humaine, acheter un aliment qui a parcouru la moitié du globe pour se retrouver dans notre assiette ou encore jeter son téléphone cellulaire encore en bon état parce qu’un nouveau téléphone dernier cri vient de sortir. Est-ce raisonnable d’échanger la planète contre des gadgets éphémères, des frivolités et des divertissements? Tous ces comportements ont un impact direct sur la détérioration de la planète.

Depuis quelques années, les médias nous en informent à travers la télévision et l’Internet en diffusant des reportages et images-chocs qui ont pour but de dénoncer les agissements des multinationales que nous cautionnons par nos achats. Alors que ces messages ciblés nous donnent accès à l’information, ils ne font pour autant pas toujours réagir et peuvent même créer, à la longue, une certaine banalisation. Pourtant, il serait sans doute faux de penser que tous les citoyens du monde veulent souiller la nature et n’ont que faire du sort d’autrui. Si nous leur demandions s’ils se contrefoutent de l’environnement, ils répondraient surement un « non » immédiat. Ils nous parleraient de la beauté de la nature qu’ils ont pu observer lors de beaux voyages dans des îles paradisiaques. Mais ils finiraient inéluctablement par dire : « Mais moi tout seul, je ne peux pas sauver la planète. » Ainsi, chacun se décharge de cette responsabilité commune que finalement personne n’endosse.

Nous assistons à un immobilisme et une impuissance collective qui glace la pensée. Continuer à vivre avec des œillères renforce et légitime la féroce machine industrielle en place et offre sur un plateau les vertus de notre planète. Résister aux tentations séduisantes du « toujours plus » et réfléchir en tant que libre penseur au poids de nos actes pourrait être un déclic vers le changement.

Prendre le temps de la réflexion

Chaque individu est dans une course contre la montre quotidienne qui ne laisse plus place à la remise en question des habitudes. Pourtant, prendre un moment pour s’interroger sur la manière dont chacun d’entre nous contribue à ce combat est essentiel et pourrait être un levier vers une action collective concrète. Il serait intéressant de se demander avant de faire un achat : « En ai-je réellement besoin? » et apprendre à distinguer un besoin réel d’un besoin créé de toute pièce. Une réflexion pourrait s’enclencher sur une nouvelle manière de vivre, qui serait un compromis entre le progrès et les intérêts de la planète.

Un exemple d’action concrète sur notre Campus de Longueuil est la mise en place de visites du Centre de gestion des matières résiduelles pour sensibiliser la population universitaire à l’importance du tri adéquat des matières résiduelles. Cette action est un pas en avant, mais ne représente malheureusement qu’une goutte d’eau dans la mer. L’objectif est bien d’éviter un suicide environnemental qui ne concerne pas seulement la faune et la flore, mais également l’Homme. L’enjeu est maintenant de penser à long terme, penser partage et collectif. Chaque citoyen fait partie d’un tout, mais peut à lui seul faire la différence dans l’échiquier de l’avenir.


 

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